Le travail, c’est comme l’amour: très compliqué. Chaque mois, la journaliste Martina Chyba décrypte à sa manière pertinente et impertinente les splendeurs et misères de la vie professionnelle.
L’année 2026, soi-disant l’année du renouveau. Heu… On va dire que ça se fait attendre. Et que l’on a sacrément besoin de se détendre (pardon pour la rime facile… fatigue, flemme, bronchite). Je rentre donc à la maison après une journée au cours de laquelle je me suis dit régulièrement «J’aimerais que la Terre s’arrête pour descendre», comme le chantait Jane Birkin de sa petite voix d’oiseau tombé du nid. Je sais que c’est nul de se vautrer sur le canapé et de scroller, je sais que ça va me fatiguer encore plus, que je devrais me pousser pour un footing/un bon bouquin/un bain parfumé/un gâteau fait maison ou une partie de jambes en l’air, mais je n’y arrive pas. Donc je scrolle. Espérant quelque chose comme une anesthésie générale de mon cerveau et de mon corps en miettes.
Et c’est là que je vois passer un truc de ouf. J’en ris pendant quelques bonnes minutes. Hahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahaha. Voilà, comme ça.
La news est qu’il existe un championnat du monde d’Excel. Oui, du logiciel de Microsoft, le truc avec les colonnes et les chiffres ou les lettres en tout petit dedans. Alors je vais être franche, je respecte infiniment les gens qui travaillent avec ça, voire je les admire, mais pour moi, Excel, c’est le neuvième cercle de l’enfer de Dante, celui où il y a les traîtres qui sont partiellement ou totalement congelés pour l’éternité. Comme vous l’aurez compris, je suis une lettreuse, et ce logiciel tableur pour moi, c’est Twilight Zone, à savoir La quatrième dimension. Celle du reporting, de la gestion des budgets, des bases de données à traiter et des cases à remplir. Lorsque je reçois un document sur Excel, je ne comprends rien, où sont les pages, comment on peut modifier... bref. Ce qui est décrit dans Wikipédia, à savoir que «chaque fichier correspond à un classeur, lequel contient des feuilles de calculs organisées et chaque feuille correspond à un tableau de lignes et de colonnes pouvant contenir des valeurs (numériques ou non) ainsi que des formules permettant les calculs», provoque chez moi un brouillard mental et une sorte de refus d’obstacle, alors que je ne suis portant pas technophobe. Enfin je ne crois pas.
Contenu Sponsorisé
Publicité
Ce qui me fascine dans cette histoire, c’est que l’on puisse sortir du bureau et continuer à s’entraîner sur ce truc chez soi. Les passionnés doivent en être à quinze heures d’Excel par jour. Parce que, attention, les participants aux championnats du monde d’Excel sont des cadors, on parle de devenir le «LeBron James des tableurs». LeBron James, c’est le boss du basket mondial et l’un des sportifs les mieux payés de tous les temps, si jamais. C’est dire si on prend cette compétition au sérieux.
Alors j’ai fait ce que mon métier exige, je suis allée voir ces championnats. Pas en direct à Las Vegas, hein, faut pas déconner non plus (encore que j’aurais adoré envoyer la note de frais à PME) mais sur YouTube. Cela se déroule dans une Arena, devant un public de 400 personnes, avec deux commentateurs over enthousiastes qui hurlent comme David Lemos quand la Nati marque un but. Les participants, venus du monde entier, arrivent sur scène en musique comme des stars, lookés geek évidemment, et il n’y a… que des mecs. Ou alors j’ai mal vu, mais disons que si j’ai loupé une femme, c’est la seule. Manifestement, quand il s’agit de ranger des chiffres et de nettoyer des cases, les messieurs sont plus au taquet pour le faire sur l’ordi qu’à la maison. C’est clairement un hobby masculin, alors qu’une grande partie de l’administration dans les entreprises est féminisée. Mais les femmes ont peut-être autre chose à faire en rentrant du taf.
Publicité
Ne me demandez pas en quoi consistent les épreuves et ce qu’ils doivent réussir, je n’en sais rien. Le vocabulaire Excel, déjà en français j’ai du mal, mais alors en anglais, laisse tomber. J’ai vaguement compris qu’ils doivent résoudre des «tâches inhabituelles» et maîtriser toutes les fonctionnalités. Le vainqueur peut remporter 5000 dollars (pour être LeBron James il y a encore un bout de route) et retourner au bureau le lendemain. Hé mais j’y pense: si ça se trouve, ils sont souvent en télétravail, ces gens, et s’entraînent en scred pendant les heures de boulot! Han!
Mais je ne vais pas bouder mon plaisir. Pour une fois, alors que j’étais au bout de ma vie, grâce à ce logiciel, j’ai passé un Excel-lent moment!