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Commerce international

Accord commercial avec la Chine: ce que la Suisse a vraiment gagné

D’un côté, Pékin efface presque tous ses droits de douane sur les produits suisses. De l’autre, Washington les relève. Le contraste est spectaculaire, mais les conséquences pour les exportateurs suisses le sont beaucoup moins. Un chef économiste et un spécialiste des marchés de capitaux refont le calcul.

Le Secrétariat d’État à l’économie estime les économies annuelles de droits à environ 244 millions de francs, rappelle Reto Cueni, chef économiste de la Banque Syz.
Le Secrétariat d’État à l’économie estime les économies annuelles de droits à environ 244 millions de francs, rappelle Reto Cueni, chef économiste de la Banque Syz.DR

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Le contraste dans le calendrier est saisissant. Le 24 juillet 2026, les États-Unis alourdissaient jusqu’à 12,5% les droits sur les produits suisses, et jusqu’à 15% sur la pharma une semaine plus tard. Le 20 août, Berne et Pékin annonçaient l’aboutissement des négociations qui porteront à 99,8% la part des exportations suisses entrant en Chine sans droits de douane, contre environ 50% aujourd’hui. Une porte se ferme, une autre s’ouvre. Reste à savoir sur quoi.

Un «cadeau» à 244 millions

Le Secrétariat d’État à l’économie chiffre les économies annuelles de droits à environ 244 millions de francs, rappelle Reto Cueni, chef économiste de la Banque Syz, soit quelque 0,03% du produit intérieur brut. L’effet direct sur la croissance sera donc modeste. L’économiste préfère regarder la trajectoire: hors or, les exportations suisses vers la Chine sont passées de 8,2 milliards de francs en 2013 à 15,2 milliards en 2025, une progression de plus de 85% quand l’ensemble des exportations suisses avançait de moins de 45%.
L’ordre de grandeur, lui, doit être remis en perspective. Les États-Unis ont absorbé près de 55 milliards de francs d’exportations suisses en 2025, l’Allemagne 43 milliards, selon l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF). La Chine, elle, reste loin derrière. Absente du trio de tête des débouchés suisses (États-Unis, Allemagne, Slovénie, cette dernière propulsée par la pharma), elle a même vu les ventes suisses reculer de 6,1% sur l’année. «L’accord rend la Chine relativement plus attractive, mais il n’en fait pas un substitut aux États-Unis», tranche Reto Cueni.

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Qui va vraiment en profiter?

Le mécanisme importe plus que le pourcentage. À l’entrée en vigueur, 77,5% des exportations seront exonérées; le solde s’échelonne sur cinq à dix ans, détaille le chef économiste. Et le texte doit encore être ratifié par le Parlement, voire soumis à référendum.
Les gains les plus spectaculaires vont là où la situation est aujourd’hui la plus mauvaise. L’horlogerie ne fait entrer que 1% de ses exportations en franchise; la pharma environ 29%, la chimie près de 50%. Les machines (75%) et les instruments de précision (un peu moins de 90%) bénéficient déjà largement de franchises et gagneront donc moins au changement. Le fromage et le café torréfié attendront dix ans; le chocolat, le vin ou la viande séchée ne gagnent rien, étant déjà exemptés.
La douane n’est d’ailleurs pas le seul péage. Les horlogers continueront de payer la taxe chinoise sur le luxe, et les produits réglementés resteront soumis aux homologations et aux appels d’offres publics.

Une option, pas un stimulus

Reste la demande. Les exportations horlogères suisses vers la Chine ont reculé de 12% en 2025, alors même que le pays demeure le troisième marché de la branche derrière les États-Unis et le Japon. Un accès tarifaire élargi améliorera les marges, observe Reto Cueni, mais ne renversera pas la tendance à lui seul: la confiance des ménages et les dépenses de luxe pèsent bien plus lourd. Au deuxième trimestre 2026, le PIB chinois progressait de 4,3% sur un an, le commerce de détail de 3,3% seulement. D’où sa formule: l’accord «crée une option sur la reprise future de la demande chinoise, plutôt qu’un fort stimulus à court terme».

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Un détail de calendrier mérite d’être relevé. La surtaxe américaine s’applique aujourd’hui; l’allègement chinois suppose une signature, une ratification, puis jusqu’à dix ans d’échelonnement. Avant de se resserrer, l’écart tarifaire se creuse.

Pourquoi Pékin donne

Serge Nussbaumer, responsable Public Solutions et spécialiste des marchés de capitaux chez Maverix, pose une autre question: celle de l’intention chinoise. «L’accord n’est pas la preuve d’un tournant libéral de la Chine. C’est de la diplomatie économique ciblée», pose-t-il. Pékin ne pratique pas une ouverture générale mais sélective, et la Suisse coche les cases: technologiquement intéressante, politiquement indépendante, assez petite pour qu’une exonération quasi totale ne coûte presque rien.
La concession n’en reste pas moins réelle. Mais un rapport de force ne se mesure pas au nombre de lignes tarifaires supprimées, souligne le spécialiste, il se mesure à ce qu’il en coûte à celui qui les supprime.
Mais l’ouverture chinoise ne signifie pas que Pékin facilite l’accès à son économie aux capitaux étrangers. Les dix plus grandes maisons de private equity mondiales n’ont annoncé publiquement aucune transaction en Chine continentale durant les sept premiers mois de 2026. Aucune contradiction, selon lui: le commerce laisse entrer de la demande étrangère sans céder la propriété, la gouvernance ni les données. «La Chine ouvre son marché de débouchés plus vite que son marché des capitaux.»

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Jusqu’où Washington peut aller?

Restent les représailles possibles. Les leviers américains existent (contrôles à l’exportation, accès aux technologies, système financier, sanctions secondaires) et leur portée dépasse les frontières: les Pays-Bas et le Japon ont durci leurs contrôles sur les équipements de semi-conducteurs après coordination avec Washington, rappelle Serge Nussbaumer. Il pose toutefois une limite claire: personne ne sanctionnera la Suisse parce qu’elle vend davantage de montres ou de machines à la Chine. Le terrain sensible, ce sont les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les biens à double usage.
Les deux hommes se rejoignent là, chacun depuis son métier. Reto Cueni y voit «une diversification commerciale pragmatique plutôt qu’un alignement stratégique»: la Suisse garde la main sur les données, la sécurité nationale et les contrôles à l’exportation. Serge Nussbaumer raisonne par secteur: plus la technologie est stratégique, plus la géopolitique commande; moins elle l’est, plus le prix et l’accès au marché décident.
La question n’est donc pas de savoir si la Suisse se rapproche de la Chine, mais dans quoi. «La mondialisation ne disparaît pas», conclut Serge Nussbaumer. «Elle est triée politiquement, et la géopolitique obtient de plus en plus un droit de veto.» Pékin a ouvert son marché. Pas son système.

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1% aujourd’hui — Seul 1% des exportations horlogères suisses vers la Chine entre actuellement en franchise de droits. À terme, cela sera pour la quasi-totalité.
244 millions — Les économies annuelles de droits estimées par le SECO.
Zéro transaction — Les dix plus grandes maisons de private equity mondiales n’ont annoncé publiquement aucune opération en Chine continentale durant les sept premiers mois de 2026.

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