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Jean-Robert Bellanger a abandonné une carrière confortable dans le marketing digital pour produire son propre amaretto. © F.Nissels

Un grain de sel dans l’amaretto

Jean-Robert Bellanger dépoussière la liqueur traditionnelle chère aux Italiens depuis la Renaissance avec une marque produite artisanalement dans les Pouilles.

C’est une histoire de coup de cœur, qui a frappé celui de Jean-Robert Bellanger et l’a jeté dans l’aventure entrepreneuriale l’an dernier. Ce Neuchâtelois d’adoption, d’origine bretonne et italienne, a lancé sa propre marque, l’amaretto Adriatico, un projet qui le taraude depuis une quinzaine d’années. Il lâche une carrière confortable dans le marketing numérique, «pour repartir de zéro et renouer avec un travail plus proche de la terre, comme celui de mes grands-parents», confie-t-il. Arrivé en Suisse en 2015, l’homme a auparavant travaillé pour de grands groupes (Vivendi, Red Bull en France), puis pour des marques horlogères comme TAG Heuer ou Bucherer.

«Lorsque j’étais enfant, ma mère préparait toujours du tiramisu à l’amaretto, dont nous raffolions avec ma sœur. Les alcools que l’on trouve sur le marché aujourd’hui sont souvent composés d’arômes de synthèse et j’avais envie d’un amaretto plus naturel et moins sucré», explique Jean-Robert Bellanger. Le déclic a lieu grâce à son épouse, née dans la région des Pouilles, dans le sud de l’Italie. Là-bas, il découvre les amandes locales, petites, sèches et très goûteuses. «Le soir, je les faisais rôtir doucement sur la poêle, avec un peu de sel, et j’en mangeais des kilos! J’ai commencé à ramener en Suisse des sacs de 25 kilos d’amandes et mes amis étaient également conquis.»

Jean-Robert Bellanger cofonde donc avec un ami, Thomas Benoit, la société Bellaventura Switzerland, à Neuchâtel. «Nous avons réalisé notre premier embouteillage en août dernier. Lui s’occupe du côté finances et logistique et moi du marketing et de la communication digitale», explique le jeune quadragénaire tiré à quatre épingles. Leur ambition? Faire redécouvrir cette liqueur certes connue depuis la Renaissance, mais revisitée, en ne transigeant pas sur la qualité – la production, basée dans les Pouilles, est entièrement artisanale – tout en maintenant un prix compétitif (moins de 40 francs la bouteille).

Cueillette à la main

«Nos alcools n’ont ni conservateur, ni arôme de synthèse et, surtout, ils contiennent moitié moins de sucre que d’autres amarettos. Les amandes, cueillies à la main, sont longuement torréfiées avant d’être macérées et distillées, puis associées à des notes de vanille en barre, de cannelle, de cacao, de café et surtout d’une pointe de sel de la mer Adriatique provenant directement de la saline Margherita di Savoia. Nous produisons un amaretto brun et un amaretto blanc, moins alcoolisé et plus laiteux. Une version sans alcool est prévue l’an prochain», détaille Jean-Robert Bellanger. Un soin particulier a également été porté à la bouteille, particulièrement élégante. Sa forme est inspirée du château Castel del Monte tandis que l’étiquette dorée fait référence aux trulli, les habitations traditionnelles des Pouilles.

Dans un marché aux ventes plutôt stagnantes, dominé par l’italien Disaronno, Jean-Robert Bellanger estime qu’il a une carte à jouer. Et une place à prendre. Côté distribution, l’entrepreneur privilégie la vente en ligne, notamment par des plateformes comme Drinks.ch, les concept stores (JSBG Store, à Lausanne) ou directement auprès des bars à cocktails où l’amaretto Adriatico ambitionne de rivaliser avec des alcools comme le gin ou le rhum. En quelques mois, plusieurs dizaines de milliers de bouteilles ont déjà trouvé preneur dans une dizaine de pays, en Suisse, en France, en Italie, en Autriche, au Danemark, et depuis peu au Royaume-Uni et à Singapour.

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