La salle s'assombrit, la présentation vidéo démarre. On y voit des images fortes sur l'Europe. Le tout est accompagné d'un extrait du discours de Winston Churchill à l'Université de Zurich en 1946. Un moment qui donne la chair de poule. «Let Europe Arise», tels sont les ses mots en guise de conclusion. Que l'Europe se lève.

Après avoir salué les personnes présentes, l'animatrice de l'Europa Forum, qui a eu lieu les 23 et 24 novembre, Christine Maier évoque les crises qui défient actuellement l'Europe. Des crises qu'il faut surmonter et pour lesquelles les millennials doivent trouver une solution.

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«Des lignes de conflit traversent le continent, explique Dominik Isler, codirecteur de l'Europa Forum. L'Europe agit de manière remarquablement unie. On prend des sanctions ensemble, on lutte ensemble contre le changement climatique. Mais l'Europe ne fonctionne pas vraiment. Le monde est à un carrefour. Et nous ne bougeons guère.» Il reste cependant convaincu que la jeune génération va marquer l'Europe de son empreinte (lire encadré)

Une place pour la Suisse

«Nous sommes en guerre en Europe, constate pour sa part la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Cette guerre a des répercussions dans différents domaines. Nous devons nous demander: quelle est notre place? Où sont nos alliés? Comment pouvons-nous réaliser nos intérêts?»

Depuis le non à l'EEE il y a trente ans, elle observe que le pays s'oriente dans toutes les directions: «Nous sommes allés loin dans le monde et avons conclu des accords individuels. La Suisse profite du commerce mondial et de l'ouverture des frontières. Mais nous ne devons pas être naïfs. La mondialisation crée des dépendances. Ce qui se passe actuellement dans le domaine du gaz est un cas d'école. Nous sommes devenus dépendants dans le domaine de l'énergie.» 

La Suisse s'en sortira cet hiver, mais il faudra ensuite chercher des alternatives. Devenir plus robuste et relancer la production d'électricité nationale. «Les industries clés doivent rester chez nous», constate Simonetta Sommaruga. Elle veut dire en Suisse, mais aussi en Europe.

La mondialisation a été rattrapée par la réalité. Le marché seul ne suffira pas et la politique étrangère a atteint ses limites. «Notre boussole de politique étrangère est-elle encore juste?», demande la conseillère fédérale, qui répond aussitôt à sa question: «Je ne pense pas. Il est temps de revenir à l’Europe. C’est notre partenaire le plus proche. Il nous faut maintenant un nouvel accord.»

Plus d'engagement, de nouvelles opportunités

Pour sa part, Christian Wulff, ancien président de la République fédérale d'Allemagne, a mis l'accent sur la gravité de la situation en Ukraine et l'afflux de réfugiés qui l'accompagne. «Nous devons tous passer à la vitesse supérieure, être plus engagés, plus vigilants. Il s'agit de faire preuve de tact face à la situation actuelle: individuellement, nous sommes emportés par la vague de la crise. Ensemble, nous pouvons la briser. Nous devons travailler ensemble. Dans l'intérêt de la préservation de l'humanité sur cette planète.»

L'homme politique est fasciné par la Suisse. Par sa diversité, son esprit de compromis. «Le peuple suisse a une influence sur la politique. Cela le rend plus satisfait. En tant qu'Européen, il faut accepter que la Suisse soit spéciale. L'Europe est également particulière. C'est pourquoi il faut, là aussi, faire preuve de doigté.»

Dans la crise, la chance

«L'Europe était à genoux lorsque Winston Churchill a prononcé son fameux discours, a déclaré l'historien Timothy Garton Ash, en clôture de cette première journée. Aujourd'hui, nous nous trouvons dans une Europe totalement différente.» Selon lui, malgré ou justement à cause des crises qu’elle traverse, la situation actuelle est un moment propice pour l'Europe. Car, selon lui, rien n'apporte autant d'opportunités qu'une crise: l'occasion de renouveler la démocratie. L'occasion de trouver de nouveaux concepts d'énergie renouvelable. L'occasion de s'unir en tant qu'Europe.

Les millennials demandent une Europe plus verte

En amont de l’événement, un sondage a été mené auprès de 200 millennials. La question centrale était: quels sont les moments qui définissent l'Europe? Les sondés ont pu s’exprimer sur leurs meilleurs moments, les pires, les plus populaires et les plus formateurs. Parmi les meilleurs figurait notamment le lancement de la mobilisation contre le changement climatique en 2019. Selon les organisateurs, le changement climatique et l'environnement sont les sujets les plus importants pour la génération Y: ils souhaitent une Europe climatiquement neutre, et plutôt tôt que tard.