Si vous aviez encore des doutes sur les souffrances que la crise du coronavirus fait endurer à des dizaines de milliers de PME, de ce côté-ci de la Sarine en particulier, les cinq témoignages poignants que nous publions dans ce dossier contribueront assurément à les balayer. Parce que des chiffres disent souvent bien plus qu’une longue diatribe, cinq dirigeantes et dirigeants d’entreprise, au bord de l’asphyxie financière, nous ont spontanément ouvert leur livre de comptes. Et là, c’est le choc. En deux secondes et trois coups d’œil, on comprend tout leur désarroi, leur détresse, qui confine parfois au désespoir.

Car, parallèlement à la chute vertigineuse de leur chiffre d’affaires et à l’effondrement de leur trésorerie, c’est leur vie et celle de leurs collaboratrices et collaborateurs qu’ils voyaient se disloquer. Heureusement, le 18 novembre dernier, le Conseil fédéral a répondu à leurs attentes en annonçant un plan d’aide généreux fixé à 1 milliard de francs, contre 400 millions précédemment. Cette enveloppe devrait permettre aux secteurs et aux entreprises les plus touchés par la pandémie de sortir la tête de l’eau et d’entrevoir une lueur d’espoir. «Ce n’est ni un symbole ni un cadeau de Noël, mais une somme réaliste et nécessaire dans la phase actuelle», précisait le conseiller fédéral chargé de l’Economie, Guy Parmelin, lors de la conférence de presse.

Ce milliard mis à la disposition des entreprises en difficulté sera pris en charge à hauteur d’un tiers par les cantons et de deux tiers par la Confédération. Pour prétentre à une aide, une PME devra démontrer une baisse de chiffre d’affaires de plus de 40% par rapport aux années précédentes et prouver qu’elle était viable avant la pandémie. Il appartient maintenant aux cantons de définir les secteurs qu’ils désirent soutenir et sous quelle forme (prêts à fonds perdu, crédits). Si l’action est efficace, il faut désormais que sa mise en place le soit elle aussi. En parcourant les exemples des entreprises citées dans ce dossier, il ne fait aucun doute que bon nombre de PME ne tiendront pas de longues semaines avant de recevoir les montants promis sur leur compte

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«Si je résiste, il faudra dix ans pour me remettre»

Cédric Fiora, 36 ans, patron de l’hôtel familial Crystal, à Lausanne. Neuf employés. -70% de chiffre d’affaires.

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Cédric Fiora, le directeur de l’hôtel familial Crystal, a fait des projections sur les revenus de novembre et décembre: tout juste 10% de ce qui a été réalisé l’an dernier!
© Niels Ackermann/ Lundi13

Lorsqu’il nous reçoit au cinquième étage de son hôtel de 41 chambres, situé à un jet de pierre de la place de la Riponne, à Lausanne, Cédric Fiora fait contre mauvaise fortune bon cœur. Mais très vite, le débit s’accélère et le ton trahit une angoisse teintée de colère que ce trentenaire, marié et père de deux enfants, peine à dissimuler. Un chiffre, souligné en gras sur la feuille de compte qu’il nous tend, explique son état: -70% de chiffre d’affaires! Pour celui qui a repris le 1er janvier 2019 les rênes de l’établissement tenu par ses parents depuis 1979, c’est un coup de massue. «Et heureusement que nous avons eu les Jeux olympiques de la jeunesse en janvier, sinon ce serait encore bien pire», soupire-t-il.

Je ne me verse pas de salaire depuis le mois de mai. Quant à mon épouse, elle ne touche plus rien.

Locataire des murs appartenant au groupe Coop Immobilier, le Valaisan d’origine ploie sous les frais fixes: 650 000 francs. Y compris les salaires et charges de neuf employés (7,6 équivalents plein-temps) et la location annuelle de 240 000 francs.

«Coop a offert une partie d’un loyer (15 000 francs), mais ne veut pas entrer en matière pour un autre rabattement. Personnellement, je ne me verse plus de salaire depuis le mois de mai et mon épouse, qui travaillait à temps partiel, ne touche rien non plus. Malgré les RHT pour les employés, nous sommes en train d’épuiser nos réserves. Nous essayons de préserver le plus longtemps possible le prêt covid de 125 000 francs que nous devrons rembourser et sur lequel il faudra payer un intérêt à partir du 1er mars prochain», détaille le commerçant, confessant craindre pour sa santé.

