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Enseignement

Écoles privées: laboratoire indispensable pour l'enseignement public?

À Montreux, une nouvelle école privée consacre ses après-midis à des projets réels. À Pully, une autre teste depuis des années des formes d'apprentissage qui sortent du cadre scolaire. Derrière ces initiatives, une question dépasse le clivage public-privé: à quoi sert l'école quand l'IA transforme les métiers et l'accès au savoir plus vite que les programmes?

Achim Schmitt, doyen et futur directeur général de l’EHL Hospitality Business School, résume la position de l'école par sa signature, «Educating Hearts, Hands and Minds».
Achim Schmitt, doyen et futur directeur général de l’EHL Hospitality Business School, résume la position de l'école par sa signature, «Educating Hearts, Hands and Minds».DR

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Le Château d'Arvel domine le Léman depuis plus d'un siècle. Rebaptisé Eastwood Castle, il accueille depuis la rentrée la première école européenne du groupe Eastwood. Le principe rompt avec l'organisation scolaire habituelle: les cours académiques tiennent sur la matinée, et les après-midis reviennent au programme baptisé IMPACT. Les élèves y développent des projets dans six domaines, de l'entrepreneuriat à l'exploration spatiale, et bien sûr l'intelligence artificielle.
Christoph Ott, directeur de l'établissement, ne revendique aucune invention. «L'apprentissage par projet a plus d'un siècle, le Baccalauréat International plus de cinquante ans. Le pari consiste à relier deux traditions éprouvées plutôt qu'à en créer une nouvelle», dit-il.
Le pari est ambitieux. Eastwood assure ne rien retirer aux exigences académiques, et l'avance en chiffres: 36,9/45 de moyenne au Baccalauréat International à l'échelle du groupe, contre 30,88 dans le monde. Pour Christoph Ott, le diplôme IB reste la garantie qui ne bouge pas, même quand le modèle pédagogique évolue.
Le modèle est d'ailleurs appelé à bouger. «Une école qui n'apprend pas n'a rien à enseigner», résume Christoph Ott. Chaque élève est accompagné pour transformer une idée en projet concret. Cette rentrée, l'un a lancé un court métrage qu'il prévoit de présenter en festival, un autre a construit une plateforme d'apprentissage pour le programme.

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Et si l'expérience échoue?

Toute expérimentation comporte un risque, et celui-ci porte sur une scolarité qui ne se rejoue pas. Pour Christoph Ott, la limite est nette: le diplôme IB, évalué de façon indépendante, n'est jamais mis en jeu. Le reste peut évoluer, le diplôme reste garanti. Mais la question de fond demeure: qui porte la responsabilité quand on expérimente avec la scolarité d'un enfant?
Philippe de Korodi y répond par une exigence. Le privé doit démontrer chaque année que ses choix servent vraiment les élèves. C'est cette obligation de résultat qui, à ses yeux, justifie sa liberté. Un principe directeur qu’il souhaite d’ailleurs transmettre à ses élèves: l'argent crée des obligations avant d’offrir des privilèges.

Le privé comme terrain d'essai

L'apprentissage par projet ne date pas d'hier. À Pully, le Collège Champittet revendique même une tradition d'innovation: numérique intégré dès 2013, entrepreneuriat junior dès 2015, défis STEAM (sciences, technologies, ingénierie, arts, maths) développés avec le MIT. L'établissement teste depuis longtemps des approches qui débordent le cadre scolaire classique.
Pour Philippe de Korodi, directeur général, cette liberté tient à la taille et au fonctionnement des écoles privées. Une petite structure décide vite, teste une idée en conditions réelles, l'ajuste. Elle doit aussi convaincre les familles, chaque année, de la pertinence de son modèle.

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Le public travaille sous d'autres contraintes. Dans le canton de Vaud, la mission touche environ 130 000 jeunes par an, ce qui impose davantage de procédures, d'acteurs et de garde-fous. Cette souplesse permet au privé de tester à petite échelle ce qu'un grand système ne peut pas généraliser d'emblée.
Mais un laboratoire ne sert à rien si personne ne lit ses résultats. Philippe de Korodi plaide pour des contacts directs entre écoles privées et publiques. Achim Schmitt, doyen et futur directeur général de l’EHL Hospitality Business School, parle d'une «forte fertilisation croisée» entre les deux secteurs, qu'il décrit comme deux composantes d'un même écosystème éducatif.

Ce que l'intelligence artificielle change

Avec l'intelligence artificielle, la question change de nature. L'école s'est longtemps organisée autour de la transmission des connaissances. Or une machine explique, résume, traduit et produit désormais une bonne part de ce savoir en quelques secondes. Le savoir reste utile, mais sa valeur se déplace vers ce qu'on en fait.
Achim Schmitt résume la position de l'EHL par sa signature, «Educating Hearts, Hands and Minds». Plus l'intelligence artificielle progresse, avance-t-il, «plus l'esprit critique, le jugement, l'empathie, la créativité et la coopération deviennent décisifs ». C'est le terrain des expériences à Montreux, à Pully, et dans toues les écoles privées tournées vers l’innovation: apprendre à faire quelque chose de ce que l'on sait.

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La question déborde donc les écoles privées. Elle touche à l'organisation du temps scolaire. Si une machine donne la réponse, et peut même accompagner l'élève pas à pas, que reste-t-il à faire en classe? Sans doute ce qu'un écran ne reproduit pas: travailler avec d'autres, défendre une idée, prendre une initiative, se tromper et recommencer.

Le laboratoire n'a de sens que s'il est observé

Le titre trouve ici sa réponse, sans la trancher tout à fait. Les écoles privées jouent un rôle de laboratoire grâce à leur liberté d'expérimentation. Champittet montre ce que devient une innovation testée sur la durée. Eastwood pousse plus loin la refonte de l'organisation scolaire dans un monde nouveau.
Une expérience privée ne se transpose pas telle quelle au public pour autant: la taille, l'égalité d'accès et les coûts diffèrent. Reste au public son travail d'observation: regarder, mesurer, interroger, et adapter ce qui fonctionne.
Le vrai enjeu se situe ailleurs que dans la rivalité des deux systèmes. Il porte sur ce que l'école doit continuer à transmettre, ce qu'elle doit apprendre à faire autrement, et ce qu'elle seule peut offrir aux élèves quand ni Google ni l'IA ne le feront à leur place.
Les écoles privées peuvent fournir quelques réponses. Au public de décider lesquelles méritent d'être retenues.

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