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Le géant du low-cost Puregym boulverse le secteur du fitness en Suisse

La concurrence sur le marché des salles de sport s’intensifie. La chaîne britannique Puregym poursuit son maillage du territoire en ciblant prioritairement les jeunes. D’autres acteurs luttent encore contre les séquelles financières de la crise du Covid.

Zoé Baches

Des espaces d'entraînement vastes et un encadrement minimal depuis cinq ans, la chaîne de fitness britannique Puregym connaît une ascension rapide en Suisse.
Des espaces d'entraînement vastes et un encadrement minimal depuis cinq ans, la chaîne de fitness britannique Puregym connaît une ascension rapide en Suisse. JAY CAIN PHOTOGRAPHY/PureGym/PD

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Dès l'entrée un complexe Puregym en Suisse, le dispositif de sécurité saute aux yeux. Au centre de la pièce trône une haute vitrine médicale, contenant une trousse de premiers secours et un défibrillateur. À quelques mètres, une borne d'appel d'urgence permet de joindre directement un agent de sécurité. Durant les créneaux horaires sans personnel, des annonces diffusées par haut-parleur rappellent toutes les 45 minutes les consignes de sécurité élémentaires.
Un cadre de l'entreprise, qui fait visiter les lieux, explique qu'il n'existe à sa connaissance aucun autre centre de fitness dans le pays soumis à un tel protocole. La directive émane directement du siège britannique. Et pour une bonne raison (nous y reviendrons plus tard).
Puregym est la première chaîne de fitness au Royaume-Uni et l'un des poids lourds européens du secteur. Selon ses propres chiffres, plus de 2,5 millions de membres s’entraînent dans plus de 700 clubs à travers le monde. En Suisse, la marque est présente sous son nom propre depuis fin 2021, après avoir converti l'ensemble des centres Basefit rachetés en 2020 à la maison mère Fitness World.
Cinq ans plus tard, Puregym s'affirme comme l'un des leaders du marché helvétique avec 50 implantations et plus de 100 000 abonnés déclarés. «Nous décelons un potentiel de croissance supplémentaire en Suisse et prévoyons d'ouvrir de nouveaux centres dans tout le pays au cours des prochaines années», confirme par écrit Morten Bentzen, directeur général de Puregym pour la Suisse et le Danemark.

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« Nous ouvrirons d’autres studios de fitness en Suisse au cours des prochaines années », déclare le dirigeant de Puregym Morten Bentzen.
« Nous ouvrirons d’autres studios de fitness en Suisse au cours des prochaines années », déclare le dirigeant de Puregym Morten Bentzen.
«Nous ouvrirons d’autres studios de fitness en Suisse au cours des prochaines années», déclare le dirigeant de Puregym Morten Bentzen.zVg
«Nous ouvrirons d’autres studios de fitness en Suisse au cours des prochaines années», déclare le dirigeant de Puregym Morten Bentzen.zVg
Bien que Puregym ne publie pas ses états financiers détaillés, la formule séduit indéniablement la jeune génération. Cette clientèle plébiscite tout particulièrement une «flexibilité extrême»: l'accès aux salles s'effectue en totale autonomie 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 via une application mobile. L'autre argument de poids réside dans la politique tarifaire. Puregym a été l'un des premiers acteurs du pays à introduire un abonnement mensuel sans engagement. Si les tarifs varient selon les régions (de 47 francs par mois pour la formule de base à Genève, contre 58 francs à Prilly (VD)), ces mensualités restent bien plus accessibles pour le consommateur que le paiement comptant d'un abonnement annuel.

Puregym cible en priorité les jeunes actifs

Selon Morten Bentzen, Puregym ne vise pas une catégorie spécifique, l'objectif étant de «créer des espaces d'entraînement pour tous les âges et tous les genres». Il apparaît néanmoins évident que la marque s'adresse en priorité aux jeunes. La campagne publicitaire nationale actuelle, mettant en scène de très jeunes mannequins, en est l'illustration. L'âge moyen des abonnés tournerait autour de 30 ans, soit un profil nettement plus jeune que chez des concurrents comme Activ Fitness (Migros), où la moyenne atteint 40 ans, ou Kieser (plus de 55 ans). Le personnel est à l'avenant, la majorité des employés ayant entre 20 et 30 ans. Cette clientèle est également séduite par la réactivité de l'enseigne face aux nouvelles tendances, à l'instar des zones dédiées aux parcours Hyrox, aménagées sur certains sites.