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«La situation est d’autant plus dure à accepter que nous ne savons pas quand ce calvaire se terminera. Comme entrepreneur, gérer les problèmes fait partie de notre quotidien. Mais là, impossible. Nous ne sommes pas maîtres du jeu», se désole Cédric Fiora, contraint de quémander une réduction de loyer pour son appartement familial, à Epalinges (VD). «La régie m’a gentiment accordé 10%. C’est un beau geste», lâche-t-il, reconnaissant.

Mauvaises nouvelles en cascade

Fermement décidé à se battre contre l’adversité, l’hôtelier doit surmonter les mauvaises nouvelles qui semblent tomber en cascade. «Il y a quelques jours, nous avons fait une projection de chiffre d’affaires pour les mois de novembre et de décembre cumulés: 22 000 francs. C’est tout juste 10% de ce que nous avons réalisé l’année dernière. On ne demande pas l’impossible. Juste que l’Etat vienne à notre secours pour payer les charges qui, contrairement aux recettes, ne diminuent pratiquement pas. Certes, on peut se dire qu’il y a toujours pire, que les hôpitaux sont bondés, que des gens meurent et que des familles sont frappées de plein fouet. Mais tourner en rond en butant sur des questions auxquelles nous n’avons pas de réponse et qui rendent l’avenir si incertain n’est pas drôle non plus», poursuit l’hôtelier, qui a dû se résoudre à supprimer un poste et demi. Un plancher sous lequel il ne peut pas descendre.

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«Si je suis déclaré positif, ou mon épouse, ou si nous sommes contraints les deux de nous mettre en quarantaine d’une heure à l’autre, qui gérera la maison?» Une question de plus parmi tant d’autres…


«Sans mes économies, je serais mort!»

Jean-Marc Ludi, 55 ans, propriétaire de Lutry Voyages, à Lutry et Chailly/Lausanne. Sept employés. -83% de chiffre d’affaires.

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Pour le propriétaire des agences Lutry Voyages, Jean-Marc Ludi, le pire est de n’avoir aucune perspective de reprise dans le secteur du tourisme.
© Niels Ackermann/ Lundi13

S’il y a un secteur qui a accueilli avec enthousiasme la nouvelle de l’arrivée d’un vaccin contre le Covid-19, c’est bien celui du voyage. «C’est vrai qu’on a bien dégusté depuis le 16 mars, si je puis dire. On avait pourtant vécu pas mal de désastres jusque-là. L’épidémie de SRAS, le 11-Septembre, les grèves, le volcan islandais, mais celui-là, même dans les pires cauchemars, on ne l’avait pas imaginé», amorce Jean-Marc Ludi, propriétaire de l’agence de Lutry depuis 2007, de sa succursale de Chailly depuis 2015 et, à ce titre, employeur de sept personnes, cinq équivalents plein-temps.

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«Des gens formidables, fidèles, solidaires, qui se battent à mes côtés pour survivre», martèle le Vaudois avec émotion. Car malgré un prêt covid de 400 000 francs, cet ancien de Swissair et de Danzas-DHL, qui a comblé durant six semaines la perte des 20% de salaire de ses collaboratrices au bénéfice de la RHT avant d’être contraint de lâcher prise, aurait déjà mis la clé sous la porte sans ses propres économies.

A la différence d’autres secteurs, nous n’avons pratiquement pas pu travailler depuis le déconfinement.

«Pendant toutes ces années, j’ai préféré thésauriser plutôt que de me verser des dividendes. Dans mon esprit, je pensais pouvoir en profiter pour lever le pied dans trois ou quatre ans. En réalité, aujourd’hui, ces économies sauvent l’entreprise et servent à mon ménage courant. Comme employé avec une fonction dirigeante et bien que je paie mes cotisations chômage et pertes de gain, je n’ai en effet touché que deux fois 3380 francs depuis le mois de mars. A la différence d’autres secteurs, nous n’avons pratiquement pas pu travailler depuis le déconfinement.»

