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L'invité finances

Les raisons d’un optimisme prudent

Malgré un climat économique incertain, une majorité de PME vaudoises affichent une confiance mesurée pour 2026. Entre inflation, franc fort et défis de croissance, elles misent sur leur capacité d’adaptation et leur savoir-faire pour naviguer dans un environnement contrasté.

Didier Muller, Responsable PME, BCV.
Didier Muller, Responsable PME, BCV. DR

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En soi, le chiffre peut surprendre dans le climat actuel, plutôt incertain, voire inédit. Plus d’une entreprise vaudoise sur deux se dit satisfaite de sa situation. Soit davantage qu’il y a un an. Le sondage représentatif réalisé par la BCV montre par ailleurs que l’année en cours devrait se dérouler relativement bien. Au-delà de ce constat global, nous observons au contact des responsables de PME une certaine polarisation dans le tissu économique du canton. Ce que confirment certaines données de l’étude.
Ainsi, un fossé se creuse entre celles qui vont très bien et celles qui se disent en mauvaise santé. Si les perspectives des entreprises actives sur le marché intérieur et celles orientées à l’exportation divergent, au sein même de ces deux catégories des écarts notoires apparaissent. Seule certitude dans ce climat empreint d’incertitudes: la prudence reste de mise et se concentrer sur son savoir-faire sert de repère.

«Nous observons une certaine polarisation dans le tissu économique du canton.»

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Perspectives contrastées

Car nombre de nuages obstruent la visibilité des PME. Elles craignent encore les effets de l’inflation sur la marche de leurs affaires. Moins, bien sûr, que les années précédentes, alors que la hausse des prix flirte avec le 0%. Elles affichent toujours plus de préoccupations quant à la poursuite de la croissance, ce qui est compréhensible au vu du ralentissement attendu de l’activité cette année après un exercice 2025 finalement plutôt positif, comme l’a souligné en janvier la Commission Conjoncture vaudoise. Cela dit, elles sont 35% à attendre tout de même une croissance moyenne pour 2026. Là encore, contraste il y a. Si elles sont plus nombreuses à entrevoir une forte hausse, elles sont aussi plus à craindre une forte baisse.
Ces écarts puisent leurs racines dans le climat ambiant. Ce n’est donc pas surprenant que le franc fort ait bondi dans les préoccupations des PME, la devise suisse endossant pleinement son rôle de valeur refuge. Elle a notamment progressé de 12% en 2025 contre le dollar. Impossible dans ce contexte de ne pas évoquer les droits de douane américains, même si le sondage a été effectué en fin d’année dernière, soit avant le désaveu de la politique commerciale de l’administration américaine par la Cour suprême. Ainsi, 12% des entreprises vaudoises se disent concernées et un peu moins de la moitié de ces dernières affirment subir de plein fouet le relèvement des tarifs douaniers. C’est moins qu’attendu l’été dernier, mais les retournements de situation accroissent le sentiment d’incertitude.

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Faculté d’adaptation des PME

Directement touchées ou pas, les PME vaudoises n’attendent pas pour agir. Comme elles l’ont toujours fait, elles s’adaptent. Elles ont notamment diversifié leurs produits et services, réduit leurs coûts, innové. Elles se sont aussi lancées dans la prospection de nouveaux marchés. Il est par ailleurs intéressant de noter que 12,6% ont pu relever leurs prix et que près d’une sur deux prévoit de le faire. Ce qui souligne, une fois encore, la capacité des entreprises d’ici à fixer les prix. Un atout lorsque le contexte se durcit. Enfin, alors que les difficultés de recrutement restent un obstacle à la bonne marche de leurs affaires, elles ne sont qu’une minorité à couper dans les effectifs. Préservant, tant que faire se peut, leur savoir-faire, si important pour leur positionnement.
Les aléas du moment n’empêchent pas de penser à demain, voire à après-­demain. Il est question de formation, de prise en compte des évolutions technologiques et de l’IA, bien sûr. Mais il est aussi question de continuité alors que toujours plus de responsables voient l’heure de la retraite approcher. Ainsi, près de quatre responsables d’entreprises sur dix réfléchissent à la transmission de leur activité. Un processus déjà engagé dans 12% des entreprises vaudoises.

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Problématique de la transmission

A qui transmettre? Actuellement, six réponses sur dix concernent des tiers, contre un quart pour une reprise familiale. Autant dire que le recours à des spécialistes externes est primordial. Pour la recherche non seulement de repreneurs, mais aussi de solutions qui satisfassent toutes les parties prenantes. Fiduciaires, expertes et experts en transmission, juristes s’imposent comme interlocuteurs. Il est aussi important d’impliquer ses partenaires bancaires au plus tôt dans les discussions afin que le financement de la transaction appartienne à la solution et ne devienne pas un problème. Afin encore que les responsables en partance ne s’oublient pas dans une démarche qui concerne aussi la planification de leur vie d’après, et de celle de leurs proches.
Cette vision à plus longue échéance ne semble d’ailleurs pas perturbée par les soubresauts de l’actualité. On s’y habitue? Savoir se concentrer sur ses forces, sur son savoir-faire explique l’optimisme, même prudent, d’une majorité de PME vaudoises.

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