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How I did it

«Vous devez transformer votre entreprise pour entrer au Nasdaq»

Oculis produit des solutions capables de redonner la vue. Son CEO, Riad Sherif, explique comment et pourquoi il a amené la biotech basée entre Lausanne et Zoug en bourse.

Riad Sherif, CEO d'Oculis.
Riad Sherif, CEO d'Oculis. Carmen Wong Fisch/Oculis

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«Après vingt-cinq ans passés dans la pharma entre Novartis et Sanofi, j’ai eu envie de basculer vers l’entrepreneuriat. Je suis médecin et le projet hospitalier développé par deux chercheurs islandais, Einar Stefánsson et Thorsteinn Loftsson, m’a immédiatement convaincu. L’un des problèmes pour les interventions sur la rétine est la piqûre dans l’œil. Il y a énormément de réticence. Les fondateurs d’Oculis ont créé un collyre qui remplace ce geste.
C’est là que l’aventure a commencé pour moi, avec une prise de risque réelle et le premier chèque de Novartis et d’autres investisseurs. J’ai construit un portefeuille de produits sous le nom d’Oculis. Par la suite, on a pivoté et on s’est concentrés sur trois principaux: le collyre OCS-01, Licaminlimab contre l’assèchement de l’œil et Privosegtor contre la névrite optique aiguë en 2021. Cette dernière innovation en neuro-­ophtalmologie intervient sur les tissus nerveux de l’œil. On l’a testée sur des patients jeunes, en moyenne de 32 ans, atteints de sclérose en plaques et qui perdent souvent la vue. Tous et toutes, puisque les femmes sont davantage touchées, ont retrouvé la vue; les 100% du panel! En tant que médecin, cela dépasse mes attentes. Il en va de même pour les investisseurs.

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En 2023, Oculis a beaucoup grandi et fusionné avec une société de Zoug. A présent, nous sommes 75 collaborateurs. En Suisse, le siège est à Zoug et l’opérationnel à Lausanne avec une trentaine de personnes. Le laboratoire est en Islande. Nos trois produits poursuivent leur développement et le collyre devrait être approuvé en 2027.
Construire une biotech, c’est aussi avoir une vraie stratégie financière, avec différents investisseurs en fonction de l’évolution de l’entreprise. J’avais un peu d’expérience, car j’avais travaillé un an et demi pour le fonds d’investissement de Novartis. Mais lorsque c’est votre bébé, tout est différent. Je n’avais quasi aucune idée de comment faire une due diligence ou préparer une société à entrer au Nasdaq. Il faut véritablement créer une relation de confiance et savoir expliquer sa technologie à tout type de profils, des scientifiques aux financiers. Surtout, il faut respecter ce qu’on dit. Il y va de la crédibilité du management. Il est clair qu’en ayant un investisseur historique comme Novartis, cela rassure. D’autres comme HBM et VI Partners apportent aussi beaucoup, également en expérience healthcare.
En parallèle, la phase 3, avec les essais cliniques à grande échelle, est très critique et coûteuse, entre 60 et 80 millions de dollars. Là se pose la question de rester une société privée ou d’ouvrir au marché public et d’entrer en bourse. Cela a l’avantage d’offrir de plus gros chèques (210 millions de dollars en deux levées de fonds en 2025, ndlr).

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On a donc fait un IPO en 2023, à travers un SPAC (société sans activité opérationnelle qui lève des capitaux, ndlr) alors que ce modèle n’a pas toujours bonne réputation, le taux de réussite étant faible avec souvent une perte de valeur de l’action. Malgré cela, on a tenté avec Oculis, car nos produits sont bien réels, performants, innovants et nos sponsors très solides avec un management team hyper-efficace. Notre IPO a été une réussite. L’action est passée de 10 à 29 dollars de fin 2024 à 2026. Sur les 100 dernières entrées, Oculis était parmi les trois meilleures de l’année.
Ce que cela change d’être coté? Vous n’avez plus seulement les attentes d’un board, mais les attentes du marché. Personnellement, je ne ressens pas cela comme une pression, car ce qui m’importe est d’amener mon produit à la meilleure qualité et le plus rapidement possible aux patients. Il est sûr que vous devez transformer votre entreprise pour passer du privé au public et entrer au Nasdaq. Les exigences de reporting sont très différentes lorsque vous êtes en bourse. Par exemple, une entreprise de 50 personnes doit rendre des comptes comme une entreprise de 100 000 personnes. Cela oblige à être extrêmement bien structuré et cohérent, clair et simple dans ce qu’on annonce.»

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