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La double peine des agences

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 83% de chiffre d’affaires de moins qu’en 2019. «Alors que nous pensions que ça repiquerait un peu à l’automne, tous nos dossiers, certains de 20 000 à 25 000 francs, ont de nouveau été annulés. Entre Pâques et les vacances d’octobre, c’est 30 à 40% de nos recettes qui se sont envolées.»

Mais pas que, poursuit Jean-Marc Ludi, qui parle de double peine. «Nous avons versé environ 100 000 francs d’avance à divers prestataires étrangers. Compagnies aériennes, hôtels, tour-opérateurs, etc. En Thaïlande, aux Philippines, en Afrique du Sud ou ailleurs. Que nous essayons bien de récupérer, mais avec les difficultés que vous pouvez imaginer.»

Conséquence, soucieuse de sa réputation, Lutry Voyages a puisé dans le prêt covid pour rembourser ses clients. «La situation est difficile à gérer. Je ne cache pas que le moral fait un peu le yo-yo. La Confédération et l’Etat de Vaud promettent bien des aides, mais pour l’instant, on ne voit rien venir. A ce rythme, on tient encore six mois. Pas un de plus», prévient le voyagiste, visiblement inquiet. «Le pire, c’est de n’avoir aucune perspective. On ne sait pas quand les gens pourront de nouveau voyager, quand les frontières rouvriront. L’angoisse est permanente.»

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Seul espoir, que tous ceux qui bataillent avec les plateformes de réservations en ligne pour récupérer leur pécule retiennent la leçon. «Quand tout cela sera terminé, les gens retrouveront peut-être le chemin de leur agence de voyages locale.»


«L’alcool serait essentiel, le sport et la santé non?»

Christian Wiedmer, 29 ans, patron du fitness CBM à Martigny. Onze employés à temps partiel, -22% de chiffre d’affaires au premier semestre. -36% de chiffre d’affaires.

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Christian Wiedmer est bien décidé à se battre jusqu’au bout. Il va lancer une «offre canon» pour 2021.
© Niels Ackermann/ Lundi13
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Devenu instructeur de fitness par passion en 2011, cet ancien bûcheron voyait encore la vie en rose en janvier dernier. La cinquième et dernière tranche de paiement de sa Sàrl rachetée en 2016 se profilait, les affaires tournaient rond, l’heure de fonder une famille sonnait. Et puis patatras! Comme pour beaucoup de ses collègues et de PME, ce satané virus a tout bouleversé, l’a contraint à remettre ses projets à des jours meilleurs. Lucide, Christian Wiedmer sait que sans une reprise vigoureuse de ses activités, en décembre, son avenir à la tête du centre de 2500 m2 sera hypothéqué.

«Les trois mois qui viennent seront décisifs. Traditionnellement, ils représentent 60% de notre chiffre d’affaires», confie-t-il. Et ce dernier en a déjà pris un coup à cause du semi-confinement du printemps: -22% au premier semestre. «On a limité la casse en prolongeant les abonnements de nos 700 membres, mais il est clair que si cette fermeture devait être prolongée ou, pire, qu’un troisième lockdown devait intervenir, ce serait le coup de grâce.» En cause, une location mensuelle de 10 000 francs, salle de squash et de badminton comprise (dont la fermeture vient d’être levée, ndlr), que le jeune Octodurien peine désormais à assumer. «Je compte sur la compréhension du propriétaire et sur les aides promises par l’Etat et la Confédération.» Pas gagné.

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Malgré un nombre de désabonnements en hausse par rapport à 2019, le jeune homme, également diplômé en gestion de PME, est bien décidé à se battre jusqu’au bout même si, prudent, il anticipe le pire. «J’ai commencé une formation de courtier en immobilier. Tenir, c’est bien, mais si c’est pour mourir dans six mois, autant s’y préparer.» C’est d’ailleurs cette sombre perspective qui l’incite à ne pas toucher à son prêt covid de 40 000 francs. «Avec autant d’incertitudes, ce serait suicidaire.» En manque de ressources mais pas d’idées, notre homme jure qu’il ne lâchera cependant rien. «Une offre canon à 490 francs pour 2021 est prête, si tant est que nous puissions rouvrir comme prévu.» Calme, ascendant fataliste, Christian Wiedmer change de ton lorsqu’on aborde les raisons pour lesquelles les fitness sont parmi les premières entreprises touchées par les mesures anti-covid.

