Krach. Ce mot est sur toutes les lèvres dans un contexte de forte hausse boursière. Selon la définition usuelle, un krach est une baisse brutale des prix d’une classe d’actifs, comme un marché financier à la suite d’un afflux massif d’ordres de vente. Il intervient parfois après l’éclatement d’une bulle spéculative, comme le krach boursier de 2001-2002 après celui de la bulle internet.

Or, au mois de mars 2021, toutes les conditions sont réunies pour assister à l’avènement d’un tel krach, selon certains prévisionnistes. La légende des investisseurs américains Jeremy Grantham parle ainsi d’une «bulle financière épique». Qui se caractérise selon lui par une surévaluation extrême, des hausses de prix explosives et une spéculation hystérique.

Surchauffe spéculative

Il donne en exemple les valeurs technologiques qui ne cessent de grimper, à l’image de Microsoft, Amazon, Google ou encore Apple. En effet, l’indice technologique américain Nasdaq a presque doublé depuis mars de l’année dernière et le S&P 500 a augmenté de 72% sur la même durée. Alors, les marchés se trouvent-ils dans une bulle? Un survol des recherches Google révèle clairement que cette question n’a jamais été posée aussi souvent qu’en ce moment, signe en tout cas que les investisseurs s’interrogent. Mais les analystes consultés ne semblent guère s’en inquiéter.

Burkhard Varnholt, responsable des investissements à Credit Suisse, considère toutefois que ces questionnements sont légitimes: «C’est compréhensible, il n’est pas possible d’ignorer les signes de surchauffe spéculative, l’apparente décorrélation entre les marchés boursiers et les mesures de confinement, les valorisations élevées des actions technologiques et l’optimisme général de bien des analystes.» Mais les spéculations concernant les bulles et les krachs lui semblent prématurées: «La hausse amorcée par les marchés financiers est bien plus susceptible d’être un marathon de plusieurs années qu’un sprint.»

Taux d’intérêt bas

Gregory Hung, responsable des investissements de la société de gestion d’actifs Singularity Group, approuve dans la Handelszeitung: «Les actions ne sont certainement plus bon marché, mais elles ne sont pas non plus surévaluées. Et il existe actuellement peu d’alternatives aux actions si vous souhaitez générer des rendements.» Thomas Stucki, directeur des investissements à la Banque cantonale de Saint-Gall, cite pour sa part l’environnement de taux d’intérêt bas comme principale raison des cours élevés des actions et il pense que cela va durer plusieurs années.

A l’encontre des craintes «populaires», le consensus des analystes semble donc pencher du côté de l’évitement d’un krach, avec de nombreux arguments pour défendre cette thèse. Afin de donner en conclusion un avis qui semble médian, Werner Krämer, macroéconomiste à la banque d’investissement Lazard, parle plutôt d’un marché boursier surchauffé, toujours dans la Handelszeitung: «Nous ne montons les escaliers que depuis presque un an. Une correction serait plus appropriée qu’un krach. Un recul de 20 à 30% serait alors possible.» Mais quand arrivera-t-elle et avec quelle certitude? Werner Krämer résume bien l’état d’esprit actuel sur les marchés: «Personne ne peut le prédire.»