Prêts à franchir le cap de la maturité commerciale
Les véhicules autonomes ont longtemps été promis, leur véritable essor semble désormais imminent. Les gains de temps et les nouvelles opportunités qu’ils offrent ouvrent la voie à des usages inédits.
Matthias Niklowitz
Un robotaxi autonome d’Amazon Zoox circule sur le Strip de Las Vegas. Justin Sullivan/Getty Images
Ils ressemblent à des sortes d’aspirateurs robots géants, dont on ne distingue pas vraiment l’avant de l’arrière. Depuis six mois, ils circulent sur le Strip, le boulevard de Las Vegas. Durant le Consumer Electronic Show (CES) de janvier dernier, ces robotaxis opérés par Zoox, filiale d’Amazon, constituaient une alternative aux taxis classiques. Ces derniers ont en effet tendance à stationner devant les grands casinos, où les files d’attente s’allongent particulièrement en période de salon. Ceux qui souhaitent se déplacer rapidement optent donc pour les taxis autonomes.
Ici, c’est l’ordinateur et non l’humain qui conduit, ce qui influe moins sur les prix que sur la disponibilité et la fiabilité. Les véhicules autonomes, pour le transport tant de personnes que de marchandises, pourraient représenter une solution viable, à condition que les attentes accumulées depuis des années se concrétisent. «Le niveau 4 fonctionne déjà en conditions réelles, mais toujours dans des zones géographiquement délimitées, explique Dario Schafroth, professeur en systèmes autonomes à la Haute Ecole OST. C’est le cas par exemple pour les robotaxis, les navettes ou les véhicules logistiques dans des périmètres bien définis.»
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«La technologie de conduite autonome est clairement en train de passer de la phase de faisabilité à celle du déploiement à grande échelle, confirme Thomas Sauter-Servaes, professeur à la ZHAW School of Engineering de Winterthour. Les questions de rentabilité passent désormais au premier plan.» Cela implique aussi une réduction des technologies embarquées coûteuses. Par rapport à la génération précédente, Waymo a réduit le nombre de capteurs LiDAR de cinq à quatre, et le nombre de caméras a même été diminué de plus de moitié. Les voitures en deviennent ainsi moins chères.
Selon Dario Schafroth, la combinaison de différents capteurs – caméra, radar, LiDAR et ultrasons (éventuellement complétés par une thermique) – a fait ses preuves, en assurant une redondance et une meilleure robustesse face aux défaillances individuelles. «Les approches basées uniquement sur la vision, c’est-à-dire les caméras seules, comme le fait Tesla, me rendent plutôt sceptique pour l’instant, car elles dépendent fortement des conditions de visibilité: pluie, neige, brouillard ou mauvais éclairage.»
Toujours moins cher
Par rapport à la génération précédente, Waymo a réduit le nombre de capteurs LiDAR de cinq à quatre et les caméras de 50%, abaissant ainsi le prix final du véhicule autonome.
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Voyager en voiture, c’est mieux qu’en avion
«L’environnement peut tout à fait être adapté et constitue un facteur essentiel pour le déploiement à grande échelle des véhicules autonomes, poursuit le spécialiste. Cela inclut des interventions pragmatiques telles que des marquages au sol meilleurs et standardisés, une signalisation plus claire et assistée numériquement, ainsi que la communication avec le véhicule.»
«Le grand avantage des véhicules hautement automatisés d’aujourd’hui est précisément qu’ils s’adaptent de mieux en mieux aux infrastructures routières et aux conditions de circulation existantes, sans que celles-ci doivent être repensées pour eux, constate Dario Sauter-Servaes. Cette grande capacité d’adaptation accélère le déploiement à grande échelle des systèmes. Actuellement, la réflexion sur les véhicules automatisés se concentre très fortement sur leur utilisation en tant que robotaxis. En Europe, contrairement aux Etats-Unis et à la Chine, on étudie également leur intégration dans les transports publics, notamment dans le cadre de services à la demande en milieu rural.» Ces deux voies de développement ne joueront toutefois qu’un rôle secondaire à long terme, car «les véhicules automatisés seront disponibles à l’achat pour les particuliers plus vite qu’on ne le pense», estime l’expert. Les annonces de XPeng, Rivian, BYD, Lucid ou Waymo en témoignent. La voiture autonome privée offrira toujours une meilleure disponibilité qu’un robotaxi.
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«Les véhicules autonomes seront disponibles à l’achat pour les particuliers plus vite qu’on ne le pense.»
Dario Schafroth, professeur en systèmes autonomes à la Haute Ecole OST
«En passant du siège conducteur au siège arrière, le rôle de l’automobile en tant que salon mobile sera encore renforcé, souligne Dario Sauter-Servaes. L’intimité et les aménagements intérieurs personnalisés deviendront encore plus importants pour rendre attractifs les temps de trajet sur de longues distances. Les modèles de partage moins confortables semblent alors peu compétitifs.» La dépendance ressentie à l’égard de la voiture pourrait même s’accroître avec les véhicules autonomes, si ceux-ci entraînent une évolution des structures spatiales au profit de trajets domicile-travail et de shopping plus longs, et si la machine IA personnelle et physique s’impose comme symbole de statut dans le monde des affaires au détriment du vol en classe affaires, prédit le spécialiste.
«En ce qui concerne les modèles économiques, je pense que d’ici à 2030-2035, les plus grands bouleversements ne viendront pas des véhicules autonomes eux-mêmes, les véritables moteurs seront plutôt l’électrification, les «véhicules définis par logiciel» et un glissement encore plus marqué de la possession du véhicule vers son usage», conclut Dario Schafroth.
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Ces projets ne sont plus de la science-fiction
Qu’il s’agisse de taxis aériens autonomes, de navettes sans conducteur ou de réseaux de tunnels souterrains, les nouvelles technologies promettent de rendre très bientôt les transports plus efficaces.
1. Le taxi autonome de Joby Aviation est sur le point de connaître une percée commerciale. En mars 2026, Joby a lancé la phase d’essais en série avec l’autorité américaine FAA. Le but est de désengorger les agglomérations urbaines.
Joby Aviation
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2. En Europe, de plus en plus de services de navettes sont intégrés aux réseaux de transport existants, comme le montre l’initiative de Postauto en Argovie.
Postauto
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3. Cargo Sous Terrain a pour objectif de dévier le trafic lourd des autoroutes vers le sous-sol grâce à un réseau de tunnels entièrement automatisés pour le transport de marchandises.
Cargo sous terrain
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4. Tesla accélère la production de son Cybercab biplace sans conducteur au Texas afin de construire chaque semaine des centaines de modèles prêts à être livrés.
Tesla
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5. L’hyperloop EuroTube promet de concurrencer l’aviation en parcourant le continent à plus de 1000 km/h dans un tube.