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Prévoyance

La prévoyance professionnelle doit s’adapter aux changements sociétaux

La fondation AVENA et «PME» organiseront trois conférences dédiées à l’évolution nécessaire de la LPP face aux changements de modes de vie actuels. Employeurs et employés sont concernés.

Thierry Vial

Francis Bouvier conseille aux entreprises de se pencher sur la prévoyance des salariés qui sortent du cadre classique du travail à 100%.
Francis Bouvier conseille aux entreprises de se pencher sur la prévoyance des salariés qui sortent du cadre classique du travail à 100%. Olivier Vogelsang

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Le monde du travail est en pleine recomposition. Les carrières linéaires, passées au service d’un seul employeur pendant quarante ans, appartiennent désormais au passé. Ce modèle ne correspond plus ni aux aspirations des nouvelles générations, ni aux réalités économiques auxquelles sont confrontées de nombreuses entreprises.
Free-lance, pluriactivité, temps partiel, job sharing, semaine de quatre jours: ces formes d’emploi ne sont plus marginales. Elles s’imposent, se normalisent et redessinent en profondeur le marché du travail. A cela s’ajoute l’irruption massive de l’intelligence artificielle, qui promet de bouleverser des pans entiers de l’économie, de transformer des métiers... et d’en faire disparaître d’autres.
Face à ces mutations rapides, une question devient incontournable: notre système de prévoyance professionnelle est-il encore en phase avec la réalité du travail d’aujourd’hui? Francis Bouvier, responsable d’AVENA, posera le débat en mars prochain lors de trois conférences gratuites organisées conjointement avec la rédaction de PME à Neuchâtel, à Fribourg et à Delémont.
«Notre système de prévoyance repose sur un modèle de société hérité de la fin des années 1970, rappelle-­t-il. A l’époque, l’emploi était considéré comme stable, les carrières toutes tracées, les salaires progressaient régulièrement. Et, surtout, le temps partiel était l’exception. Depuis, le monde du travail a radicalement changé, mais la loi, elle, est restée largement figée.»

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Dans les faits, de nombreuses fondations ont déjà pris de l’avance en proposant des couvertures dépassant le minimum légal. Mais le cadre réglementaire, lui, peine à suivre. «La prévoyance devrait évoluer au rythme de la société, mais toute réforme prend du temps. Par ailleurs, en prévoyance, nous devons penser sur le long terme et nous assurer qu’une tendance est durable avant d’adapter les règles», concède le spécialiste.

Les travailleurs âgés pénalisés

Les décalages du système LPP sont pourtant bien réels. Un exemple frappant: les cotisations d’épargne vieillesse, qui explosent avec l’âge, passant de 7% à 18% au fil de la carrière. «Ce mécanisme a été conçu pour des parcours professionnels ascendants. Aujourd’hui, il pénalise clairement les travailleurs plus âgés. Le législateur a tenté d’introduire des taux plus équilibrés, entre 9% et 14%, afin de renforcer l’employabilité des seniors, mais la réforme a été balayée en votation.»Le cumul de petits emplois constitue un autre angle mort du système. «Une personne occupant quatre postes à 20 000 francs peut se retrouver sans aucune couverture LPP. C’est étrange.» Plus largement, la prévoyance peine à intégrer l’évolution des modes de vie. Les couples non mariés, par exemple, ne bénéficient toujours pas d’une protection légale uniforme, même si la grande majorité des fondations reconnaissent désormais les concubins. Autre situation: pour accéder au libre choix des placements de son 2e pilier, un seuil salarial d’environ 136 000 francs est exigé, indépendamment du taux d’activité. «Une personne travaillant à 50% pour un salaire de 68 000 francs en est exclue, souligne Francis Bouvier. Les instances de prévoyance refusent d’entrer en matière, car le temps partiel n’est tout simplement pas prévu par la loi.»

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L’essor de l’intelligence artificielle ouvre enfin un nouveau champ de questionnements pour tout le système d’assurances sociales. «Certaines professions vont disparaître. Que deviendront les personnes qui n’auront plus d’activité et ne seront plus assurées? Faut-il réfléchir à un revenu universel? Ces débats ne peuvent plus être repoussés.»
Pour Francis Bouvier, l’urgence est aussi individuelle. «Chaque salarié doit mesurer l’impact d’un changement d’emploi ou d’une réduction du taux d’activité. Les conséquences peuvent être considérables. Il est essentiel que chacun devienne acteur de sa propre prévoyance.»
Les entreprises ont, elles aussi, une responsabilité à assumer. Adapter la prévoyance aux profils des collaborateurs n’est plus un luxe, mais une nécessité. Là où le temps partiel est largement répandu, la couverture doit être pensée en conséquence.
Ces choix renforcent directement l’attractivité et la fidélisation des talents. «Une caisse de pension avantageuse reste un argument décisif pour conserver des collaborateurs expérimentés.» A l’heure où la pénurie de personnel qualifié s’accentue dans de nombreux secteurs, investir dans le bien-être financier de ses équipes apparaît plus que jamais comme une stratégie gagnante à long terme.

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Evénements

Participez à l’une de nos conférences gratuites avec Francis Bouvier, expert en LPP et responsable de la fondation AVENA, qui sera accompagné de différents représentants du monde de l’entreprise.

Le 4 mars, 7 h 30

A l’hôtel Beaulac, à Neuchâtel, avec Damien Aubert, directeur des ressources humaines chez Felco.

Le 10 mars, 7 h 30

A la Safe Gallery, BCF, à Fribourg, avec Lauraine Ebener, directrice des ressources humaines de Groupe E.

Le 13 mars, 7 h 30

A la BCJ, à Delémont, avec Nicola Thibaudeau, vice-présidente du conseil d’administration de la Banque cantonale du Jura.
>> Inscription sur pme.ch/pme-avena
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