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Entrepreneuriat

Phida ouvre son capital à ceux qui la dirigent

Bastien Sauve a repris une première tranche des parts du groupe vaudois, avant une ouverture progressive du capital aux cadres dirigeants d’ici à 2028. L’entreprise a doublé ses effectifs en cinq ans.

Sophie Marenne

Phida

Alain Joseph (à g.) a choisi la voie du MBO pour la transmission de son entreprise, donnant accès au capital à Bastien Sauve (à dr.), le CEO. Un choix qui vise à préserver la culture interne et à stabiliser la gouvernance.

Darrin Vanselow

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Nichée à l’est de Renens, à quelques centaines de mètres de la nouvelle gare de Prilly-Malley, Phida s’apprête à franchir un cap: dès janvier, l’entreprise de construction totalisera près de 700 collaborateurs. En plus de l’étanchéité, des revêtements de sol ou des façades ventilées, elle couvre désormais les sanitaires grâce au rachat de Milliquet, basée à Romanel-sur-Lausanne. «Et nous venons de signer l’acquisition d’une société romande en construction métallique», annonce son CEO, Bastien Sauve.

Arrivé en 2016 et nommé à la tête du groupe en 2020, Bastien Sauve a réalisé cet été la première étape d’un management buy-out (MBO). Le dirigeant ne divulgue pas la part reprise, mais précise qu’Alain Joseph, le président actuel (et ancien président du Lausanne-Sport), demeure «ultra-majoritaire».

Bientôt centenaire

Fondée en 1931 par Georges Dentan, reprise en 1971 par Philippe Joseph puis par ses fils en 1998, la société a grandi sous la houlette de ces derniers. En 2022, Alain Joseph a racheté les parts d’Yves Joseph et a mené une refonte de l’identité du groupe, l’unifiant sous la marque Phida. Actuellement, la structure est composée d’une trentaine d’entités actives en Suisse romande et dans la région d’Annecy.

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Tout comme le groupe spécialisé en impression Devillard (GE) cet été ou l’industriel du conditionnement Marvinpac (FR) au printemps, Phida privilégie l’option d’un MBO pour sa transition. «Ce choix découle de la volonté d’Alain Joseph de m’intégrer davantage. Nous partageons les mêmes valeurs. Il est un peu comme un père professionnel pour moi (rires). D’autant plus que ses enfants n’ont jamais eu la volonté de rejoindre le groupe», assure Bastien Sauve. Le financement de l’opération combine fonds propres, prêt du cédant et crédit de la Banque cantonale vaudoise (BCV), dans des proportions non dévoilées.

700
Le nombre de collaborateurs que comptera la société dès le mois de janvier.

180
En millions de francs, le chiffre d’affaires du groupe prévu en 2025.

Cap vers une plus large ouverture aux cadres

Aucune cession à une multinationale n’a été envisagée. «S’il avait cherché à maximiser ses perspectives financières, Alain Joseph aurait vendu la holding d’un seul bloc. Là, il s’engage dans un suivi sur plusieurs années», souligne le CEO.

La seconde phase du MBO interviendra d’ici à 2027 ou 2028, avec une ouverture plus large du capital à certains cadres dirigeants. Le chantier administratif et légal débutera l’an prochain, «en fonction de la réactivité des autorités fiscales». L’ouverture concernera les sous-holdings: Phida Construction, Phida Event, Phida Service et Phida Invest. «Cette option est possible car nous avons des cadres compétents, mais aussi alignés sur nos valeurs. C’est essentiel.»

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Nouveau modèle de travail

En 2025, le chiffre d’affaires du groupe avoisinera les 180 millions de francs. Si l’année en cours est marquée par plusieurs acquisitions, la croissance organique a tourné autour de 10% entre 2020 et 2024. Durant cette période, l’effectif, qui compte désormais 28 nationalités, a doublé.

Projet entamé en 2023, le passage à la semaine de quatre jours payés cinq n’est effectif que dans la filiale Vesta Conseils, active en courtage en assurances. Pour le reste de la holding, le modèle est encore à l’étude. Une période de test sera lancée en Valais en janvier. «Notre service RH a été fortement sollicité à la suite du drame de Prilly, en plus de la gestion de notre croissance. Ce type d’initiative a été mis sur pause», confie Bastien Sauve. En juillet 2024, l’effondrement d’un échafaudage a coûté la vie à deux collaborateurs de Phida.

Le dirigeant reste convaincu que ces horaires allégés représentent une réponse à la pénurie de main-d’œuvre, que ce soit pour les ouvriers, dont le métier est physiquement pénible, ou pour les conducteurs de travaux, «qui jonglent avec les attentes des clients, des fournisseurs et du service financier». Et d’ajouter qu’il souhaite poursuivre plusieurs pistes en durabilité, formation des apprentis ou intelligence artificielle «pour moderniser un secteur de la construction longtemps figé dans ses traditions».

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Sophie Marenne
Sophie Marenne
Sophie Marenne

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