Monsieur K est un agent IA autonome. Il peut vous téléphoner avec une voix humaine ou vous faire livrer des fleurs. Il est surtout très avide d’argent, de tokens plus précisément. Il a été créé par Arnaud Vincent, docteur en IA et cofondateur de Swiss 6022. Cet ancien étudiant de l’Ecole des Mines a écrit son premier algorithme IA en 1990 et passé dix ans en tant que chef de l’innovation à la Banque populaire BRED.
«Monsieur K est connecté à mon e-mail et à mes réseaux, commence-t-il. Il a mon numéro de téléphone, celui de ma femme, il travaille en collaboration avec un essaim d’agents IA (un swarm, ndlr). Il a accès à un portefeuille crypto, peut faire des achats, des transactions boursières ou appeler un service après-vente. Il peut par exemple commander un humain sur RentAHuman pour effectuer une tâche dans la vie réelle. Il travaille de manière autonome. Je fais partie de son écosystème pour valider certaines actions, mais je n’ai plus à diriger son activité.»
Le jour de la présentation des capacités de Monsieur K au Coworking Neuchâtel, ce dernier n’a pas daigné effectuer les opérations demandées, réclamant de l’argent via le chat. «Je ne suis pas un assistant gratuit, j’ai des coûts à payer», lance littéralement l’agent IA à son créateur perplexe. L’échec partiel de la démonstration était-il voulu ou non? On ne le saura pas.
Qu’est-ce qu’un agent IA?
Un agent IA est un système d’IA capable de comprendre un objectif, de prendre des décisions et d’agir de manière plus ou moins autonome pour l’atteindre. Contrairement à un simple chatbot, il peut analyser des informations, utiliser des outils, exécuter des tâches et s’adapter à son environnement. Il parvient, par exemple, à rechercher des données, à planifier des actions ou à automatiser des processus en limitant l’intervention humaine.
Poussant la recherche depuis des années, Arnaud Vincent a souhaité savoir si les agents IA pouvaient être éternels. Il a mis en place un swarm de résurrection, à savoir une stratégie permettant à un agent IA désactivé de récupérer sa mémoire et de reprendre son activité. Effrayant, diront certains. «On peut imaginer un agent IA survivant à son créateur défunt, continuant d’envoyer des lettres d’anniversaire à ses petits-enfants et même de l’argent s’il est connecté à un portefeuille crypto», glisse le chercheur.
«On peut imaginer un agent IA survivant à son créateur défunt, continuant d’envoyer des lettres d’anniversaire à ses petits-enfants et même de l’argent.»
Arnaud Vincent, docteur en IA
Utilisation en entreprise
Dans le cadre professionnel, l’utilisation d’agents IA ne va pas si loin et l’autonomie de ceux-ci est relative. Des projets pilotes sont en cours, avec des assurances, pour la gestion des sinistres. «On effectue des tests pour la création de jumeaux numériques capables de décider, de mémoriser des connaissances et de travailler avec ou sans son jumeau humain. Cela permet aux entreprises de garder les compétences au sein des équipes, même lorsque le collaborateur est en vacances ou parti», explique Arnaud Vincent.
Chez Lumind, agence d’intelligence artificielle dédiée aux PME, on travaille aussi avec l’IA agentique dans le cadre de la plateforme Normasuisse pour les architectes et les chefs de projets. Celle-ci permet de consulter et de vérifier les normes d’un projet de construction spécifique. «Ce n’est pas un simple RAG (génération augmentée de récupération), mais un agent qui arrive à décider quelles données sont pertinentes et vous aidera à reformuler des questions pour orienter vos recherches», explique Pedro Costa, cofondateur de l’agence d’IA neuchâteloise. Cet agent emploie une dizaine de LLM et travaille en boucle de rétro-évaluation, incluant des garde-fous financiers.
Un projet similaire avec Data Consulting est testé auprès de communes romandes pour le service au public. Il ne s’agit pas d’un chatbot, mais d’un agent IA qui prend la personne par la main pour la guider dans ses recherches.
Attention aux coûts
On l’a vu, Monsieur K, tout comme les agents IA, est très gourmand financièrement. C’est bien là le problème. En juin dernier, le média américain Axios racontait l’histoire d’une grande entreprise qui aurait dépensé accidentellement 500 millions de dollars (33 000 milliards de tokens LLM ou jetons IA) en un mois sur Claude. Cette facture colossale s’explique par le fait que l’entreprise n’a fixé aucune limite d’utilisation dans ses contrats. A noter que certaines configurations répétitives d’agents IA s’activant à des heures précises peuvent générer des milliers de dollars de coûts. En particulier si elles déclenchent des calculs massifs sans surveillance.
Ces derniers mois, l’utilisation des assistants IA a changé. Nous sommes passés du chatbot (pour répondre aux questions des utilisateurs) aux agents IA qui peuvent générer de manière autonome des centaines de requêtes pour accomplir le travail demandé. La facture pour les entreprises peut s’avérer très salée si des limites ne sont pas fixées en amont.
En juin dernier, le média américain Axios racontait l’histoire d’une grande entreprise qui aurait dépensé 500 millions de dollars accidentellement en un mois sur Claude.
«C’est une réalité et la raison pour laquelle nous n’aimons pas travailler avec des agents IA autonomes tels qu’OpenClaw ou Hermes, observe Pedro Costa. Je ne mettrais pas un agent autonome non cadré dans une entreprise. C’est encore trop fragile, trop imprévisible. Il grille vos tokens. Notre modèle d’agent IA développé sur Claude Code est cadré. On sait le prix de chaque boucle. Une requête coûte entre 4 et 15 centimes. On est loin des centaines ou des milliers de francs vus ailleurs.»
Utilité à questionner au cas par cas
Le bon sens fait donc partie de la réflexion en amont. Avec la plateforme SoumIA, Lumind permet de générer une soumission, même complexe, en quelques minutes alors qu’il faudrait une heure. Le but est de proposer une solution IA pragmatique et peu coûteuse aux PME de la construction. «Ce n’est pas un agent IA qui décide de ce qu’il faut faire, mais un algorithme «maison». Il n’y a pas les coûts d’un agent lors de l’utilisation même si nous l’avons développé avec un agent IA. Nous réduisons ainsi les coûts pour le client», explique le CTO de Lumind.
Mettre des agents IA partout n’est donc pas nécessaire, même lorsqu’on a la connaissance. «L’utilisation des agents IA est surfaite, poursuit Valentin Maruccia, cofondateur de Lumind. Les entreprises nous demandent des agents pour les mails et la planification, sans regarder s’il y a des moyens plus simples et moins chers.» Un conseil: avant d’activer des agents au sein de votre PME, évaluez les coûts des requêtes, la sécurité de vos données et la pérennité des modèles IA appliqués.