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La musculation a longtemps traîné une réputation douteuse: celle de stéréotypes associés à des sous-sols obscurs où des hommes sur-musclés portaient de la fonte, sur fond de dopage aux anabolisants. Une image totalement révolue, s'accordent à dire les professionnels du secteur.
Cette évolution transforme l'ensemble du marché. «L'entraînement régulier est désormais perçu comme un pilier d'un mode de vie sain; une habitude intégrée au quotidien et non plus une simple pratique sportive occasionnelle», observe Lisa Arnold, porte-parole de la faîtière Swiss Active.
Le fitness fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien, affirme la porte-parole de l’association Swiss Active, Lisa Arnold.
Le fitness fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien, affirme la porte-parole de l’association Swiss Active, Lisa Arnold.
Le fitness fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien, affirme la porte-parole de l’association Swiss Active, Lisa Arnold.facebook
Le fitness fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien, affirme la porte-parole de l’association Swiss Active, Lisa Arnold.facebook
Interrogée sur le phénomène Puregym, elle estime qu'il existe «assurément des concepts de fitness qui résonnent plus fortement auprès des jeunes». L'association constate toutefois un rajeunissement de la clientèle dans l'ensemble des segments et des formats de centres. Pour les jeunes adultes, le fitness fait désormais partie intégrante de leur identité, perçu comme l'expression de la performance physique, de l'attractivité et de la force mentale.
Selon l'étude sectorielle Données clés de l'économie suisse du fitness 2026, la hausse du nombre de jeunes pratiquants est particulièrement marquée. La tranche des 20-29 ans représente désormais 26,1% des abonnés; elle devient pour la première fois la catégorie démographique la plus représentée, devant les 30-39 ans.

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Claude Ammann, président de la seconde organisation professionnelle, la Fédération suisse des centres de fitness et de santé (SFGV), dresse le même constat: le segment des jeunes membres progresse, principalement dans les structures low-cost. Dans ce modèle, les charges de personnel constituent le premier poste de dépenses; une salle fonctionnant largement sans encadrement humain affiche mécaniquement des coûts d'exploitation réduits.
Claude Ammann, président de la SFGV, affirme que de nombreuses entreprises membres de l’association souffrent encore des séquelles tardives de la pandémie.
Claude Ammann, président de la SFGV, affirme que de nombreuses entreprises membres de l’association souffrent encore des séquelles tardives de la pandémie.
Claude Ammann, président de la SFGV, affirme que de nombreuses entreprises membres de l’association souffrent encore des séquelles tardives de la pandémie.Philippe Rossier
Claude Ammann, président de la SFGV, affirme que de nombreuses entreprises membres de l’association souffrent encore des séquelles tardives de la pandémie.Philippe Rossier
Fait singulier: la Suisse compte deux faîtières distinctes pour un marché d'environ 1,3 million d'abonnés. Swiss Active regroupe les grands réseaux comme Activ Fitness, Fitnesspark (Migros), Let's Go, Holmes Place et Puregym, représentant plus de 600 salles. La SFGV rassemble quant à elle 450 centres indépendants, principalement de taille moyenne ou familiale. Un certain nombre d'exploitants restent à l'écart de ces deux organisations.
Lorsqu’on interroge les associations sur la situation du secteur, un fossé grandissant apparaît (voir l’encadré). Chez Swiss Active, Lisa Arnold affirme que la branche ne s'est jamais aussi bien portée: 81% des exploitants qualifiaient leur situation économique de bonne ou plutôt bonne en 2025, un niveau record. Seuls 0,6 % d'entre eux la jugeaient mauvaise. Les perspectives restent très favorables, 79,3 % des structures anticipant une amélioration continue de leur activité.

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Le poids des crédits COVID siphonne les trésoreries

Le ton est radicalement différent chez Claude Ammann, représentant des PME du secteur. «La crise sanitaire a failli être fatale à beaucoup d'entre nous», explique-t-il. «Les grandes chaînes ayant pu accorder des avoirs à leurs membres pour les mois de fermeture, nous avons été contraints de faire de même. Cela a été très lourd pour nos trésoreries, alors que les grands groupes avaient la rein assez solide pour l'absorber.» Trois ans plus tard, de nombreux indépendants remboursent encore leurs crédits Covid. D'autant que les établissements bancaires appliquent désormais des intérêts sur ces prêts, alors que «des crédits à taux zéro nous avaient été promis lors de leur octroi», déplore le président de la SFGV.
Le rapport annuel 2024/2025 de la SFGV indique que les fonds propres moyens des centres s'élevaient à plus de 500 000 francs en 2019, toutes catégories de chiffre d'affaires confondues. Fin 2024, ce montant est tombé sous la barre des 100 000 francs. Avec des conséquences directes: «Pendant et après la pandémie, nous avons perdu 12% de nos centres membres», précise Claude Ammann. «Plus de la moitié d'entre eux ayant été rachetés par des concurrents, le marché ne s'est pas assaini: il s'est restructuré au profit des grands acteurs.»

