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Hedge fund

Des météorologues au service des traders

Au-delà des taux d’intérêt et des bénéfices des entreprises, les fonds spéculatifs surveillent toujours plus les phénomènes météorologiques extrêmes afin d’optimiser leurs décisions d’investissements. Certains engagent même des météorologues au sein de leurs équipes.

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Les embauches de météorologues au sein des hedge funds ont augmenté de 23% en 2025 pour anticiper les phénomènes climatiques extrêmes, comme ici l’ouragan «Hilary» au-dessus du Mexique.
Les embauches de météorologues au sein des hedge funds ont augmenté de 23% en 2025 pour anticiper les phénomènes climatiques extrêmes, comme ici l’ouragan «Hilary» au-dessus du Mexique. NOAA/AP/Keystone

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En 2021, un hedge fund a prédit une vague de froid inattendue au Texas avec une telle précision qu’il a gagné des millions en vendant à découvert des réserves de gaz naturel avant que les prix ne flambent. A l’inverse, un autre fonds spéculatif a essuyé de grandes pertes financières en 2022 en raison d’un manque d’anticipation concernant les effets dévastateurs de l’ouragan Ian, qui a fait chuter les actions des compagnies d’assurances. «L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes accroît les risques liés aux marchés des matières premières», explique Thomas Walsh, directeur de recherche sur la météo et le climat au sein de l’entreprise de données et d’infrastructures pour les marchés financiers LSEG.
Face à ces changements, les fonds spéculatifs surveillent toujours plus les phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations, les tempêtes, les canicules ou encore les sécheresses. Des géants américains comme Millennium Management ou Citadel, mais aussi Jane Street, Squarepoint Capital et DV Trading, développent même des pôles de trading météorologique dédiés afin de prédire ces événements et d’optimiser leurs rendements. En 2025, le cabinet de recrutement Proco Group révélait une hausse des embauches de météorologues et d’experts en données climatiques au sein des hedge funds de 23% par rapport à 2024. «Recruter des spécialistes dans ces domaines permet aux hedge funds qui négocient des contrats à terme particulièrement sensibles aux conditions météorologiques, agricoles ou énergétiques, par exemple, d’anticiper les risques et de mieux gérer leurs actifs.»

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Fiabilité des prévisions

L’oscillation australe El Niño (ENSO) est suivie de près par ces fonds spéculatifs. «L’ENSO est unique dans la mesure où il engendre des phénomènes variables au niveau mondial, et constitue une source fiable de prévisibilité à long terme dans le système climatique et météorologique, avec des impacts assez bien connus, détaille Thomas Walsh. Sur les marchés agricoles, la phase El Niño de cette oscillation augmente généralement les risques de sécheresse dans les régions tropicales, ce qui a des répercussions sur le café, le sucre et le cacao, tandis que la phase La Niña se caractérise souvent par une sécheresse dans les latitudes moyennes, ce qui a des répercussions sur les céréales et les oléagineux.» Monitorée correctement, la météo n’est donc plus une variable aléatoire mais une source prévisible de volatilité pour les hedge funds.

Prévisions basées sur l’IA

Pour Thomas Walsh, cette tendance à intégrer des météorologues au sein des équipes de certains hedge funds coïncide avec le développement de l’intelligence artificielle et une meilleure capacité à quantifier et à évaluer les risques météorologiques. «Le développement croissant des prévisions basées sur l’IA et l’amélioration des modèles numériques existants permettent aux météorologues d’aider les traders à déterminer quel modèle est le plus performant pour une région donnée et différentes variables météorologiques.»

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«L’amélioration des modèles numériques permet aux météorologues d’aider les traders.»

Thomas Walsh, directeur de recherche sur la météo et le climat chez LSEG
Aujourd’hui, les algorithmes de trading sont déjà en mesure de réagir aux changements de prévisions météorologiques et d’exécuter ces transitions en quelques secondes. «L’expertise humaine de météorologues reste néanmoins nécessaire afin d’identifier les biais et les tendances qui ressortent dans la multitude de données météorologiques générées chaque jour.» D’autres professions pourraient gagner en importance dans le secteur du trading ces prochaines années. «Des experts en technologies d’apprentissage automatique pourraient par exemple collaborer avec des scientifiques au sein de hedge funds qui souhaiteraient développer leurs propres modèles météorologiques avec des techniques d’IA.»

Un des facteurs de risque

«Les données météorologiques et climatiques deviennent de plus en plus pertinentes pour les hedge funds, mais les fonds dont la stratégie repose sur la prédiction de phénomènes météorologiques extrêmes restent une niche», explique Vincent Ijaouane, fondateur de Vigama Capital à Genève. La météo ne constitue qu’un des facteurs que le fonds alternatif genevois observe, «au même titre que les évolutions politiques ou les changements réglementaires, par exemple». La stratégie de Vigama Capital consiste à analyser les performances boursières de sociétés d’un même secteur pour identifier celles qui devraient surperformer et celles susceptibles de sous-performer. «Notre travail vise à anticiper l’évolution des résultats des entreprises et la manière dont ils peuvent être interprétés et valorisés par le marché, en tenant compte de l’environnement global dans lequel les sociétés évoluent, et non pas uniquement de leurs parts de marché. Cette approche décorrélée vise à maintenir une volatilité contenue et à offrir une meilleure résilience en cas de baisse des marchés.»
A propos des auteurs

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