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Gaëlle De Lafontaine, floricultrice à Anières (GE), et son père se battent pour subvenir à leurs besoins. © DR

Le désarroi de certains indépendants romands

Fleuriste, directrice de voyage et restaurateur, trois indépendants romands nous parlent des difficultés qu’ils traversent en cette période.

Ce sont les premières victimes économiques de la crise sanitaire du Covid-19 de par leur statut particulier. Les indépendants n’ont quasiment droit à rien de la part de l’Etat et beaucoup craignent de devoir mettre la clé sous la porte. Vendredi dernier, le Conseil fédéral a amené de nouvelles propositions pour les soutenir (lire encadré). Il s’agit notamment d’un soutien financier aux indépendants sous la forme d’une indemnité journalière, sur le modèle du régime des allocations pour perte de gain. Il est salué par tous et répond à certaines demandes. Mais de nombreuses doléances restent encore sans réponses, ainsi que le montrent les témoignages que nous avons recueillis dans plusieurs cantons et auprès de diverses professions.

Gaëlle De Lafontaine, floricultrice à Genève: «Mon père et moi ne touchons plus rien»

La place est bucolique et très calme, mais les nerfs des exploitants sont mis à rude épreuve. Dans la petite commune genevoise d’Anières, l’entreprise Les Fleurs de Lafontaine est bien connue pour la production et la vente de charmants bouquets, 100% locaux. Mais la patronne, Gaëlle De Lafontaine, est en peine. Sa société de floriculture vend à 90% ses produits sur les marchés (désormais fermés) ainsi que chez les fleuristes et dans les grandes surfaces. Des ventes devenues nulles. «Nous avons mis notre ouvrier au chômage partiel afin qu’il puisse continuer à toucher une partie de son salaire. Mais mon père et moi ne touchons plus rien car notre société est en nom propre. Nous nous battons maintenant pour subvenir à nos besoins.»

Son père va faire une demande à sa banque et à la Chambre de commerce, mais il ne se fait pas d’illusions. Il demande avant tout à ce que les charges sociales soient reportées ainsi que les factures d’électricité ou des télécommunications, par exemple. Dans cette attente, Gaëlle De Lafontaine a décidé de préparer quand même ses semis afin de les planter ensuite sous serre. «Il faut bien que nous puissions proposer de belles fleurs lorsque la crise prendra fin. L’année partait de façon exceptionnelle pour la qualité florale, je suis avant tout triste de ne pas pouvoir vendre du bonheur aux gens», poétise la patronne.

 

Jacqueline Ulrich, codirectrice et fondatrice de l’agence L’Esprit du Voyage à Fribourg: «Nous prenons tous les risques pour nos clients»

Jacqueline Ulrich, codirectrice et fondatrice de l’agence L’Esprit du Voyage à Fribourg, vit une période doublement difficile en raison de son activité. Elle s’emploie aujourd’hui en priorité à organiser le rapatriement de ses clients coincés autour de la planète. L’agence travaille avec sept collaborateurs, dont deux apprentis. «Ma cofondatrice et moi-même continuons à télétravailler à 100% et nos employés sont au chômage technique, ils font du 20% pour nous aider dans nos tâches. Nous sommes totalement indépendantes, nous n’avons pour le moment droit à rien du tout.»

D’un esprit combatif et positif, la cheffe d’entreprise souligne tout de même une injustice. «De par notre statut, nous prenons tous les risques pour nos clients en ce moment et nous ne touchons rien. Nous ne pourrons pas tenir longtemps, même si nous faisons très attention à nos dépenses. L’Etat doit modifier cette situation anormale.» L’agence de Jacqueline Ulrich réalise 80% de son chiffre d’affaires entre janvier et juin, mais «tout est annulé ou presque», précise-t-elle.

 

Daniel Carlino, patron du restaurant La Différence à La Chaux-de-Fonds: «Il faut que l’Etat paie directement nos factures»

Daniel Carlino est le patron du restaurant La Différence à La Chaux-de-Fonds. Son établissement est fermé mais il a décidé de lutter en lançant l’association Sauvons les entreprises neuchâteloises (SEN), ainsi qu’une pétition en ligne pour que l’Etat paie les frais fixes des indépendants et des PME. A titre personnel, Daniel Carlino est très remonté. «Les réductions d’horaires de travail (RHT) ne sont pas valables pour les patrons et leur famille. Moi, je travaille avec mon fils et nous ne toucherons rien. Pourtant, j’ai perdu 50% de mon chiffre d’affaires depuis janvier et j’ai dû réinjecter mon argent privé pour continuer l’exploitation.» Daniel Carlino considère que les propositions de crédits à 0% sont inutiles et qu’elles ne font que repousser le problème. «Il faut que l’Etat paie directement nos factures et nos charges sociales, sinon on va nous faire crever.»


Les nouvelles aides du Conseil fédéral

Le Conseil fédéral a pris vendredi dernier de nouvelles mesures, en libérant notamment 32 milliards de francs supplémentaires pour le monde du travail, la culture et le sport. Ajoutée aux 10 milliards annoncés il y a une semaine, l’enveloppe totale pour l’économie atteint désormais 42 milliards de francs. Le nouveau paquet prévoit 20 milliards pour que les PME, qui rencontrent des problèmes de liquidités, obtiennent des crédits bancaires. Les montants jusqu’à 500 000 francs seront versés immédiatement par les banques. Ce montant devrait couvrir les besoins de plus de 90% des PME touchées par la pandémie et la Confédération se porte caution. Pour les crédits de plus de 500 000 francs, le cautionnement est assuré à hauteur de 15% par les banques et de 85% par la Confédération.

En ce qui concerne les indépendants, le chômage partiel sera aussi accessible aux associés d’une société à responsabilité limitée (Sàrl) rémunérés, ainsi qu’aux conjoints travaillant dans l’entreprise. Pour ces personnes, une indemnisation forfaitaire maximale de 3320 francs est prévue. Le Conseil fédéral souhaite aussi indemniser les indépendants qui subissent une perte de gain. Une indemnisation est prévue pour celles et ceux qui sont confrontés à un problème de prise en charge des enfants. L’indemnité journalière correspond à 80% du salaire, mais à 196 francs par jour au maximum. La durée d’indemnisation est de dix à trente jours selon les cas.