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Philippe Heim, Andreas Schollin-Borg et Stéphane Journot, les dirigeants de Gotham.  © Stéphanie Liphardt

Coûts, réseau et design, les trois piliers du coworking

Les bureaux partagés poussent comme des champignons en Suisse. Et attirent tout autant des indépendants, des start-up que des grandes sociétés.

Le phénomène est encore marginal en Suisse, mais s’amplifie à vitesse grand V: pas un mois ne passe sans qu’un lieu dédié au coworking n’ouvre ses portes! Ainsi, au 1er avril, Coworking Neuchâtel prendra possession de ses nouveaux quartiers – 150 m2 pour environ 30 postes de travail – dans le bâtiment historique de la Poste. «Un déménagement nécessaire, car les anciens locaux de l’association neuchâteloise affichaient complet», explique Sedat Adiyaman, son président. Autre ouverture, prévue également en avril: à Lausanne, au Flon, par les dirigeants de Gotham. «Ce sera une inauguration en deux temps, précise Andreas Schollin-Borg, cofondateur. Une première partie de 1200 m2 sera dévoilée au printemps, puis le reste des lieux, situés dans les immeubles abritant l’Ecole club Migros, au second semestre.»

Bien sûr, le regroupement d’entrepreneurs ou d’indépendants dans des bureaux partagés ne date pas d’hier. En Suisse, il existe une multitude de petits acteurs et de structures, souvent associatives, de ce type. Mais, signe des temps, l’esprit coloc n’est plus seul à régner dans les locaux design du coworking 4.0. Désormais, ils représentent aussi un business florissant pour des sociétés nourrissant des ambitions nationales, voire internationales. C’est le cas d’IWG (International Workplace Group), le leader mondial des espaces de travail. En septembre 2017, Spaces, l’une des marques de la holding basée à Zoug, choisissait Genève comme premier emplacement en Suisse. Soit 400 places de travail réparties sur les 3000 m2 de l’ancien immeuble de la banque Coutts, dont les travaux de rénovation ont coûté plusieurs millions de francs.

40% de bureaux vides

Spaces et ses services quasi hôteliers (conciergerie, restauration en continu…) n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin. Genève a rapidement été suivie par Zurich, non loin de la gare, et plusieurs projets sont en cours de signature, notamment dans l’agglomération zurichoise. Ces cinq prochaines années, la Suisse devrait compter une dizaine de bureaux partagés Spaces. A l’échelle mondiale, la marque entend engranger près d’un milliard de francs de revenus d’ici 2020. Quant aux sites de Regus, l’autre enseigne de coworking, plus conventionnelle, appartenant à IWG, ils sont au nombre de vingt-six en Suisse et devraient s’élever à une centaine d’ici quatre ans, nous confie Garry Gürtler, directeur d’IWG pour la Suisse.

5% des surfaces de bureaux à Londres sont partagés. Le potentiel de croissance en Suisse est encore énorme.

Garry Gürtler, directeur d'IWG Suisse

Mais pourquoi les surfaces de coworking sortent-elles aujourd’hui de terre comme des champignons? Les raisons sont multiples, estime Garry Gürtler: «D’abord, les progrès technologiques de ces dernières années, qui permettent aux travailleurs nomades de bosser depuis n’importe quel endroit. A cela se greffe une nouvelle génération de collaborateurs, les millennials, qui ne se voient plus évoluer dans un bureau traditionnel ou un open-space, le tout dans une économie où les cycles deviennent de plus en plus courts. Dans ce contexte, les entreprises se doivent d’être agiles et l’outsourcing constitue un élément stratégique capital.»

Sans compter les gains financiers, qui motivent tout aussi bien l’indépendant, le créateur de start-up que la grande société plus encline à mesurer la productivité non plus à l’aune du temps passé au bureau, mais selon les objectifs fixés. «On estime qu’avec les déplacements chez les clients, les maladies, les vacances et le télétravail, environ 40% des postes de travail sont inoccupés chaque jour, ajoute le directeur suisse d’IWG. Dès lors, louer un espace de coworking peut conduire à de grosses réductions de coûts, poursuit Garry Gürtler. Une étude de Deloitte et diverses enquêtes montrent ainsi que, tous secteurs confondus, un nombre croissant de grandes entreprises choisissent de conserver leur siège et de louer des espaces de coworking pour des projets dédiés.»

