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Invité récemment à un débat organisé par «PME Magazine», Christophe Darbellay a mis en avant le dynamisme de son canton, notamment dans les sciences de la vie. © O.Maire/ Keystone

«Le canton du Valais doit changer son image»

Christophe Darbellay, chef du Département de l’économie et de la formation, veut que l’image de son canton colle mieux à la réalité d’une économie valaisanne en pleine mutation.

Invité récemment à s’exprimer lors de l’étape valaisanne des 30 ans de PME Magazine à Isérables, Christophe Darbellay a rappelé les mutations économiques profondes actuellement en cours dans ce canton. Interview.

Christophe Darbellay, l’image d’un Valais lié à la petite arvine, à la raclette et au ski ne correspond plus à la réalité, vous voulez que ça change, et vite…

Nos produits du terroir, nos vins et nos montagnes sont des atouts très importants pour le Valais et nous en sommes très fiers, mais le secteur primaire ne représente plus que 1,1% du PIB cantonal. Alors oui, il faut changer la perception du Valais dans les autres cantons et à l’étranger pour que l’image renvoyée corresponde mieux à la réalité.

Quelle est cette nouvelle réalité?

La réalité est tout simplement que ce canton bouge très vite, innove et se montre particulièrement réactif. Prenez l’exemple des sciences de la vie. En dix ans, la valeur ajoutée de ce secteur a bondi de 183% en Valais et un emploi sur quatre dans ce domaine en Suisse occidentale se trouve dans notre canton. Lonza, par exemple, l’un des plus grands employeurs de notre région avec 2700 collaborateurs, a choisi Viège pour développer un projet industriel d’envergure mondiale qui vise à repositionner l’entreprise dans le domaine de la biopharmacie et de la médecine personnalisée. Nous étions en lice avec la Chine, Singapour et l’Irlande et nous avons été choisis. La première phase du projet, lancée avec Sanofi-Aventis, représente déjà 800 millions d’investissements. C’est tout simplement colossal.

Qu’est-ce qui a fait la différence en faveur du Valais?

Nous avons beaucoup travaillé sur les conditions-cadres, y compris les «facteurs soft» (écoles, loisirs, logement, culture), pour offrir aux collaborateurs des conditions de vie et de travail qui leur conviennent à long terme. Comme le dit le directeur de Lonza, «Viège est au milieu de nulle part mais à proximité de tout» et c’est très juste. Au final, l’entreprise va créer des centaines d’emplois ces prochaines années. Nous contribuons à cet effort en formant davantage d’apprentis dans les métiers correspondant aux nouvelles activités et en inaugurant une formation d’ingénieur en biotechnologie en langue allemande à la HES-SO Valais-Wallis.

Parlons de formation justement. Est-ce que le développement des hautes écoles et l’arrivée de l’EPFL ont été des moteurs du changement en Valais?

D’abord, j’aimerais rappeler que notre canton a beaucoup changé. Il y a cent cinquante ans, des villages entiers se vidaient et les jeunes partaient aux Amériques. Il y a une centaine d’années sont arrivées les grandes industries et l’hydroélectricité, qui ont permis de développer le canton et le secteur touristique. Ensuite, la situation a évolué il y a trente ans avec le lancement de l’école d’ingénieurs, qui a marqué un cap important. Un gros risque à l’époque, qui a payé. Au même moment, vers la fin des années 80, des instituts universitaires ont été installés en Valais pour former des professionnels dans les secteurs qui nous intéressaient. L’Idiap à Martigny en est un parfait exemple; cet institut est devenu une référence internationale en matière d’intelligence artificielle et son développement va encore s’accélérer. Au même moment, l’école d’informatique à Sierre a vu le jour et tout un écosystème s’est développé autour pour offrir aujourd’hui les meilleures compétences nationales en matière de création de logiciels.

Et ensuite, l’EPFL?

Oui, Patrick Aebischer et d’autres ont décidé d’implanter des antennes de l’EPFL hors du canton de Vaud, en particulier en Valais en 2012. Nous avons pris cette opportunité très au sérieux et nous avons tout de suite compris qu’il fallait viser grand pour atteindre une certaine masse critique. Deux ans plus tard, le premier bâtiment était inauguré à Sion. L’an prochain, plus de 500 chercheurs travailleront main dans la main entre l’EPFL et la Haute Ecole d’ingénierie (HEI) sur le nouveau site près de la gare de Sion. C’est le seul endroit en Suisse où la recherche fondamentale et la recherche appliquée travailleront de concert, c’est fantastique!

