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Alain Spinedi, directeur de Louis Erard. © Patrice Schreyer

«L’ego et le pouvoir passent au deuxième plan»

Entrepreneur dans l’âme, Alain Spinedi a repris en 2003 la direction de la marque horlogère Louis Erard, qui vient de se repositionner sur la complication mécanique accessible.

Qu’est-ce qui vous motive à vous lever le matin?

Plus que ce qui me motive, c’est ce qui me pousse dans la vie. L’horlogerie en fait évidemment partie et plus particulièrement Louis Erard, qui revient sur le devant de la scène avec ses complications accessibles et des créations contemporaines. Si je suis plutôt matinal durant la semaine, j’aime flemmarder un peu le week-end et surtout passer du temps en famille.

Le talent que vous rêveriez d’avoir?

Je suis un grand fan de foot et j’ai eu l’occasion, en tant que junior, de m’adonner à ma passion. Mais mon talent n’a jamais été suffisant pour dépasser le stade de la deuxième ligue vaudoise. J’aurais vraiment aimé en avoir davantage pour pouvoir fouler la pelouse de grands stades. J’ai eu la chance, une fois, de jouer au stade de la Pontaise devant 7000 personnes. C’était une expérience extraordinaire. Aujourd’hui, j’aime toujours autant ce sport. D’ailleurs, Louis Erard est notamment partenaire de Leeds United en Angleterre et du Standard de Lièges en Belgique.

Le principal trait de votre caractère?

La persévérance. Lorsqu’on est chef d’entreprise, chaque jour n’est pas synonyme de bonnes nouvelles, bien au contraire. Il faut donc apprendre à encaisser les coups, à se relever et à trouver du positif dans toutes les situations. C’est un trait de caractère que l’on a ou pas.

Le meilleur conseil que vous ayez reçu?

C’est celui que m’a donné mon épouse. Elle m’a conseillé d’être davantage à l’écoute des gens. Avec le recul, je me suis rendu compte qu’elle a raison.

Votre plus dure école de la vie?

Je devais avoir 12 ou 13 ans et je voulais de nouvelles chaussures de foot. Mon père, qui était très strict et exigeant, m’a donc demandé de travailler dans le restaurant familial à la plonge pendant un mois, c’est-à-dire du lundi au samedi. Quand il m’a accompagné pour les acheter, il ne m’a pas laissé les choisir. A cette période, les chaussures de foot changeaient de forme, mais mon père m’a acheté un ancien modèle à 39 fr. 90. Le nouveau coûtait 59 fr. 90. Ce n’était pas une question de prix. Il considérait tout simplement que l’ancien modèle convenait parfaitement. Tous mes coéquipiers se sont moqués de moi. Dès lors, je ne les ai plus jamais portées, mais j’ai ressenti beaucoup d’injustice et le sentiment d’avoir été injustement récompensé. Cette expérience m’a profondément marqué.

Quel autre métier auriez-vous voulu exercer?

Aucun autre. Après avoir travaillé un an dans le domaine bancaire et cinq ans dans le commerce de détail, j’ai démarré ma carrière dans l’horlogerie. A l’école de commerce, un professeur nous avait dit que si nous avions un jour la chance de travailler dans ce secteur, nous ne le quitterions plus. En ce qui me concerne, il avait raison. Sinon, je dis parfois en plaisantant qu’être un food truck doit être sympa. Il y a une dimension entrepreneuriale et l’indépendance qui l’accompagne.

Quelle a été votre plus grande erreur?

Erreur ou regret, je ne sais pas, mais probablement de ne pas avoir pris le temps de parler avec mon père avant son décès. Une discussion aurait sûrement permis de régler beaucoup de non-dits.

Votre plus grande extravagance?

Il s’agit plutôt d’une situation extravagante que j’ai vécue. Je travaillais alors chez Swatch, à la fin des années 1990, et j’étais invité en Thaïlande par une princesse thaïlandaise. Nous marchions pour rejoindre le restaurant et sur les 40 ou 50 mètres qui nous en séparaient, son personnel parsemait notre chemin de pétales de roses. C’était surréaliste.

Votre définition de la réussite professionnelle?

Je viens d’une génération où gravir les échelons et devenir CEO d’une entreprise était synonyme de réussite professionnelle, générant notamment richesse, pouvoir… En reprenant Louis Erard, j’ai dû revoir mes convictions à plat. L’aptitude à créer et à construire est essentielle, les notions d’ego et de pouvoir passent dès lors au deuxième plan. Finalement, à mes yeux, la réussite professionnelle, c’est faire ce en quoi on croit.

L’entreprise idéale, selon vous?

Une entreprise bienveillante, permettant de se consacrer à ce qui nous passionne vraiment, permettant de répondre à nos besoins et de nous accomplir.

La qualité indispensable pour un leader?

Il en faut plusieurs, mais je dirais du charisme, le goût d’entreprendre et aussi celui du risque. Il faut savoir identifier les bonnes idées, les faire grandir et parfois oser aller à contre-courant.

Le chanteur, l’auteur ou le film culte?

J’ai deux films culte: Il était une fois dans l’Ouest, qui était, à sa sortie, une révolution dans le cinéma, et l’inusable Les bronzés font du ski.

Vous dans cinq ans?
J’aurai 75 ans, j’espère surtout être en aussi bonne forme physique et mentale qu’actuellement.