«La première fois que vous faites un Skype avec un astronaute de la Station spatiale internationale (ISS), c’est surprenant. Il était en apesanteur et flottait derrière l’écran en tenant entre ses mains 1DROP, notre laboratoire miniature de diagnostics. Moi, j’étais assis derrière mon ordinateur. Nous avions le contrôle à distance de l’appareil depuis Neuchâtel. La connexion était bonne. On oublie que la station tourne autour de la Terre plusieurs fois par jour.

Jamais, lors des premiers développements de notre système d’analyse sanguine miniature, je n’aurais imaginé qu’il finirait dans l’espace. Avec Jörg Ziegler, biophysicien et cofondateur, nous ciblons les maladies cardiovasculaires et infectieuses, ainsi que les analyses portant sur la fonction des organes. J’ai été immensément étonné lorsque Boeing et la NASA nous ont approchés, en 2014, lors du Mass Challenge de Boston, l’accélérateur de start-up. Je me demandais pourquoi ils s’intéressaient au diagnostic médical.Ils nous ont demandé de leur soumettre une idée de projet compatible avec l’espace. Tout est allé très vite. J’ai passé un week-end à préparer quatre ou cinq pages de documentation. Le premier défi a été d’établir les avantages d’utiliser 1DROP dans l’espace, alors que le dispositif était destiné au départ à une application terrestre. C’est très différent.

En plus, les astronautes sont en excellente santé! Ils font déjà l’objet d’un suivi médical poussé avant de décoller. Une fois dans l’espace, ils mènent régulièrement des analyses sur la dématérialisation des os ou sur des organes comme le foie, les reins ou la thyroïde. Jusqu’à présent, chaque prélèvement sanguin devait être stocké dans un frigo jusqu’au retour sur Terre. Avec notre système, une seule goutte de sang ou de salive permet d’avoir un diagnostic en quelques minutes. 1DROP est donc conçu aussi bien pour des missions courtes d’une semaine sur la Lune que pour des opérations de deux ans sur Mars.

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Le plus grand challenge a été d’être prêt à temps, presque six mois avant le lancement dans l’espace. Il a fallu repenser certains matériaux pour qu’ils résistent à l’accélération de la fusée. On a remplacé le verre par du plastique, réduit la taille de l’appareil et rendu l’utilisation plus facile pour les astronautes. Ça a accéléré le développement du produit. Et nous étions payés pour travailler avec la NASA. Un tel contrat représente quelques centaines de milliers de dollars. En mars 2020, notre technologie décollait dans une fusée SpaceX en direction de l’ISS avec laquelle nous étions connectés régulièrement entre juin et juillet. Malgré la pandémie, nous avions beaucoup de travail. Cinq collaborateurs de chez nous suivaient le projet, ainsi que des PME comme P. Bercher, qui ont fabriqué le moulage des biopuces.

Nous avons eu des frayeurs aussi. Lors du tout premier test en apesanteur, le fluide ne s’écoulait pas correctement. J’ai pensé que tout notre boulot était perdu! Puis, quelques secondes plus tard, ça a fonctionné. C’était une période très spéciale. Je pouvais recevoir des SMS à 23 heures, pour des tests avec ISS qui démarraient de 1 heure du matin jusqu’à 5 heures. D’ailleurs, j’ai été surpris du temps que nous ont consacré les quatre astronautes de la NASA pour ce projet. Je ne m’attendais pas à autant de disponibilité. On s’imagine que les astronautes sont des êtres surhumains, mais ils ne sont en réalité pas compliqués. C’était un plaisir de travailler avec eux.

La collaboration continue. A chaque fois, on signe un nouveau contrat, et ce n’est pas parce que ça vient de la NASA qu’on ne peut pas négocier ou vérifier les clauses. Bien sûr, c’est un client prestigieux et très intéressant, mais c’est un business limité par rapport au marché terrestre, notamment dans les maladies cardiovasculaires. Evidemment, ça ouvre aussi des portes. Nous sommes d’ailleurs en discussion avec une société de la pharma allemande qui nous a connus à la suite du lancement de 1DROP dans l’espace.»

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