Après le cataclysme de 2020, les PME exportatrices retrouvent confiance en l’avenir: deux tiers d’entre elles tablent sur une hausse de leurs ventes à l’étranger au second semestre 2021, selon Switzerland Global Enterprise. Un climat positif que partagent les trois principales branches de l’industrie d’exportation suisse que sont la chimie-pharma, l’horlogerie-joaillerie et les machines, équipements électriques et métaux (MEM). Les espoirs se fondent notamment sur une reprise de leur marché historique, l’Europe.

Avec 58% de ses ventes réalisées en Europe, la branche MEM se réjouit des bons résultats obtenus sur ce continent. «La valeur des exportations a bondi de 21% au premier semestre par rapport à 2021, souligne Philippe Cordonier, responsable romand de Swissmem. Tous les groupes de produits ont profité de cette hausse.» Les plans de relance dans l’UE et la reprise économique après la levée des restrictions sanitaires ont permis de relancer les commandes pour des produits suisses.

Horlogerie: presque le niveau d'avant-crise

Au deuxième trimestre 2021, les trois quarts de la croissance des exportations du pays étaient le fait de l’industrie pharmaceutique et chimique. «La progression continue des exportations, en 2019 et 2020, devrait se poursuivre en 2021, avance Michèle Sierro, porte-parole romande d’Interpharma, l’association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche. La part de l’Union européenne dans le total des exportations de nos 23 membres reste stable, à 46%.»

Du côté des exportations horlogères, leur valeur, entre janvier et juillet 2021, a presque retrouvé son niveau d’avant-crise. «Contrairement à l’Asie et aux Etats-Unis, l’Europe est toutefois un peu à la traîne (-7% en comparaison avec 2019)», explique Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH). Différents facteurs entrent en jeu pour expliquer la reprise plus lente du marché européen, qui représente environ 30% de l’export horloger.

«Bien que la situation économique s’améliore dans l’ensemble, l’achat d’une montre est un achat émotionnel et les incertitudes liées à la conjoncture retiennent encore les Européens à consommer ce type de bien. La baisse du tourisme et la chute des achats dans les aéroports posent aussi problème.» Schématiquement, comme les touristes américains ou asiatiques voyagent moins en Europe, ils vont moins acquérir de produits en Europe, mais davantage dans leurs pays respectifs.

Les incertitudes politiques, avec la fin des négociations sur l’accord-cadre, fragilisent les exportations suisses dans l’Union européenne à moyen terme, soulignent les différents représentants des branches. «Il est important pour nous que le marché européen reste ouvert avec la poursuite de différents accords, notamment ceux sur le libre-échange ou la libre circulation des personnes», relève Jean-Daniel Pasche.

Dossier européen

Interpharma avertit aussi. «Nos membres, qui exportent 25 fois plus à l’étranger qu’ils ne vendent en Suisse, ont besoin de conditions-cadres stables en matière d’échange commercial. Les entreprises pharmaceutiques suisses doivent pouvoir compter sur le fait que leurs produits n’ont pas besoin d’être certifiés deux fois pour être exportés vers l’UE. Cela nécessite une mise à jour permanente de l’accord sur la suppression des obstacles techniques au commerce (ARM).»

Pour Swissmem, le dossier européen doit avancer sur un plan politique. Son responsable romand, Philippe Cordonier, cite notamment les sept accords bilatéraux avec l’UE dont fait partie la directive européenne sur les machines, qui doit être révisée vers la fin 2024 et dont la Suisse pourrait être exclue: «Outre les contraintes administratives liées aux doubles certifications, la sortie des négociations instaure une barrière psychologique qui n’est pas bonne pour les affaires. La Suisse est vue comme un pays tiers comme un autre.»

La branche MEM espère que les efforts consentis ces dernières années paieront. «Nous avons connu la crise financière de 2008, celle du franc fort après la fin du taux plancher en 2015, celle de l’industrie allemande en 2019 et, enfin, la pandémie, poursuit Philippe Cordonier. Ces crises très rapprochées ont poussé à optimiser l’efficacité de notre industrie, notamment au travers de l’automatisation. De nouveaux pays de destination et produits ont aussi été développés. Nous espérons que, grâce à tous ces efforts réalisés, le rebond actuel se transformera ainsi en une reprise durable.»