La menace cyber ne cesse de s’intensifier. Rançongiciels massifs ou attaques sophistiquées à motivation étatique, les entreprises suisses et les infrastructures critiques sont de plus en plus visées. Depuis la transformation du Centre national pour la cybersécurité en Office fédéral de la cybersécurité (OFCS), les processus se sont numérisés et la cyberrésilience s’est renforcée. Une obligation légale de signalement a aussi été instaurée, les exploitants d’infrastructures critiques doivent désormais déclarer sans délai tout incident à l’OFCS. Les PME helvétiques ne sont pas épargnées, un tiers d’entre elles ont déjà subi une cyberattaque.
«En Suisse, la gestion des incidents relève de la responsabilité propre de l’organisation touchée, l’OFCS agit de manière subsidiaire», explique Roman Hüssy, coresponsable du Govcert à l’OFCS. «Le Govcert fonctionne comme un service d’incendie et fournit les premiers secours, avec une première évaluation technique.» La gestion opérationnelle reste néanmoins du ressort des organisations concernées, l’OFCS n’intervenant directement que si aucun service comparable n’est disponible à temps sur le marché. Pour les incidents mettant l’Etat en péril, le Conseil fédéral peut activer un état-major de crise.
En Suisse, une entreprise de taille moyenne sur trois a déjà subi une cyberattaque. Dans ces moments-là, chaque seconde compte. Même si l’OFCS apporte son soutien lors d’une attaque, la gestion de l’incident relève en Suisse de la responsabilité de l’organisation concernée.
Le circuit est clair, l’organisation touchée contacte l’OFCS via un formulaire ou la ligne d’astreinte 24h/24, puis l’incident est classé selon un modèle à quatre niveaux, de «faible» à «critique». Dans le feu de l’action, les erreurs sont fréquentes. Roman Hüssy pointe surtout la mise en œuvre partielle des recommandations, qui laisse les attaquants se propager, ainsi que des données de contact obsolètes qui ralentissent les alertes.
Les acteurs étatiques disposent de ressources considérables, ce qui rend les menaces persistantes avancées (APT) difficiles à détecter, sauf via un échange international étroit et la collaboration avec le Service de renseignement de la Confédération. Face à l’urgence, l’OFCS n’a aucun pouvoir de directive, le choix entre analyse forensique et mitigation immédiate revient à l’entreprise seule.
L’obligation de signalement a nettement accéléré la cyberrésilience suisse, sans la surcharge informationnelle redoutée. L’OFCS se voit comme un partenaire coopératif plutôt qu’une autorité de contrôle; plus les signalements sont ouverts, mieux les schémas sont identifiés. L’IA aide déjà au triage des signalements et à la corrélation des données de menace, mais l’évaluation finale et la communication restent humaines.
Pour la suite, l’OFCS développe le Cyber Security Hub comme plateforme d’échange et mise sur la sensibilisation du public, notamment face aux appareils bon marché importés, parfois livrés avec des logiciels malveillants. Les menaces ne connaissant pas de frontières, l’OFCS reste connecté à l’échelle mondiale avec d’autres Certs pour préserver la sécurité numérique suisse.