Garry Gürtler, directeur d'IWG en Suisse © DR

Une communauté d’entrepreneurs

Reste que les acteurs interrogés n’estiment pas être que de simples agents immobiliers. Les fondateurs de Gotham, forts du succès de leur premier emplacement au design très coloré – le site de l’avenue d’Ouchy est quasi plein – n’articulent pas de chiffres quant à leurs ambitions d’expansion. «Cela dépendra des opportunités, note Philippe Heim, directeur général. Nous cherchons des locaux originaux, bien situés, si possible proches des gares ou dans des business centers.» Outre le Real Estate, l’équipe dirigeante fourmille de projets plus orientés services. «Nous avons signé un premier contrat d’aménagement et de décoration d’intérieur pour le bureau d’un architecte lausannois, indique Andreas Schollin-Borg, également à la tête de Batmaid. Nous travaillons également sur une idée de colocation remise au goût du jour, notamment pour des expatriés qui séjournent quelques semaines en Suisse.»

Autre axe fort martelé pour tout adepte du coworking: le réseautage et la communauté, fort demandés à une époque où la communication virtuelle ne suffit plus. C’est l’essence même d’Impact Hub, une sorte d’incubateur et d’accélérateur de start-up qui vient de poser ses bagages à Lausanne. Dans cette ancienne imprimerie aux murs clairs et parsemée de plantes vertes, une soixantaine de postes de travail sont à louer, répartis sur 600 m2 modulables. «Nous sommes aussi un espace de coworking, mais pas que. Impact Hub se veut surtout le point de rencontre d’une communauté d’entrepreneurs, de start-up, de grandes entreprises et d’écoles», commente Amanda Byrde, cofondatrice.

Fortement orientée développement durable, l’association soutenue notamment par UBS ou le Fonds Engagement Migros, propose aussi bien des séminaires, des conférences que des conseils d’experts au travers du réseau mondial de la centaine d’Impact Hub établis sur les cinq continents. Chaque site a ses propres caractéristiques, Genève comptant ainsi une forte proportion de membres issus des organisations internationales. «Compte tenu du tissu économique local, nous imaginons dans le canton de Vaud des projets liés à la durabilité, l’impact social et environnemental, ainsi qu’à la technologie et la culture», conclut Bautista Dahl Rocha, autre cofondateur.


Spaces, Gotham et Impact Hub 

Spaces

  • Création: 2016
  • Propriétaire: IWG (International Workplace Group), qui détient plus de 3500 sites dans 110 pays.
  • Présence en Suisse: Genève (3000 m2, 400 places de travail) et Zurich (2300 m2, 365 places de travail).
  • Tarifs: à partir de 399 francs par mois pour une place de travail dans un espace commun, de 1000 à1500 francs par mois pour un bureau fermé.
  • Ouvertures prévues: à l’aéroport de Zurich (3000 m2) cette année, dans l’Ambassador House en 2019 au nord de Zurich. Ces cinq prochaines années, l’objectif d’IWG est d’inaugurer une dizaine de sites Spaces en Suisse et 300 dans le monde d’ici fin 2018.

 Gotham

  • Création: 2017
  • Fondateurs: Ferdinand Locher, Patrick Polli, Andreas Schollin-Borg et Eric Laudet.
  • Présence en Suisse: Lausanne (2300 m2, plus de 200 places de travail) dans l’ancien centre de tri postal.
  • Tarifs: de 45 francs par jour à 1350 francs par mois pour un bureau de 4 personnes.
  • Ouvertures prévues: Lausanne dans le quartier du Flon et Martigny (550 m2) cette année. Gotham vise à être présent dans les principales villes suisses. 

Impact Hub

  • Création: 2005
  • Fondateurs: 15 cofondateurs en Suisse. Dans le monde, une centaine d’Impact Hub répartis sur les cinq continents.
  • Présence en Suisse: Zurich, Genève, Berne et Lausanne, pour un total d’environ 1400 membres.
  • Tarifs: de 40 à 390 francs par mois en fonction des services demandés (place de travail, accès à la communauté mondiale, conseils d’experts…).
  • Ouvertures prévues: Bâle à la fin de cette année.