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Personnalité incontournable de l’immobilier genevois, Abdallah Chatila aime relever les défis. © M.Meyer/Smile&Shoot

Qu’est-ce qui fait courir Abdallah Chatila?

L’homme d’affaires genevois est très médiatisé ces dernières semaines, notamment en raison de ses nouvelles activités de distribution de masques sanitaires. Portrait de ce financier et entrepreneur qui ne laisse personne indifférent.

Il est incontournable dans les médias romands, en particulier ces dernières semaines. Une médiatisation qu’Abdallah Chatila n’envisageait pas forcément d’une telle ampleur, mais qu’il traverse sans difficulté. Sa dernière actualité? L’homme d’affaires genevois vient de visiter une usine de production de masques sanitaires en Bretagne qu’il compte racheter après avoir investi plus de 100 millions de francs dans des masques, gants, lunettes et thermomètres importés de Chine et vendus sur les sites MyStore et DeinDeal. A la tête de m3 Groupe, actif notamment dans l’immobilier, l’hôtellerie et la restauration, l’entrepreneur âgé de 46 ans est rapidement devenu une personnalité incontournable de la République genevoise.

Né à Beyrouth en 1974, ce Libanais chrétien a dû fuir enfant son pays pour s’installer à Genève, terre de refuge pour nombre de ses compatriotes en exil. Sa famille, propriétaire d’une société de joaillerie, occupera alors rapidement une place importante en Suisse dans le marché des pierres précieuses. Le patriarche et père d’Abdallah, Elie, est décrit comme un homme d’affaires très droit, inculquant ses valeurs humanistes à ses deux fils dès leur plus jeune âge. Son décès en décembre 2019 aura particulièrement attristé la communauté libanaise romande ainsi que des proches des Chatila d’origines confessionnelles très diverses.

L’art de la diplomatie en coulisses

Dans son livre The Diamond Niche, publié en 2006 et qui relate les multiples facettes – positives et négatives – du diamant dans le monde, Abdallah Chatila rend ainsi un vibrant hommage au patriarche: «Je dois tout à mon père, tout ce que je suis et toutes les valeurs dont j’ai hérité», écrit-il en préambule de l’ouvrage, qui fait la part belle à ces liens si méditerranéens que sont le travail, la famille et l’altruisme.

L’environnement multi-religieux dans lequel il évolue n’est pas sans l’influencer. Dernier exemple en date: le Libano-Suisse a déboursé 600 000 francs pour acquérir des objets – dont un chapeau haut de forme – ayant appartenu à Adolf Hitler, qu’il remettra au mémorial de la Shoah en Israël. L’indignation face à ce geste iconoclaste fut aussi grande que le soutien. «Ce fut un acte totalement spontané, presque instinctif. Mais foncièrement bienveillant. Tout à fait dans le style Chatila», commente un proche qui a suivi l’opération de près. Mais aux coups d’éclat, l’entrepreneur préfère souvent la diplomatie en coulisses, comme lorsque sa fondation Sesam a réuni à Genève un rabbin et un cheik israéliens, œuvrant main dans la main pour la paix au Moyen-Orient avec les membres de la Plateforme interreligieuse de Genève. «Il a évidemment conscience de ne pas pouvoir résoudre le conflit israélo-palestinien à lui tout seul, mais sa logique d’action se retrouve ici. Tenter des coups et voir plus loin que les autres. Il est comme cela en affaires aussi, et je comprends que cela puisse parfois étonner certains concurrents», nous confie un de ses amis d’enfance, connu à l’institut Ecolint.

