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Pour Jean-François Manzoni, performance et bienveillance sont conciliables.  © E. Mottaz

"A l'IMD, nous faisons évoluer les cultures managériales"

Le 23 mars, l’IMD accueillera un séminaire consacré à la santé en entreprise. Entretien sur ce thème avec le président de l’institut, Jean-François Manzoni.

Jean-François Manzoni,  quelle est la place de la santé en entreprise?

Je pense que la santé physique et mentale des collaborateurs est essentielle au bon fonctionnement d’une organisation. Et les entreprises éclairées vont aussi dans ce sens. Un exemple: Novozymes, une grande entreprise danoise leader sur le marché des enzymes industriels, offre gratuitement à ses employés des petits-déjeuners et déjeuners d’une qualité incroyable. Le PDG de l’entreprise m’a expliqué son raisonnement: «Si tu avais une Formule 1, mettrais-tu de l’essence de mauvaise qualité dans le réservoir? Nos collaborateurs sont notre Formule 1, et nous les aidons à être à leur mieux.» 

De façon plus générale,  l’entreprise ne se limite pas à la simple recherche du profit, c’est aussi et avant tout un ensemble d’individus. A l’IMD, nous enseignons aux managers la quête de l’efficacité et de l’excellence sans jamais négliger le coût humain. Si la santé en entreprise ne figure pas dans notre cursus, cette question est transversale à tous les cours délivrés en ces murs.

Peut-on réellement concilier performance et bienveillance dans le monde du travail?

Oui, je pense que ces deux termes sont conciliables et peuvent même être auto-renforçants à moyen terme. Mais cette conciliation n’est pas simple à effectuer, d’où l’intérêt de ce séminaire. 

Quelle est la responsabilité de l’entreprise en termes de santé?

Prenez l’exemple d’un employé victime d’un dysfonctionnement qui dégénère ensuite en burn-out alors qu’il avait parlé de son problème à la direction. La responsabilité de l’entreprise est clairement engagée. Celle-ci a l’obligation de mettre en place les moyens nécessaires pour assurer à ses employés un environnement de travail qui, au minimum, ne met pas en péril leur santé.

Pensez-vous que les systèmes de management horizontaux, tels que l’holacratie, participent à la réduction de la tension et du stress au sein des entreprises?

Je ne suis pas un grand promoteur de l’holacratie, mais je crois beaucoup à l’agilité. Modifier les habitudes de management pour gagner en efficacité, tout en renforçant l’engagement des collaborateurs et en réduisant leur stress, est évidemment de nature à avoir un effet positif sur la santé. Même s’il faut parfois accepter des tensions passagères lorsqu’il s’agit d’implémenter de nouvelles façons de travailler.

Nous sommes tous connectés en permanence; la frontière entre vie privée et professionnelle est plus floue, y voyez-vous un danger?

Cette «hyperconnexion» est bien sûr dangereuse:  trop d’entre nous ne parviennent plus à gérer la possibilité, et parfois l’attente d’être disponible 24 heures sur 24. Mais elle permet aussi plus de flexibilité, comme le télétravail qui économise à l’employé le temps et la fatigue du transport. Elle permet aussi de moduler ses horaires, pour passer par exemple quelques heures en famille avant de reprendre le travail pour une heure ou deux. La connexion continue, c’est un peu comme la langue d’Esope. Ça peut avoir un effet positif ou un effet négatif, selon la manière dont on la gère. C’est aussi une question de culture d’entreprise.

Est-il possible de la faire évoluer?

Oui. D’ailleurs, à l’IMD, notre rôle consiste aussi à faire évoluer les cultures managériales en identifiant des pratiques innovantes et en aidant les entreprises à les implémenter. La problématique de la santé fait évidemment partie de ces réflexions. Changer la culture d’une entreprise est tout à fait possible, à condition de garder à l’esprit que l’unité de temps pour y parvenir ne se calcule pas en semaines, ni en mois, mais en années. 

Plus d'infos sur le site de Santé et Entreprise