Et quid du transfert de technologies?

L’Etat du Valais a créé il y a quinze ans la Fondation The Ark, chargée de la promotion de l’innovation. Celle-ci joue un rôle discret mais efficace auprès des start-up et des PME pour encourager le processus d’innovation. A partir de ce moment, je dirais que nous avons raccroché les wagons en liant de plus en plus l’innovation et la promotion économique. Et ceci va encore se renforcer grâce aux plateformes industrielles à disposition des start-up dans différents sites du Valais. Il y a une activité biotech à Viège et à Monthey, où plus de 28 entreprises et 120 collaborateurs travaillent déjà, une activité intelligence artificielle à Martigny, on travaille sur les plantes médicinales à Conthey et, à Sierre, sur les technologies de l’information et l’informatique.

Des start-up se développent ainsi sur ces différents sites?

Oui, et nous allons encore renforcer l’attractivité du Valais grâce au développement d’une antenne du Parc suisse de l’innovation, avec l’idée de nous concentrer pour y accueillir les start-up issues des laboratoires de l’EPFL et de la HEI, mais également les entreprises qui ont déjà dépassé le stade de start-up. Notre but consiste aussi à attirer les cellules d’innovation des grandes entreprises sur le modèle de ce qui se fait aujourd’hui dans le quartier de l’innovation de l’EPFL à Lausanne.

Toutes ces initiatives sont-elles coûteuses pour un «petit» canton comme le Valais?

Ce sont bien sûr des investissements pour le futur. Le développement du Campus Energypolis à Sion représente l’investissement du siècle pour le Valais avec un crédit-cadre de 356 millions, dont 250 à charge du canton. Mais nous sommes persuadés qu’en atteignant une masse critique, nous deviendrons un réel partenaire crédible et réactif pour l’EPFL. La convention signée avec l’Ecole polytechnique prévoyait onze professeurs dans un bâtiment. Fin 2021, nous serons à deux bâtiments et dix-sept professeurs. L’EPFL a tenu ses engagements et nous aussi. L’Ecole polytechnique s’était engagée à amener 100 millions d’investissements et nous en sommes déjà à 75 millions quatre ans plus tard. De plus, l’EPFL devait prendre en charge 55% des frais de fonctionnement, ils sont aujourd’hui à 76%, c’est remarquable. Ces éléments concourent à positionner le Valais comme un canton de formation, de recherche et d’innovation.

Le secteur du tourisme reste important. Quelles sont les avancées dans ce domaine?

L’Etat a décidé de soutenir les remontées mécaniques à hauteur de 400 millions, ces installations étant la colonne vertébrale de notre tourisme en hiver comme en été. Le tunnel de base du Lötschberg a rapproché dès 2007 la Suisse alémanique du Valais et les habitants de Zurich, Bâle ou Berne sont toujours plus nombreux à venir passer des vacances ici. J’ai également bon espoir que nous puissions terminer l’autoroute à l’horizon 2023 tout en développant l’aéroport civil de Sion, ce qui serait un véritable apport pour toute la région.

A vous écouter, tout va bien. Avez-vous tout de même des inquiétudes pour l’avenir?

Ce canton va bien mais il est toujours plus difficile de créer de nouveaux emplois ici que dans d’autres régions de Suisse. Le secteur du tourisme n’offre pas une visibilité très claire. Pour les grandes stations comme Verbier ou Zermatt, il n’y a aucun nuage à l’horizon, mais pour les plus petites, la situation est différente. Notre caractère très industriel peut aussi s’avérer fragile si une multinationale décide de quitter le Valais, surtout que les salaires ici restent très élevés par rapport à d’autres pays. Enfin, le dernier élément d’inquiétude, selon moi, concerne l’immobilier. Avec un taux de vacance de 1,5%, la situation peut devenir problématique et nous en sommes à 2,5% depuis que les caisses de pension des autres cantons ont décidé d’investir massivement ici. Nous surveillons tout ça de près.


Bio express

  • 1971 Naissance à Martigny.
  • 1995 Master en sciences économiques à l’EPFZ.
  • 2000 Nommé sous-directeur de l’Office fédéral de l’agriculture.
  • 2003 Election au Conseil national.
  • 2006 Elu à la présidence du PDC suisse.
  • 2017 Elu au Conseil d’Etat valaisan.