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«On nous classe dans la catégorie des sociétés de loisirs et de divertissement. C’est scandaleux. On considère l’alcool comme un produit essentiel et on interdit aux gens d’entretenir leur hygiène de vie. Nos autorités savent-elles qu’une grande partie de nos membres viennent dans nos salles pour de la rééducation musculaire, combattre et prévenir le surpoids, le diabète, le cholestérol? Ce n’est pas pour rien que la formation s’intitule apprentissage d’assistant en promotion de l’activité physique et de la santé», tonne le Valaisan. «Les grosses écuries en profiteront. Si cette situation perdure, elles n’auront qu’à ramasser les cadavres et les grabataires au sortir de la crise», conclut-il.


«On se moque de nous. On nous méprise»

Pascale Combettes, 50 ans, copropriétaire de 19th Avenue, à Genève. Quatre salons, 25 employés. -32% de chiffre d’affaires.

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A ce jour, les salons de coiffure de Pascale Combettes nt déjà perdu plus d’un tiers de son chiffre d’affaires mais la société n’a licencié personne.
© Niels Ackermann/ Lundi 13

Dix mille francs. C’est ce qu’ont investi dans les mesures de protection de leurs salons de Thônex, de Carouge, des Eaux-Vives et de l’aéroport Pascale Combettes et son associé, à la suite du déconfinement du mois d’avril. «Vous rentrez dans nos locaux pratiquement comme dans un hôpital. Cinq fauteuils par salon ont été enlevés pour respecter les distances et les bacs de lavage sont séparés par des plexiglas. Tout est désinfecté, stérilisé, nettoyé, contrôlé. Nous avons suivi à la lettre les recommandations des autorités et n’avons jamais eu à déclarer un seul cas de contamination. Pour nous récompenser, voilà que l’Etat nous a imposé de fermer le 1er novembre. Bravo et merci!»

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Dire que la maîtresse des lieux est furax relève de l’euphémisme. A la tête d’un petit empire de la coiffure, Pascale Combettes ne décolère pas. «Ceux qui prétendent que notre activité n’est pas essentielle auraient dû venir voir la ruée que nous avons enregistrée lors de la réouverture, le 28 avril. Ou encore à la fin octobre, veille de la deuxième fermeture, quand les gens nous suppliaient de les prendre. Quand je traverse l’aéroport et que je constate que les fleuristes, le cordonnier, la boutique pour les animaux, la Migros, le magasin de bricolage et ceux des télécoms sont ouverts et pas notre salon, je ne comprends plus. Ou plutôt si. On se moque de nous. On nous méprise. A témoin, la lettre que la section cantonale de la coiffure a envoyée à Mauro Poggia, le 2 novembre, pour protester contre cette fermeture qui n’a pas même pas reçu d’accusé de réception aujourd’hui (le 10 novembre, ndlr). Et puis il y a cet exode des clients vers le canton de Vaud, où les salons sont ouverts. Comme si nous habitions dans deux pays différents. Une humiliation!»

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A ce jour, la société a déjà perdu plus d’un tiers de son chiffre d’affaires mais n’a licencié personne. «Face aux pertes de salaire, de pourboires et d’intéressement au chiffre d’affaires, les gens font le dos rond. Mais jusqu’à quand?» interroge la patronne qui, selon la loi cantonale, doit de surcroît procéder à des augmentations de salaire à partir du 1er novembre.

«Les Fêtes approchent et on navigue à vue. Nous devons honorer des baux de longue durée sans savoir où l’on va», se désespère celle qui a organisé une manifestation devant le palais du gouvernement le 11 novembre dernier, avec l’espoir de pouvoir infléchir les autorités en vue d’une réouverture avant la date prévue du 1er décembre. Un message qui a été entendu: dès le 21 novembre, l’interdiction d’exercer pesant sur les services à la personne, comme les salons de coiffure, a été levée dans le canton de Genève.

