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Bitcoin à moins de 65 000 dollars: panique passagère ou remise en question?

La récente correction du Bitcoin ravive le débat sur la diversification patrimoniale. Entre volatilité court terme et assurance long terme, trois experts décryptent ce que cette baisse cache réellement.

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Porté par des rumeurs et des mouvements géopolitiques, le Bitcoin a corrigé ses dernières semaines. Analyse croisée de Fabian Dori, Raphaël Pardini et Charles-Henry Monchau sur l'avenir de l'actif. Getty Images

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Le Bitcoin a chuté sous les 65 000 dollars ces dernières semaines, ravivant un débat que tout entrepreneur ayant un jour songé à diversifier sa trésorerie a déjà entendu: faut-il prendre cette correction au sérieux, ou n'est-ce que le bruit habituel d'un actif volatil? La réponse, selon les spécialistes interrogés, tient en deux temps: d'abord comprendre ce qui s'est réellement passé, ensuite se demander ce que cela signifie pour la suite.

Ce qu'il s'est vraiment passé

Selon une analyse de Fabian Dori, directeur des investissements de Sygnum Bank, deux événements ont concentré l'attention des marchés. D'un côté, Strategy (l'entreprise connue pour sa politique de «jamais vendre») a cédé 32 bitcoins fin mai pour financer des distributions à ses actionnaires préférentiels. De l'autre, le cessez-le-feu fragile entre les États-Unis et l'Iran a entretenu une incertitude géopolitique qui a poussé certains investisseurs à réduire leur risque.
Pris isolément, ni l'un ni l'autre ne justifie une rechute de cette ampleur. La vente de Strategy représente une fraction infime de ses plus de 845 000 bitcoins détenus, et son objectif était une obligation financière de routine, pas un signal de désinvestissement. Quant au contexte iranien, il reste évolutif mais n'a rien d'un basculement structurel.

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Ce que cette disproportion révèle, c'est que le marché reste hypersensible au sentiment et au positionnement, davantage qu'aux fondamentaux. Concrètement, le mouvement a surtout été amplifié par des positions à effet de levier qui se sont dénouées dans la panique. Pour un portefeuille exposé à la cryptomonnaie, c'est le cœur du risque: une rumeur peut peser plus lourd qu'un fait, et ce manque de prévisibilité peut coûter cher.

Du bruit court terme à la question de fond

Si l'épisode récent relève de la mécanique de marché, la question qui intéresse vraiment un investisseur est différente: au fond, qu'est-ce que le Bitcoin, vraiment? Et qu'est-ce qu'il représente dans une stratégie patrimoniale? Sur ce point, les avis des spécialistes convergent vers une même tension, exprimée différemment.
Pour Raphaël Pardini, associé chez Targa 5 Advisors, la réponse est sans ambiguïté : le Bitcoin reste un pari spéculatif. «Pour nous, il s'agit d'un pari spéculatif avec une allocation limitée, dans une optique de croissance, un peu comme nous le ferions avec une valeur de croissance qui n'est pas encore rentable», explique-t-il.
Le gérant de fortune indépendant ajuste les positions de manière à ne jamais être contraint de vendre dans la panique. «Nous calibrons soigneusement la taille de la position afin de ne jamais nous retrouver dans une situation où nous serions contraints de vendre au mauvais moment. Lorsqu'une forte baisse se produit, nous préférons généralement rééquilibrer le portefeuille vers le niveau d'exposition qui nous convient, souvent en achetant un peu plus», précise Raphaël Pardini. Il observe également un changement de comportement chez les investisseurs: «la plupart des investisseurs comprennent mieux le fonctionnement du Bitcoin et sa volatilité, de sorte que ces mouvements ne provoquent plus vraiment de panique.»

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Ce qui a changé, selon lui, c'est surtout l'environnement: plus réglementé, plus sécurisé, avec la possibilité de détenir cette exposition via une banque dépositaire classique plutôt que sur des plateformes moins familières. «Le rôle du Bitcoin a clairement évolué, principalement en matière de sécurité et d'accessibilité», note-t-il. Une normalisation, donc, sans que la nature spéculative de l'actif change pour autant. Raphaël Pardini reste néanmoins ouvert sur l'avenir: «nous pensons qu'il dispose encore d'un potentiel de progression important et qu'il pourrait effectivement devenir un actif majeur de demain. En réalité, personne ne peut le savoir avec certitude.» Il pointe toutefois un risque structurel: la concentration de la détention chez quelques très grands acteurs comme Strategy, dont une liquidation massive pourrait peser durablement sur les prix. «Certaines préoccupations subsistent toutefois concernant les très grands détenteurs, qui pourraient exercer une pression significative sur les prix s'ils devaient vendre des volumes importants. Nous en avons d'ailleurs eu un léger aperçu récemment lorsqu'une position relativement modeste a été liquidée.»
Charles-Henry Monchau, CIO de la Banque Syz, déplace le débat sur un autre terrain. «Le Bitcoin n'est pas un actif sans risque. Ni une couverture à court terme contre l'inflation», affirme-t-il d'emblée, écartant ainsi deux idées reçues. «Il s'agit d'une assurance de portefeuille à très long terme», poursuit-il. Son argument repose sur une lecture de longue durée: sur les périodes de 15, 10 et 5 ans, le Bitcoin a largement surperformé la croissance de la masse monétaire, et, exprimés en bitcoins, les grands indices boursiers ont vu leur valeur relative décliner sur la durée. Une manière de dire que la rareté programmée du Bitcoin lui confère, dans le temps, un avantage structurel face à la création monétaire et à l'inflation des actifs traditionnels.

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Ce que cela implique pour un portefeuille diversifié

Entre ces deux lectures (pari spéculatif calibré, ou assurance de très long terme), il n'y a pas de contradiction réelle, mais une différence d'horizon. Les deux spécialistes s'accordent sur un point central: la taille de la position compte plus que sa direction. Que l'on considère le Bitcoin comme un actif de croissance risqué ou comme une protection patrimoniale lointaine, la même règle s'applique: une exposition correctement calibrée permet de traverser les corrections de 20% ou 30% sans qu'elles deviennent un problème existentiel pour l'entreprise ou le foyer.
Reste la question de fond, que les trois experts abordent chacun à leur manière: le Bitcoin a-t-il encore un potentiel de progression majeur, ou son cycle le plus spectaculaire est-il derrière lui? Pour Fabian Dori, ce sont les fondamentaux qui comptent: «l'adoption institutionnelle croissante, la clarification du cadre réglementaire et la maturation de la structure de marché» restent, selon lui, intacts. Raphaël Pardini, lui, penche pour un potentiel «encore important», tout en reconnaissant que personne ne peut le savoir avec certitude. Charles-Henry Monchau, enfin, semble considérer que la question est presque mal posée, non pas «est-ce que ça va remonter», mais «est-ce que ça protège sur quinze ans».

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Pour un investisseur qui se demande s'il doit s'inquiéter de la dernière chute de 10% ou 15%: la réponse, selon ces trois voix, est probablement non, à condition que la position n'ait jamais été dimensionnée pour qu'une telle chute compte.
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