Aller au contenu principal
Entre 20 à 30 nationalités différentes travaillent chez BG. Un enrichissement, estime Pierre Epars. © Stéphanie Liphardt

«Aujourd’hui, plus rien ne se fait sans ingénieurs!»

Pierre Epars, le CEO du groupe vaudois BG Ingénieurs Conseils, 640 collaborateurs et 97 millions de revenus, dévoile les métamorphoses qui impacteront son métier ces prochaines années en raison du virage numérique.

Les infrastructures de mobilité, les énergies renouvelables ainsi que les bâtiments intelligents passionnent les médias et le grand public. Ils changent le visage de nos villes ainsi que notre mode de vie. Les ingénieurs, qui en sont les têtes pensantes, sont parfois oubliés dans ce paysage. C’est pourtant un métier foisonnant, qui touche tous les domaines de notre vie quotidienne.
A Lausanne, le groupe BG Ingénieurs Conseils (pour Bonnard et Gardel, les fondateurs), 640 collaborateurs dans 21 agences dans le monde, principalement en Suisse, en France, en Algérie et en Italie, a vécu depuis 1954 toutes les transformations technologiques majeures de notre société. Son CEO, Pierre Epars, décrit les métamorphoses de son métier ces prochaines années. Des changements radicaux, particulièrement en raison des avancées de la numérisation, qui vont remettre l’ingénierie au premier plan et rendre la profession de nouveau très désirable auprès des jeunes, notamment.

Vous êtes le CEO de BG Ingénieurs Conseils depuis 2018, mais votre histoire commune est beaucoup plus ancienne…
Pierre Epars En effet, je suis arrivé dans le groupe en 1989 en tant que chef de projets, après des études d’ingénieur à l’EPFL et quelques années dans une entreprise internationale. En 2000, je suis devenu responsable du secteur Bâtiments et Energie comme membre de la direction générale et depuis avril 2018, avec une nouvelle organisation simplifiée, je dirige le groupe BG.

Avec votre parcours et votre expérience d’«ingénieur-manager», vous êtes donc idéalement placé pour résumer les grands virages pris par ce groupe vaudois emblématique.
Les fondateurs, MM. Bonnard et Gardel, étaient des ingénieurs dans le génie civil et l’hydraulique, issus de l’EPFL. Le groupe a donc logiquement grandi depuis sa création sur la base de ces activités, notamment dans les grands ouvrages hydroélectriques. Puis, lors des vingt-cinq dernières années, en suivant les besoins de la société, de nos clients ou de nos partenaires architectes, nous avons progressé dans les domaines du bâtiment, de l’énergie et de l’environnement. La moitié de notre chiffre d’affaires est aujourd’hui réalisée dans ces trois derniers domaines.

Reste que le métier d’ingénieur ne figure actuellement pas parmi les premiers métiers recherchés par les jeunes et qu’il existe une pénurie en Suisse. Pourquoi?
Les ingénieurs ont malheureusement souvent été considérés comme un poste de coûts chez nos clients plutôt que comme une source de création de profits. Mais cela change et le métier est désormais mieux valorisé, plus accessible. Aujourd’hui, rien ne se fait sans ingénieurs! Dans un avenir proche, ce profil sera certainement très recherché par les jeunes. Pour l’heure, pour nos activités suisses, nous recrutons des ingénieurs en Europe, plus spécifiquement en France, en Espagne ou au Portugal, où la crise a attiré les diplômés chez nous. Mais ce mouvement se calme aujourd’hui. Leurs formations sont excellentes, même si, il faut le dire, le graal de la formation se trouve à l’EPFL. Dans le groupe BG, nous bénéficions de 20 à 30 nationalités différentes, ce qui représente un véritable enrichissement.

BG Ingénieurs Conseils se rapproche des 100 millions de francs de chiffre d’affaires, ce qui vous place dans le top 5 des groupes d’ingénieurs suisses et, surtout, comme un incontournable acteur de l’économie romande.
Il est vrai que les résultats de l’exercice 2018 sont solides, avec un chiffre d’affaires de 97 millions de francs (+6%), et un résultat net également en augmentation de 13%, à 2,3 millions de francs. Ils confirment la bonne santé retrouvée de BG après deux années consécutives en progression. Plusieurs actions stratégiques et investissements importants ont d’ailleurs été engagés en 2018 afin de préparer BG pour l’avenir.

Quelle est justement votre stratégie, qui semble très ambitieuse pour les cinq prochaines années?
Nous recherchons des mandats dans des domaines très variés, mais définitivement d’avenir. Et dans ce processus, l’intégration des nouvelles technologies numériques est une priorité du groupe. Que ce soit dans la mobilité, l’énergie, l’environnement ou le management des risques, nous avançons en suivant mais aussi en anticipant les tendances de la société. Pour vous donner une application concrète de notre stratégie, le développement de compétences internes dans le BIM (Building Information Modeling, ndlr), la smart city et la forte implication dans les sciences du data management permettent à BG d’offrir une valeur ajoutée supplémentaire à ses clients. D’autre part, comme rien ne peut se faire sans nos collaboratrices et collaborateurs, nous veillons à leur développement personnel permanent au travers de notre BG Academy, par de la formation continue tant technique que managériale ou touchant au savoir-être.

Vous évoquez le BIM, un outil incontournable dans la construction. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit?
Le BIM est une méthode de planification numérisée et de modélisation de l’information qui est utilisée par tous les acteurs d’un projet de construction durant le cycle de planification ou de vie d’un ouvrage. BG a été parmi les premières sociétés en Suisse à mettre en œuvre ce nouveau processus de planification des ouvrages en trois dimensions, grâce au BIM, justement. Mais si cette technique est désormais bien maîtrisée, il reste encore beaucoup de travail à effectuer pour former tous les acteurs de la construction. Nous réalisons aujourd’hui la plus grande part de nos projets en BIM, dont la future gare souterraine de Cornavin à Genève.

