Spécial Automobile: les innovations qui vont changer la route
Batteries électriques: cap sur la transparence
En février 2027, le passeport batterie deviendra obligatoire dans l’UE. L’objectif? Plus de recyclage et de protection de l’environnement, moins de dépendance vis-à-vis de la Chine.
Gabriel Knupfer
Ce «jumeau numérique» est accessible via un code figurant sur le produit et accompagne la batterie tout au long de son cycle de vie, de la fabrication à l’utilisation, en passant par le recyclage. Shutterstock
La batterie est le cœur de toute voiture électrique. Elle détermine l’autonomie et le temps de recharge du véhicule. Elle est également l’un des composants les plus coûteux et sa fabrication génère beaucoup de CO2. Il est donc évident que l’Union européenne (UE) se concentre particulièrement sur les batteries dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe. Après tout, celles-ci jouent un rôle important dans l’objectif de rendre l’UE climatiquement neutre d’ici à 2050 et d’établir une économie circulaire durable.
Le passeport numérique du produit, ou DPP, est un instrument important de l’UE à cet égard. Concrètement, à partir de février 2027, toutes les batteries EV et industrielles d’une capacité supérieure à 2 kilowatts mises sur le marché devront être accompagnées d’un passeport numérique. Ce «jumeau numérique» est accessible via un code figurant sur le produit et accompagne la batterie tout au long de son cycle de vie, de la fabrication à l’utilisation, en passant par le recyclage. L’objectif: dans l’esprit de l’économie circulaire, prolonger la durée de vie des batteries et réutiliser autant que possible les matières premières et les composants utilisés.
Cela ne profite pas seulement à l’environnement. En effet, les batteries contiennent des matières premières précieuses. Si celles-ci sont recyclées au sein de l’UE, l’industrie européenne des voitures électriques sera moins dépendante de pays tiers tels que la Chine. «Il est important de maintenir les matériaux critiques en Europe dans le cycle afin de renforcer l’importance de l’industrie automobile dans la concurrence internationale», explique Thomas Knothe, chercheur à l’Institut Fraunhofer IPK pour les installations de production et les techniques de construction. Il faut savoir qu’aujourd’hui les entreprises chinoises contrôlent environ 75% de la production mondiale de batteries pour voitures électriques.
Contenu Sponsorisé
Publicité
75%
Aujourd’hui, les entreprises chinoises contrôlent trois quarts de la production mondiale de batteries pour voitures électriques.
«Pour l’industrie automobile, le passeport batterie est un test pour les passeports numériques de produits destinés à d’autres composants ainsi que pour le futur passeport véhicule, explique l’expert, qui participe avec son institut à l’élaboration du passeport batterie. Les passeports produits pour les batteries sont complexes par rapport à d’autres produits. Si le test est concluant, d’autres produits devraient également être réalisables.» En effet, le passeport batterie n’est que le premier d’une série de passeports produits prévus dans l’UE. Les passeports pour les pneus et les textiles seront également lancés en 2027, suivis par ceux pour les appareils électroniques en 2028. A partir de 2032, les véhicules devront disposer d’un passeport dit «de circularité».
Les avantages sont évidents
Bien que la plupart des données requises soient déjà disponibles, le passeport pour les batteries représente dans un premier temps une charge supplémentaire pour les fabricants, les concessionnaires et les garages. Mais il leur offre également de nombreux avantages, souligne Thomas Knothe. «Le DPP peut contribuer de manière significative à l’amélioration de l’efficacité des processus d’autorisation et de reporting, car il contient de manière centralisée toutes les données exigées par les différentes autorités et partenaires commerciaux. Cela permet de réduire considérablement la charge de travail actuelle.»
Publicité
Il s’agit donc d’un instrument permettant de prouver l’approvisionnement durable. Grâce à des chaînes d’approvisionnement plus transparentes, l’UE souhaite par exemple réduire le travail des enfants ou la pollution environnementale dans les pays producteurs de matières premières. A cela s’ajoute la possibilité de nouveaux modèles commerciaux. Le DPP soutient la mise en place de modèles commerciaux durables tout au long de la chaîne de valeur des batteries, dans le respect des critères de durabilité et d’éthique pertinents, résume Thomas Knothe.
La Suisse est également concernée
Et qu’est-ce qui va changer pour les acheteurs de voitures électriques? Grâce au passeport numérique des batteries, les données relatives à l’utilisation des batteries seront disponibles sous une forme standardisée, explique l’expert. «Les consommateurs seront ainsi mieux informés.» A l’avenir, les acheteurs de voitures électriques pourront connaître plus précisément les indicateurs de sécurité, de performance et de durabilité de la batterie afin de prendre de meilleures décisions d’achat. Certes, les données de capacité peuvent déjà être consultées aujourd’hui à partir du système de gestion de batterie existant lors de l’achat d’une voiture d’occasion. Mais la mise à disposition de ces données sera plus simple et moins coûteuse.
Publicité
Une chose est claire: même la Suisse, qui n’est pas membre de l’UE, doit se conformer au DPP pour les batteries. Dans le secteur automobile, de nouvelles obligations s’appliquent aux concessionnaires, aux garages, aux autorités et éventuellement aux utilisateurs. Ils doivent par exemple transmettre les données relatives aux réparations. Les fabricants de batteries sont également concernés: toutes les entreprises qui exportent vers l’UE sont soumises à la nouvelle obligation de passeport produit. Mais la traçabilité complète de la chaîne d’approvisionnement est aussi une opportunité. Une durabilité avérée augmente la valeur d’un produit.
Automobile: les innovations qui vont changer la route