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La Jaguar I-Pace, 100% électrique, a été élue voiture de l’année 2019. © Jaguar

2020, l’odyssée de l’électrique

Dans le sillage de Tesla, la plupart des constructeurs automobiles se lancent à corps perdu dans le 100% électrique. Par obligation, mais pas seulement…

A partir du 1er janvier 2020, les émissions des voitures de tourisme neuves vendues dans l’Union européenne ne devront pas dépasser en moyenne 95 grammes de CO2 par kilomètre. Afin de respecter ces nouvelles normes, les constructeurs automobiles mettent les bouchées doubles pour étoffer au maximum leur gamme de véhicules zéro émission. Le but est évidemment de convertir les irréductibles du moteur thermique, en leur proposant des modèles toujours plus «sexy» en termes d’autonomie, de recharge et de performances pures.

Parmi les produits proposés par le groupe Autobritt, à Genève, figure la Jaguar I-Pace, 100% électrique, élue voiture de l’année 2019. Son CEO, l’ancien pilote Bernard Thuner, avoue que sa clientèle se montre encore frileuse: «Je sais qu’il y a des régions où ça a mieux démarré, en Suisse alémanique notamment. Les gens sont intéressés, on pense qu’ils vont franchir le pas, puis tout à coup ils partent sur un V8 compresseur!» Les principales craintes évoquées? L’autonomie et le système de recharge.

«Pour ma part, j’ai décidé de rouler en Jaguar électrique, déjà pour me forger une vraie opinion. Je vais partir en vacances avec, faire l’expérience de la recharge, etc., parce que j’avais moi aussi pas mal d’a priori», avoue le patron d’Autobritt. Premier verdict? «Déjà, le châssis est extrêmement homogène, avec un centre de gravité très bas. Sur un plan ergonomique, la voiture est l’une des rares à avoir été pensées de A à Z en électrique. Outre la puissance, 400 ch délivrés par les deux propulseurs électriques, le plus bluffant est le frein moteur. Etre toujours en anticipation et décélérer en charge, ça procure un frein moteur incroyable.»

Balayer les clichés

Demeure la question numéro un, l’autonomie de la batterie. «Par rapport à mes besoins, elle est largement suffisante (le constructeur revendique 450 km, ndlr), ajoute Bernard Thuner. Mais il est vrai que je fais partie de ces gens qui ont le privilège de charger au domicile ou au travail. Il existe davantage de contraintes si l’on doit se reposer uniquement sur les bornes publiques. Il existe heureusement toute une série de plateformes de gestion de recharge permettant de déterminer la borne la plus proche. Grâce à certaines applications sur smartphone ou les GPS, on est vraiment guidé vers l’endroit correspondant à la distance que peut encore parcourir la voiture. C’est une approche assez ludique, une expérience un peu différente de la mobilité.»

Changer les mentalités, mais également balayer certains clichés: «Beaucoup font l’amalgame et parlent en termes de pleins d’essence. Combien de temps pour une recharge? Mais avec une voiture à moteur thermique, on ne va pas tous les soirs à la station-service afin d’avoir le réservoir plein. Et ça, les utilisateurs Tesla ou de smartphone l’ont bien compris. On ne fait pas le plein chaque fois qu’on recharge. Soit on se rend à un endroit équipé d’un super-chargeur, soit on se contente de 30 à 40% durant la nuit à son domicile. Cela offre une l’autonomie suffisante pour le lendemain.»

Le prix à payer

Reste le prix de ce produit catalogué haut de gamme: à partir de 85 600 francs. «Il est vrai que les premières personnes qui ont les moyens de faire le pas vers une nouvelle technologie plus environnementaliste ou éco-responsable sont souvent les personnes les mieux nanties. Le taux de pénétration de vente des Tesla est extrêmement fort à Zurich et à Genève, mais je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de Tesla dans la Creuse.» Conclusion pragmatique de Bernard Thuner: «On vit dans les deux mondes, entre le pétrole et l’électrique. La mobilité électrique n’est pas forcément adaptée à tout le monde, mais elle correspond à ce que beaucoup de pendulaires attendent. Aujourd’hui, le signal est donné, et il y a un réel développement des réseaux de recharge. Dans les pays européens, c’est un élément qui ne va plus être un obstacle.»

