Un défi majeur attend le secteur logistique dans les années à venir : le transport routier de biens et marchandises devra être effectué en produisant moins d’émissions de CO2, idéalement même sans énergies fossiles. C’est un challenge de taille lorsqu’on sait qu’aujourd’hui environ 30% des émissions de CO2 helvétiques proviennent de ce secteur, qui compte encore plus de 50'000 poids lourds roulant au diesel.

En Europe, le gaz naturel liquéfié (GNL) est de plus en plus utilisé comme carburant de substitution pour les véhicules utilitaires. Il permet déjà de faire baisser les émissions de CO2 de 20% au maximum. Mais le GNL reste un carburant fossile. Dans l’optique d’améliorer encore davantage le bilan écologique des véhicules utilitaires, le biogaz liquéfié représente une solution d’avenir prometteuse.

Un combustible propre

Une équipe de la Haute école spécialisée de Suisse orientale (OST) a étudié, en collaboration avec l’entreprise de transport Krummen Kerzers et Lidl Suisse, dans quelle mesure le diesel pouvait être remplacé par du méthane liquéfié de production biologique (BioGNL). Contrairement au gaz naturel, le biogaz est un combustible renouvelable produit par fermentation de résidus organiques issus de l’agriculture ou de la restauration.

Ces dernières années, des technologies permettant de refroidir le biogaz et donc de le liquéfier afin qu’il présente aussi une plus grande densité énergétique ont été développées, notamment en Scandinavie et aux Pays-Bas. Le site web cng-mobility.ch a publié plusieurs articles sur la question. On y apprend qu’aujourd’hui, un camion fonctionnant à 100% au BioGNL pourrait réduire de 75 à 85 % ses émissions de CO2.

Pompe et réservoirs GNL

Pompe et réservoirs GNL

© Mobilité Gaz

Ce carburant est donc porteur d’avenir, mais son marché est encore peu développé à l’heure actuelle, et la Suisse ne dispose pas d’usines de production. En Europe, cependant, certaines installations sont exploitées depuis plusieurs années et de plus en plus de projets sont en cours de planification ou seront lancées prochainement.

Dans son étude, la Haute école spécialisée de Suisse orientale (OST) démontre qu’une importation de BioGNL norvégien permettrait de faire baisser les émissions des poids lourds helvétiques de 1044g éq. CO2/km à près de 270g éq. CO2/km, et ce sans optimisation du transport ou des pompes. Ce bilan pourrait être encore amélioré si le BioGNL était produit en Suisse.

Dynamisme helvétique

Produire du BioGNL en Suisse n’est pas une utopie lorsqu’on sait qu’il existe des options économiquement valables pour les installations de liquéfaction à partir d’une production d’environ 5 tonnes par jour. Il existe en outre une véritable dynamique autour du biogaz en Suisse. Au cours de la dernière décennie, la production et les ventes de biogaz ont pratiquement été multipliées par dix dans le pays. Cette évolution se poursuivra. Une étude de l’EPF datant de 2019 révèle un vaste potentiel encore inexploité en matière de biogaz domestique. En 2018, l’Empa a également mis en évidence d’imporTantes possibilités au niveau national en ce qui concerne le méthane de synthèse produit à partir d’excédents temporaires d’électricité renouvelable.

Sur le terrain, plusieurs entreprises logistiques suisses ont pris conscience des avantages économiques et écologiques d’abandonner le diesel. Elles sont déjà en train de renouveler leur flotte en misant sur les gaz renouvelables afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est un signe fort, qui témoigne de la volonté du secteur logistique d’être en adéquation avec les impératifs de préservation de l’environnement.

Martin Bernard
Martin Bernard