Et les affaires, justement? «Dès son entrée dans le monde immobilier genevois, il a cassé les codes des régies familiales, très traditionnelles. Mais il avait les moyens de ses ambitions. Il a souvent gagné des marchés en payant cher, pour gagner gros ensuite», relate un observateur de la première promotion immobilière du Libano-Suisse, le rachat d’un club de tennis de Bois-Carré, dans la campagne genevoise. Lors de ce premier pas dans le domaine immobilier, beaucoup lui ont conseillé de renoncer en raison des difficultés. Il a finalement réalisé le projet en apprenant sur le tas à chaque étape, avant d’engranger des bénéfices importants…

Un bourreau de travail

Une réussite qui lui permettra d’aller de l’avant. Car Abdallah Chatila n’a pas commencé sa carrière d’entrepreneur par un succès. En 2004, associé à son frère Marc, et grâce à un pécule issu de la famille, le diplômé en gemmologie connaîtra la faillite par le biais de la société Montres in Extenso. Celle-ci avait lancé une montre avec l’accord du fameux footballeur brésilien Ronaldo, la bien nommée R9. Une grave blessure au genou de l’attaquant avait fait capoter le projet après moult problèmes juridiques.

Aujourd’hui, l’homme d’affaires, marié et père de trois enfants, vit dans une belle maison sur les hauteurs de Genève. Touché par la situation liée au Covid-19, il est resté aussi actif qu’à son ordinaire, créant ainsi de A à Z un nouveau business de masques sanitaires. «C’est avant tout un bourreau de travail, car son hobby, c’est son métier. Et il aime les challenges, comme racheter une régie traditionnelle pour en faire une société avant-gardiste», raconte cet observateur. Un avocat bien connu de la place, qui a croisé le fer devant les tribunaux avec Abdallah Chatila, en garde ce souvenir: «C’est un homme habile. Il faut reconnaître qu’il sait très bien aménager ses soutiens et qu’il apprend très vite.» La gestion de son équipe peut aussi donner une idée de sa personnalité au quotidien. L’entrepreneur possède une mémoire phénoménale qui lui permet de se passer d’ordinateur et de bureau fixe.

«Son bureau à lui, c’est sa tête. Il délègue facilement, reste toujours calme et poli et fonctionne entièrement sur la confiance. Chez lui, la fidélité est une base. Si tout se passe bien, il garde toujours les mêmes partenaires d’affaires. C’est un énorme réseau social à lui tout seul. Il est un peu old school, la parole donnée vaut plus que tous les contrats à ses yeux», note David Vuadens, partenaire et ami d’Abdallah Chatila. Avant d’ajouter: «Certains prétendent qu’il cumule trop de fonctions pour un seul homme. Après quinze ans de business, les faits sont pourtant là: sa boulimie de travail est parfaitement gérée et les projets vont continuer à germer!»

Faire rayonner Genève

Dorénavant, et selon ses propres dires, l’ambition du président de m3 Groupe est d’investir toute son expertise et sa créativité au service d’un plus grand rayonnement de Genève, que ce soit dans l’immobilier, l’hôtellerie, la restauration, l’événementiel ou le financement. «L’un de mes objectifs est que chacune des 20 entités du groupe puisse consacrer entre 1 et 2% de son chiffre d’affaires, en fonction de sa profitabilité, dans des soutiens caritatifs liés à leurs cœurs de métiers», explique Abdallah Chatila. Et de préciser: «Les dons en provenance de notre pôle restauration (incluant aujourd’hui des établissements tels que The Hamburger Foundation, Cheval Blanc, Le Traiteur de Châtelaine à Vandœuvres et bientôt le Sesflo, ndlr) sont par exemple réservés aux associations Partage et Colis du Cœur.»

>> Lire aussi: Jusqu'où l'empire Chatila grandira-t-il?


Abdallah Chatila en quelques dates

  • 1974 Naissance à Beyrouth.
  • 2004 Associé à son frère Marc, il fait faillite avec la société Montres in Extenso. 30 millions de francs sont engloutis dans ce projet.
  • 2006 Première promotion immobilière à Veyrier.
  • 2011 Il crée la Fondation Sesam, qui a déjà versé 15 millions de francs à des associations.
  • 2014 Concrétisation de son important projet de la Tulette à Cologny.
  • 2015 Il rachète la régie CGI et l’intègre dans son groupe multi-activités m3.
  • 2020 Il reprend, entre autres, la société de surveillance GPA et le centre commercial de Meyrin.