Olivier Rihs, le nouveau directeur général du Geneva International Motor Show (feu le Salon de l’auto et des accessoires!), a parfaitement compris l’importance de l’enjeu: «Aujourd’hui, les constructeurs dépensent énormément d’argent dans la recherche et le développement, un peu moins dans le marketing. 400 milliards seront investis au cours des cinq prochaines années rien que dans l’électrification. Ces montants, il faut forcément les épargner quelque part, et le premier endroit où vous pouvez épargner, c’est dans le marketing. Ça nous touche forcément en tant qu’organisateur de salon, et ça nous oblige à avoir beaucoup d’idées pour nous adapter.»

En attendant Richard Branson et Elon Musk

Parmi les nombreuses nouveautés proposées, la prochaine édition du grand raout de mars sera marquée par la transformation d’une halle de Palexpo en piste d’essai pour voitures 100% électriques: «C’est d’abord une demande des visiteurs. On a constaté que 97% des gens qui sont venus au Geneva International Motor Show cette année n’avaient jamais essayé un véhicule électrique. Beaucoup sont intéressés, mais disent manquer d’informations sur le sujet. Comment vais-je recharger les batteries? A la maison? Au travail? En déplacement? Qu’est-ce que ça va me coûter? Ce sont des éléments encore très flous pour les gens, et c’est là-dessus qu’il faut mettre l’accent aujourd’hui. Informer au maximum, pour que l’acceptation de ces produits devienne quelque chose d’évident. Dans l’incertitude, le consommateur fait toujours la même chose: il s’abstient!»

Cette possibilité de tester des véhicules sur un circuit tracé dans la halle 7 (longueur de 350 mètres) devrait l’aider à se décider. Et à en croire Olivier Rihs, le visiteur aura même l’embarras du choix: «L’année prochaine, une multitude de voitures à propulsion électrique vont déferler. Le développement de ces modèles a été réalisé ces deux ou trois dernières années et c’est maintenant qu’ils vont arriver. On parle par exemple de Volkswagen avec la ID, de BMW avec la iX3, mais aussi de produits signés Mercedes, Porsche et bien d’autres. Des produits qu’il s’agira de promouvoir si l’on veut atteindre cette fameuse moyenne de 95 grammes de CO2. Pour y parvenir, il faudra vendre près de 10% de véhicules électriques en Suisse. Mais c’est aussi une demande des clients qui sont de plus en plus enclins à vouloir diminuer leurs émissions de CO2. »

Pas sûr que la piste de Palexpo suffise à satisfaire les amateurs de sensations fortes. Mais qu’importe puisqu’il ne s’agit là que d’un «amuse-gueule». «La plupart des gens qui testent un véhicule électrique arborent un large sourire en sortant de la voiture, ne serait-ce que par rapport au temps de réaction qui est absolument extraordinaire. Ce qui manque, par rapport aux véhicules traditionnels, c’est peut-être paradoxalement le bruit et les vibrations. Rouler en électrique, c’est une habitude à prendre. Pour ma part, j’ai grandi dans le digital, avec les plateformes de marché de Scout 24. Je suis toujours fasciné par les avancées technologiques.» Le nouveau patron du GIMS le prouve en tablant sur la présence de deux intervenants de renom en ouverture du Salon 2020: Richard Branson (Virgin) et Elon Musk (Tesla).


Vous avez dit démesure?

Présentée à l’état de concept car en mars dernier au Salon de Genève, la Pininfarina Battista est propulsée par quatre moteurs électriques affichant une puissance cumulée de 1900 ch pour un couple de 2300 Nm. Cette hypercar avalerait le 0 à 100 km/h en moins de 2 secondes!

Présentée à l’état de concept au dernier Salon de Genève, la Pininfarina Battista.  © DR