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Durabilité

Comment s’y retrouver dans la jungle des labels de décarbonation?

Allier profit et sobriété carbone était au cœur des débats lors du dernier Forum Management durable, début juin. Le marché des labels RSE s’apprête à vivre un virage historique avec l’arrivée prochaine de la norme internationale ISO 53001.

Sophie Marenne

Au Forum Management durable, les acteurs économiques ont débattu des défis de la décarbonation et de la multiplication des labels RSE.
Au Forum Management durable, les acteurs économiques ont débattu des défis de la décarbonation et de la multiplication des labels RSE.DR

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Carburant des véhicules, chauffage des bureaux, déplacements professionnels, matière première achetée à l’étranger, transformée en marchandises à leur tour expédiées: en entreprise, le carbone est partout. Loin de culpabiliser les sociétés ou de pointer du doigt leurs émissions de CO2, la 3e édition du Forum Management durable a tenté de convaincre environ 150 dirigeants de PME que sobriété peut rimer avec performance.
«Nous sommes parvenus à décrocher plusieurs chantiers grâce à notre réputation d’acteur de la durabilité, notamment sur des projets publics qui se doivent d’être exemplaires», a témoigné Daniel Dobbs, responsable durabilité du paysagiste genevois Jacquet. Ce travail de décarbonation s’avère aussi un atout «crucial dans le recrutement».
Un avantage concurrentiel, la décarbonation? «Oui, les entreprises ont besoin d’avancer en générant du profit, sans quoi la durabilité restera à quai», a assuré Vincent Subilia, directeur de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG). «Décarboner, c’est optimiser sa logistique ou découvrir des marchés de proximité. Ce n’est plus une punition», a renchéri Alexandre Epalle, directeur de l’Office cantonal de l’économie et de l’innovation (OCEI).

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Chez le fournisseur d’éclairage de secours Aprotec, tendre vers la neutralité a tout de même plombé le bénéfice. «La compétition est telle que nous avons dû prendre l’excédent à notre charge, par exemple le surcoût de nos batteries venues du Portugal et non plus de Chine. Mais nos produits écoresponsables sont plus chers, et j’en suis fière», indique la directrice Anne-Sophie Dunand-Blaesi.

Un trio domine le marché

Troisième représentante de la famille aux commandes, elle se souvient de «ne pas [avoir su] par où commencer» quand elle s’est lancée dans la «jungle» des labels. Comme près de 150 sociétés suisses, Aprotec a choisi le standard B Corp de la fondation B Lab qui permet d’impliquer au maximum les collaborateurs, «ce qui comptait pour nous».
Sébastien Grillet, directeur du torréfacteur Bean2me, a d’abord privilégié le certificat EcoEntreprise, de l’association Ecoparc. «Rapidement, nous avons aussi cherché à obtenir le label B Corp, dont la notoriété est plus importante», précise le cofondateur de la marque artisanale qui vend du café bio et fairtrade à 500 clients professionnels.

«Après EcoEntreprise, nous avons aussi obtenu le label B Corp, dont la notoriété est plus grande.»

Sébastien Grillet, cofondateur et directeur de Bean2me
«Côté visibilité, il n’y a pas photo. B Corp est largement devant grâce à des investissements massifs en marketing», observe François Sibille, maître d’enseignement à la HEG Genève. Selon sa cartographie des labels RSE qui intègre la question du carbone, le marché suisse est dominé par un trio: B Corp, EcoEntreprise, «qui l’emporte sur la fiabilité de la méthode et la transparence grâce à ses audits sur site», et EcoVadis, qui se situe entre les deux.

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Au bout du lac, les PME peuvent aussi obtenir le récent Carbone Genève, porté par une fondation issue de la CCIG, permettant de décrocher quatre points dans les marchés publics romands. «Ce label sera bientôt unifié à l’échelle suisse avec nos homologues fribourgeois (Carbon Fri) et valaisan (Go Carbon Free)», annonce Mario Marchesini, directeur adjoint.
Le segment de la labellisation carbone est donc étroit, surtout si on exclut le marché de la compensation, porté par des acteurs privés comme le zurichois South Pole ou le britannique Carbon Trust, ainsi que par des fondations comme KliK. «Ce mécanisme ne règle rien. Il permet surtout de s’acheter une bonne conscience», balaie François Sibille.

Onde de choc dès l’automne

L’univers de la certification RSE sera bientôt bousculé par un événement attendu depuis un quart de siècle: l’arrivée, en octobre, de la norme mondiale ISO 53001, dédiée aux objectifs de développement durable de l’ONU. «Contrairement aux labels qui se contentent de valider de bonnes pratiques isolées, cette certification exigera d’intégrer la durabilité à l’ensemble des processus de l’entreprise. De plus, elle obligera enfin l’implication directe de la gouvernance», se réjouit François Sibille.

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Une évolution salutaire, alors que le manque d’impulsion de la hiérarchie est cité par les entreprises du canton comme la principale cause d’échec des démarches de durabilité. Le dernier Baromètre des pratiques RSE (HEG et CleantechAlps) met en lumière que le collaborateur chargé des questions de durabilité est trop souvent solitaire et dispose de peu de ressources. Pour porter ses fruits, la RSE doit être pleinement incarnée et légitimée par la direction elle-même.

Modèles dominants

En Suisse, les principaux acteurs du marché des labels RSE sont EcoEntreprise, B Corp et EcoVadis. Les autres labels restent à la marge.

Neutre et indépendant

Jusqu’ici, les labels RSE dépendent de la notoriété de la maison qui les délivre. Le grand changement vient de l’arrivée d’un acteur majeur sur le marché, en octobre: la norme ISO 53001.

Frein de gouvernance

Selon le Baromètre des pratiques RSE, la durabilité ne repose généralement que sur une seule personne au sein des sociétés. Elle est vue comme un outil de communication et non comme un axe stratégique.
A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

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