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«Pendant et après la pandémie, nous avons perdu 12% de nos centres membres»

Claude Ammann, président de la SFGV
Malgré ces difficultés, le président de la SFGV reste confiant pour l'avenir. De nombreux exploitants ont pu négocier des baisses de loyers significatives avec leurs bailleurs. Par ailleurs, l'engouement général pour la santé et le maintien de la forme physique à long terme soutient la demande globale.
La pression concurrentielle est néanmoins qualifiée d'extrême par l'ensemble des acteurs. Markus Wolf, nouveau CEO du groupe Movemi, indique que les exploitants doivent affiner leur positionnement. L'ancien joueur et entraîneur de unihockey, passe par la direction de Swiss-Ski puis du groupe touristique Weisse Arena, a pris début 2026 la tête des enseignes Activ Fitness et Fitnesspark (rassemblées sous la bannière Movemi par Migros), qui forment le premier réseau du pays en nombre de salles.
Aujourd'hui, 16% de la population suisse détient un abonnement de fitness, rappelle Markus Wolf. «Les gens cherchent à vieillir en bonne santé. Il s'agit d'une tendance structurelle et le marché va continuer à se développer.»
Chaque réseau doit cependant définir précisément son offre et ses cibles pour garantir la rentabilité de son modèle d'affaires. Le marché peut accueillir une diversité de formats, des studios spécialisés de proximité aux grandes chaînes. Movemi prévoit d'élargir progressivement les horaires d'ouverture de ses centres Activ Fitness. Le groupe déploie également de nouveaux concepts, comme le matériel connecté ajustant automatiquement la charge et les réglages à chaque utilisateur grâce à un bracelet individuel, tout en enrichissant son offre de cours collectifs.

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Scepticisme quant au modèle low-cost

Si le développement de la pratique sportive chez les jeunes est salué par l'ensemble de la profession, le modèle low-cost incarné par Puregym suscite deux réserves majeures parmi les experts et les parents d'adolescents. La première concerne les plages horaires étendues sans présence de personnel. En cas d'agression ou d'urgence médicale, la situation peut rapidement devenir critique malgré les équipements de sécurité installés.
La seconde critique porte sur le niveau d'encadrement. Chez Puregym, les nouveaux membres ne bénéficient pas d'une séance d’accueil ou d'un bilan gratuit avec un entraîneur. L'apprentissage passe par des QR codes apposés sur chaque machine, renvoyant vers des tutoriels vidéo.
Claude Ammann met en garde contre cette approche: « Une démonstration sur YouTube peut être parfaitement exécutée et bien expliquée. Mais l'exercice peut s'avérer totalement inadapté à la morphologie ou à la condition physique d'une personne donnée.» Un mouvement mal exécuté peut provoquer des traumatismes articulaires chez une personne en surpoids ou aggraver une arthrose lors de flexions inappropriées. «Un débutant qui n'a jamais fait de renforcement musculaire a besoin d'une prise en charge personnalisée par un professionnel», martèle le président de la SFGV.

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Le dirigeant de Puregym Suisse, Morten Bentzen, maintient pour sa part que le dispositif comprenant télévigilance, bornes d'urgence et défibrillateurs garantit un niveau de sécurité adéquat durant les heures non surveillées. Ce modèle, éprouvé à l'échelle internationale, permet selon lui de concilier sécurité, tarifs accessibles et flexibilité d'accès.

Deux associations, deux visions du marché

Des tailles inégales Comment deux faîtières d'un même secteur peuvent-elles dresser des bilans aussi divergents? Pour Swiss Active, le marché du fitness enregistre des performances historiques. À l'inverse, la SFGV (Fédération suisse des centres de fitness et de santé) décrit une situation financière bien plus précaire. Cette différence s'explique par la typologie des membres: les PME indépendantes rattachées à la SFGV absorbent plus difficilement la hausse des charges fixes et la régulation que les grands réseaux intégrés chez Swiss Active.
Des méthodologies distinctes Les outils d'évaluation diffèrent également. La SFGV collecte des données comptables détaillées (fonds propres, masse salariale, loyers). Swiss Active s'appuie sur une étude empirique plus générale conduite au-delà de ses seuls membres, sans analyser la structure des bilans. L'association précise toutefois que la santé financière varie aussi au sein de ses adhérents.
Des querelles de certifications Les relations entre les deux organisations restent distantes, sur fond de désaccords historiques remontant aux réformes des certifications dans les années 1990. La Suisse compte aujourd'hui trois labels principaux (Fitnessguide, Qualitop, Qualicert), permettant aux abonnés titulaires d'une assurance complémentaire d'obtenir une prise en charge partielle de leur abonnement par leur caisse maladie.
Des leviers politiques différents Les associations sont également en désaccord sur leur engagement politique en faveur du secteur. La SFGV est très active sur le plan politique, notamment pour lutter contre les commissions de crédit excessives, contre l’imposition des pourboires, contre les commissions des caisses-maladie et pour l’introduction de titres pour le personnel spécialisé. Swiss Active agit en revanche plutôt en coulisses, dans le cadre de discussions directes avec les autorités sur les questions réglementaires ou de politique de santé touchant le secteur.
Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Handelszeitung.

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