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«Reste que nos demandes de RHT ne seraient réceptionnées qu’en décembre, ce qui implique que nous devrons avancer les salaires, comme cela s’est produit pour le mois d’avril», tempête notre interlocutrice, qui craint un rush très stressant pour le personnel à l’approche des Fêtes.


«C’est froid, il n’y a plus de vie»

David Maye, 42 ans, cofondateur des Cinq Sens, à Fontaines (NE). Quarante salariés. -64% de chiffre d’affaires.

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Les activités du cofondateur du traiteur Les Cinq Sens, David Maye, sont fortement liées aux événements culturels, comme le Montreux Jazz Festival, à l’arrêt depuis les mesures sanitaires, tout comme ses 1000 m2 de cuisines.
© Niels Ackermann/ Lundi13
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Lorsque David Maye, le cofondateur du traiteur Cinq Sens, entre dans ses 1000 m2 de cuisines, c’est un silence assourdissant qui l’accueille. Certaines machines n’ont pas tourné depuis mars et les dix véhicules de livraison sont quasi inertes. «On se sent mal en arrivant. C’est froid, il n’y a plus de vie, glisse celui qui a lancé l’affaire avec son frère Sébastien il y a seize ans. D’habitude, une brigade de 25 personnes s’affaire et les appareils font du bruit. «Cette entreprise, c’est notre bébé. Elle est à l’arrêt alors qu’on n’a rien fait de faux.» La gorge se serre. Mais l’homme veut aller de l’avant.

Habituellement traiteur pour le Montreux Jazz Festival, Festi’neuch, les Caves ouvertes de Genève, le Salon des goûts et terroirs à Bulle, le Lunch de Xamax et plus encore, la société n’a, cette année, rien pu faire mijoter pour les manifestations.

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Elle subit également de plein fouet les restrictions liées au covid dans son service traiteur pour les entreprises et les privés. Idem avec son restaurant La Halle des Sens, un concept quasi sans déchets où le client peut choisir les aliments qui seront ensuite cuisinés. Ne restent presque que les crèches, le parascolaire et quelques commandes pour les cantines d’entreprise pour faire vivre 40 salariés.

J’ai craqué à certains moments, comme beaucoup de patrons. Pour tenir, il faut se réinventer.

«Notre chiffre d’affaires a chuté de 60% depuis janvier, observe le patron. Les RHT nous ont permis de garder tout le monde. Les quatre dirigeants n’y ont pas eu droit. Depuis mars, nous payons notre salaire en puisant dans nos réserves. Heureusement, nous avions de bonnes liquidités. Elles étaient destinées à des projets de développement, qui seront reportés.»

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Et puis, il y a les apprentis… «Je suis formateur et expert aux examens de CFC. Nous avons trois apprentis. Ils ne touchent pas de RHT, mais c’était important de continuer à les former. Alors nous avons réorganisé leur travail», souligne David Maye. Solidaires, les cadres s’activent à toutes sortes de tâches.

Des perspectives encore sombres

Mais les perspectives sont encore bien sombres. Pour novembre et décembre, les deux mois d’ordinaire les plus importants de l’année, avec soupers d’entreprise et repas de famille, le traiteur n’a aucune réservation. Le covid s’est invité à table. «D’habitude, c’est une période où les camions livrent et reviennent à 4 heures du matin tous les week-ends. Là, il n’y a rien, souffle-t-il. On s’est mis à cuisiner des bocaux, des crèmes brûlées, des macarons, pour proposer des coffrets alimentaires à offrir; pour qu’on ne nous oublie pas.»

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Reste que le temps est long, surtout pour ces métiers de passion. Les bons éléments sont souvent des hyperactifs, qui se retrouvent bloqués à la maison. «On ne voit pas de date de fin, déplore-t-il. Pour tenir, il faut se réinventer. J’ai craqué à certains moments, comme beaucoup de patrons. Pour se projeter au-delà du covid, nous travaillons sur des projets, tels que des tests sur des emballages plus durables ou un nouvel automate avec des produits frais pour les PME. Nous espérons pouvoir le proposer en 2021.»