L’industrie horlogère suisse se trouve à un tournant. Fin juillet, le dispositif de chômage partiel ou de réduction de l’horaire de travail (RHT) arrive à échéance. Depuis 2024, cet instrument a permis d’éviter que la demande en berne après le covid, le ralentissement chinois, la hausse des taux et la vigueur du franc ne provoquent une vague de licenciements.
«Le système des RHT n’est ni une solution de facilité ni la panacée, mais il nous permet de conserver les travailleurs qualifiés et d’assurer la reprise de l’activité», souligne Ludovic Voillat, secrétaire général de la fédération patronale (CPIH). Pourtant, après près de deux ans d’application, la situation du secteur ne s’est pas améliorée. Fin 2025, l’horlogerie suisse employait 64 807 personnes, soit 835 de moins qu’un an plus tôt. Selon le Seco, environ 43% des 2650 entreprises du secteur ont eu recours au chômage partiel depuis juin 2024. Les fournisseurs, maillon essentiel de l’industrie, restent particulièrement exposés alors que la production continue de reculer. En effet, les exportations sont passées d’environ 28 millions de montres il y a vingt ans à 14 millions en 2025.
Pour Oliver Müller, expert de LuxeConsult, la crise résulte à la fois de facteurs conjoncturels et de problèmes structurels. A long terme, jusqu’à un quart des emplois chez les fournisseurs pourraient être menacés, ce qui représente environ 12 000 postes. La prolongation des RHT apparaît politiquement justifiée face aux risques actuels, mais elle soulève une question de fond: conçue comme une mesure temporaire, elle pourrait retarder les adaptations nécessaires. Selon le spécialiste, l’horlogerie fait face à un marché durablement transformé.