Ingénieur en mécanique, Vincent Künzi (39 ans) est aussi triathlète. Il a fondé son magasin de vélos il y a sept ans au pied du Jura. Le marché étant saturé, il réoriente son activité, combinant l’offre internet globale et un service local.
«J’ai acheté moi-même mon premier vélo à 20 ans, un Pinarello alu avec une fourche carbone. Il était autour des 4500 francs. C’était déjà un bon prix à l’époque. Comme je faisais de la compétition en triathlon, notamment des Ironman, j’ai appris à prendre soin des vélos. Mais le déclic est venu de mon oncle, qui m’a donné un Peugeot des années 1980. Je l’ai entièrement désossé et j’ai recherché toutes les compatibilités pendant des mois. Je me suis spécialisé ainsi sur la mécanique vélo, en autodidacte et avec des tutoriels sur internet.
Après avoir réparé et préparé les vélos de nombreux amis, j’ai voulu régulariser ma situation et j’ai fondé KunziBike. Il y a plus de 6 millions de vélos en circulation en Suisse, il y avait donc une place à prendre, surtout si vous faites du multimarque.
C’est très facile de devenir entrepreneur, sur le papier. En vingt minutes sur easygov.swiss, vous avez créé votre société et ensuite vous pouvez vous inscrire au Registre du commerce. C’était important pour avoir accès aux fournisseurs. Je suis alors parti avec un ami à Taipei, au salon mondial du vélo, où j’ai relevé tous les contacts des fabricants. Je pouvais ainsi commander les pièces à l’unité. J’ai alors créé mes vélos et ma marque KunziBike. J’ai notamment travaillé sur des vélos ultralégers, 5 kilos, alors que les compétitions UCI sont à 6,8 kilos minimum. Cela a intéressé quelques clients non-compétiteurs, mais continuer ce développement n’était pas rentable.
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J’ai surtout rapidement été confronté aux limites d’un marché de la vente de vélos saturé. Le covid n’a pas aidé, avec la problématique des délais pour faire venir les pièces d’Asie. Je suis passé par une période de flottement de six mois pendant laquelle je ne savais pas comment j’allais continuer. Parallèlement, j’observais sur les courses que de plus en plus de cyclistes, compétiteurs ou amateurs, achetaient leur vélo sur internet. Selon le TCS, il y a eu une augmentation des ventes de vélos en ligne de 50% en 2025. Derrière, les cyclistes recherchent quelqu’un de fiable pour le SAV. Beaucoup de magasins refusent les marques qui ne sont pas les leurs ou les passent en second plan. C’est une lacune à exploiter.
J’ai donc complètement réorienté mon business vers le service et le remplacement de pièces, y compris celles fournies par le client. Je dois être un des rares ateliers vélo qui accepte de poser des pièces commandées sur internet par le client lui-même. Cela règle notamment la question des délais de livraison des pièces. Ce nouveau modèle a pris rapidement. De 20 clients réguliers il y a trois ans, je suis passé à 80 aujourd’hui. Certains sont des compétiteurs internationaux, il y a aussi beaucoup de retraités et également des agriculteurs pour lesquels le vélo est un outil de travail et doit être résistant.
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Parallèlement, le marketing dans le cyclisme n’a cessé d’augmenter. La largeur des pneus, par exemple, change régulièrement et si tout à coup un coureur gagne le Tour de France avec des 32 millimètres, il y a rupture de stock les mois suivants. Est-ce que des pneumatiques à 3000 francs vont faire rouler M. Tout-le-Monde plus vite? C’est beaucoup dans la tête que cela se passe.
Ce qui est sûr, c’est qu’il y a beaucoup de parallèles entre l’expérience d’un athlète et celle d’un entrepreneur. Avec le triathlon, j’ai appris la persévérance et la rigueur. Il faut souvent creuser pour aller plus loin et on doit s’entraîner également quand on n’a pas envie. C’est pareil quand on a une entreprise.»
Les dates clés
2019
Fondation de KunziBike.
2023
Réorientation vers le service, doublement de la clientèle.