Quels sont vos projets phares en Suisse romande?
BG est impliqué en Suisse romande dans des projets majeurs tels que la refonte de la jonction autoroutière de la Blécherette à Lausanne, la nouvelle gare souterraine de Genève, l’usine ultra-moderne de valorisation thermique des Cheneviers, la construction de l’écoquartier des Vernets (toujours à Genève, ndlr), la station d’épuration des eaux usées de Vidy ou encore la transformation lourde de la Coop City de Lausanne ou des hôpitaux de Sion, Genève ou Bienne. En ce qui concerne la Suisse alémanique, nous renforçons nos équipes et confirmons notre position d’acteur national.

Nous participons au Grand Paris Express, un projet phare, le plus grand en Europe, avec 200 km de lignes supplémentaires.

L’étranger n’est pas en reste, ces mandats représentent 40% de votre chiffre d’affaires. Comment menez-vous vos développements hors de Suisse?
Outre le marché suisse alémanique, notre développement se fait en priorité sur la France, où notre taille nous permet de trouver des mandats dans des marchés de niche intéressants. Dans ce pays, nous avons de très grands projets comme le Grand Paris Express, un projet phare, le plus grand en Europe, qui occupera les collaborateurs de BG concernés durant seize ans en vue de la construction d’un métro automatique couvrant toute la périphérie parisienne, avec un réseau de 200 km de lignes supplémentaires et 68 nouvelles gares. Pour le coup, ils vont d’ailleurs s’installer et vivre sur place une partie de leur vie. Une expérience formidable!
Autres projets: la nouvelle centrale d’incinération et de production d’énergie IP XIII d’Ivry ou les stations d’épuration du SIAAP et la réalisation d’hôpitaux à Paris et à Marseille. En outre, l’ouverture d’une agence en Italie soutient les activités de nos spécialistes dans la réalisation du tunnel de base de la nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin. Pour le reste du monde, nous fonctionnons avec les opportunités qui se présentent au travers de nos clients. Mais dans tous ces projets nous tenons à garder notre «Swiss made».

Les concurrents étrangers n’ont pas vos coûts de production. Est-ce une distorsion de concurrence?
Je tiens un discours différent à nos clients. Il faut savoir que dans notre domaine, le bon marché peut ensuite coûter très cher. Les maîtres d’ouvrage doivent souvent sélectionner le projet le moins cher, en application des règles des marchés publics, mais, en définitive, le coût total de l’ouvrage incluant son exploitation peut s’avérer beaucoup plus élevé avec ces choix primaires. Le parlement suisse travaille d’ailleurs en vue de changer ces pratiques au niveau des conditions-cadres des marchés publics, en renforçant la notion du «mieux-disant» (l’offre la plus complète, ndlr).

BG est propriété de ses collaborateurs. Comment cela fonctionne-t-il?
BG est propriété de ses collaborateurs, de ses cadres et de sa direction, la société anonyme dispose d’une organisation très horizontale et d’une autonomie financière. Nous avons plus de 30 partenaires, ce sont des cadres qui sont obligatoirement actionnaires. Les collaborateurs désireux de prendre des actions le peuvent. Ce système est source de motivation et de sentiment d’appartenance. A leur départ, ils doivent les revendre, nous leur garantissons le rachat. Nous ne versons pas de dividende, une part importante du bénéfice se retrouve ainsi dans la valeur du titre, ce sont donc de très bons investissements… Nous vivons un MBO permanent dans le groupe, en quelque sorte, réglant les problèmes de succession.

Votre croissance est assurée avant tout de manière organique. Vous employez 640 personnes, contre 200 il y a moins de dix ans. Quelle serait votre taille critique?
Nous suivons avec attention l’évolution des sociétés, des marchés et de nos clients ainsi que leurs besoins et nous grandissons avec. Nous sommes proactifs en termes de technologies numériques et renforçons notre activité de conseil. Quelques-unes de nos priorités actuelles se trouvent dans les domaines de la mobilité, de la santé ou encore de l’énergie. En ce qui concerne la taille critique, cette notion n’existe pas pour nous. Tout dépendra des clients, des produits et des marchés. Nous cherchons une croissance organique et, dans certains cas, l’acquisition de sociétés pour les compétences que nous n’avons pas et dont nous avons besoin.

«PME Magazine» s’est récemment fait l’écho d’un de vos projets pour les futurs JO de Pékin. Qu’en est-il?
Des équipes du Canada, d’Australie, de France, de Finlande et de Suisse ont en effet été sélectionnées pour le concours d’idées relatif à la planification des sites de compétition de saut à skis, de ski de fond et de biathlon. L’équipe suisse présente un projet dirigé par Generis et constituée notamment d’ingénieurs de BG Ingénieurs Conseils. Le Comité olympique a été séduit par l’idée de «L’Anneau», une construction fonctionnelle en forme d’anneau olympique. Nous attendons les décisions finales!


Bio express 

La direction, les cadres et les collaborateurs qui le souhaitent sont propriétaires de la société. © Stéphanie Liphardt
  • 1962 Naissance à Yverdon-les-Bains.
    1986 Diplôme d’ingénieur à l’EPFL.
    1989 Arrivée dans le groupe BG.
    1997 MBA à HEC Lausanne.
    2000 Devient directeur du secteur Bâtiment et Energie à BG.
    2018 Devient directeur général du groupe.