Egalement ministre de l'Economie et du Climat, Robert Habeck effectue une visite aux airs de dernière chance pour éviter une guerre commerciale entre le Vieux continent et la deuxième puissance mondiale - important partenaire économique de l'Allemagne.

Une tâche encore compliquée par le contexte politique, le dirigeant allemand reprochant samedi à la Chine son soutien économique à la Russie, sur fond d'invasion de l'Ukraine, soulignant qu'il «nuisait» aux relations entre Pékin et Bruxelles.

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La Chine dénonce régulièrement ces prochaines surtaxes sur les véhicules électriques comme étant «purement protectionnistes».

«Il ne s'agit pas de droits de douane punitifs», a assuré samedi Robert Habeck à Zheng Shanjie, le directeur de l'agence chinoise de planification économique (NDRC), selon un enregistrement transmis à l'AFP par l'ambassade d'Allemagne. «Il ne s'agit pas d'une punition», a-t-il insisté.

Concurrence faussée

Sans compromis d'ici le 4 juillet, la Commission européenne imposera jusqu'à 28% de hausse des droits de douane sur les importations de véhicules électriques chinois, reprochant à Pékin d'avoir, selon elle, faussé la concurrence en subventionnant massivement ce secteur.

Ces surtaxes deviendraient définitives à partir de novembre.

«Pour l'Europe, je peux dire que les portes sont ouvertes et que l'invitation ou l'offre de discussion a été faite à plusieurs reprises. Maintenant, elle doit être acceptée», a déclaré Robert Habeck lors d'une conférence de presse à Shanghai.

Plus tôt samedi, le ton avait été ferme côté chinois.

«Si l'UE fait preuve de sincérité, la Chine souhaite entamer des négociations dès que possible» sur les surtaxes, lui a indiqué le ministre du Commerce, Wang Wentao, selon la télévision étatique anglophone CGTN.

«Mais si l'UE s'obstine dans cette voie, nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour défendre nos intérêts. Cela comprendra le dépôt d'une plainte auprès du mécanisme de règlement des différends de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC). Nous défendrons fermement les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises».

Le porc visé

Pékin avait déjà annoncé lundi avoir lancé une enquête antidumping sur les importations de porc et de produits à base de porc en provenance de l'Union européenne (UE).

Les constructeurs allemands et européens subissent fortement la concurrence chinoise, moins chère. Les importations de véhicules électriques chinois en Allemagne ont été multipliées par dix entre 2020 et 2023.

La Chine argue que le succès de son secteur électrique est dû à l'innovation et aux chaînes d'approvisionnement performantes, et non aux subventions.

«Le protectionnisme (de l'UE) ne protègera pas la compétitivité (de ses constructeurs) et ne fera que ralentir la lutte mondiale contre le changement climatique et la promotion d'une transition verte», a déclaré Zheng Shanjie à Robert Habeck.

«Nous attendons de l'Allemagne qu'elle fasse preuve de leadership au sein de l'UE et qu'elle prenne les bonnes mesures», sous-entendu obtienne l'annulation des surtaxes, a-t-il insisté, selon l'agence Chine nouvelle.

«Pas accepter»

Un tel épilogue semble improbable, Robert Habeck reprochant encore samedi à Pékin l'envolée de ses échanges commerciaux avec Moscou.

«La guerre d'agression russe et le soutien chinois au gouvernement russe nuisent déjà aux relations commerciales et économiques entre l'Europe et la Chine», dit-il avoir déclaré à ses interlocuteurs chinois.

La Chine s'est engagée à ne pas fournir d'armes à la Russie et appelle au respect de l'intégrité territoriale de tous les pays - sous-entendu Ukraine comprise. Mais elle n'a jamais condamné Moscou pour son invasion.

Robert Habeck a assuré samedi que de nombreux biens «à double usage» (à la fois civil et militaire) étaient utilisés par la Russie après être passés par «des pays tiers» - sous-entendu la Chine.

«Nous ne pouvons donc pas accepter» que l'invasion russe soit soutenue avec ces produits, a martelé le vice-chancelier allemand, appelant Pékin à interdire leur exportation vers son voisin russe.

Les constructeurs automobiles allemands craignent toujours un conflit commercial majeur avec Pékin, qui plomberait leur activité sur ce marché crucial. Pour Mercedes, Volkswagen ou BMW, la Chine représente jusqu'à 36% des volumes de ventes.

S
SDA