Depuis 2017, le programme Alter Start permet aux réfugiés du canton de Vaud de se lancer dans l’entrepreneuriat. Majoritairement originaires d’Afghanistan, de Syrie et d’Erythrée, une vingtaine de personnes d’environ 35 ans participent actuellement à ce projet lancé par la Fondation internationale pour la population et le développement (IFPD). Pour l’association, l’objectif est double: favoriser leur intégration en Suisse et les aider à sortir de l’aide sociale en générant des revenus. Sous la forme d’un incubateur d’entreprises classique, le programme dure entre dix-huit et vingt-quatre mois.

En provenance notamment de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), les futurs entrepreneurs bénéficient d’une aide dans les démarches administratives ainsi que d’un coaching personnalisé et d’un suivi durant toute la phase de création de l’entreprise. «Avec des partenaires comme la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie ou le Bureau cantonal pour l’intégration, nous allons sans cesse les accompagner, démarrer avec eux une étude de faisabilité, puis suivre chaque projet individuellement jusqu’au développement commercial», explique Hélène Bayeux, directrice de l’IFPD.

Au total, une dizaine de petites sociétés se sont créées grâce au suivi d’Alter Start, avec des profils différents. «Nous avons notamment un coach sportif, des traiteurs de cuisine du monde et un commerce de produits africains. Parfois, des réfugiés se lancent dans un business plan et ont la chance de trouver un autre travail dans le même domaine grâce à nos réseaux. Aujourd’hui, une trentaine de personnes ont déjà été soutenues par le programme.» Portrait de deux d’entre elles.

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Les barres énergétiques du Venezuela

Ana Castro vend son granola et ses céréales nutritives essentiellement grâce au bouche-à-oreille. Dans le futur, elle souhaite développer sa marque et ouvrir un espace de vente.

Du Venezuela à la Suisse, Ana Castro n’a pas seulement fait voyager sa famille, mais également sa recette de granola (mélange de graines, de céréales et de miel). Arrivée dans le canton de Vaud en 2016, elle a décidé deux ans plus tard de reprendre à Lausanne l’entreprise vénézuélienne qu’elle gérait auparavant en marge de son activité principale. «Institutrice de formation, je ne maîtrise pas assez le français pour poursuivre ce métier en Suisse. J’ai donc rejoint le programme Alter Start en 2018 grâce aux recommandations d’une association.»

Puisqu’elle n’a pas encore de local en propre, c’est la cuisine de son appartement qui s’est transformée en centre de production de granola. Elle associe des céréales de la région avec du chocolat, des pommes, un mélange à base de bananes chocolatées ou encore de bananes et de canneberges. «J’écoule la majorité du granola à des distributeurs locaux. Au total, j’en vends 20 kilos par mois, à raison de 40 francs le kilo.» Pour se faire connaître, Ana Castro s’appuie essentiellement sur le réseau Alter Start, sur le bouche-à-oreille et sur la page Facebook de sa marque appelée CaraKas.

S’agrandir rapidement

Pour compléter son assortiment, la quinquagénaire s’est aussi lancée dans la vente de barres de céréales nutritives à base de dattes. Excepté les sachets, tous les ingrédients sont suisses. Cette diversification lui assure un certain succès puisque les revenus de cet assortiment représentent plus de la moitié de son chiffre d’affaires. «Je vends directement à des clients privés, près de 40 barres par mois à 3 francs l’unité.» De manière générale, et sans compter le prix du loyer de son appartement et ses heures, Ana Castro enregistre une marge à hauteur de la moitié des prix de son assortiment. «Ce sont des revenus très modestes, mais ils permettent d’envisager un avenir.»

Par la suite, elle et son mari souhaitent créer une entreprise familiale autour de ce projet. Pour ce faire, elle commence les prospections pour acquérir un premier local. «L’objectif est d’avoir un vrai espace de vente avec une unité de production et de recruter du personnel. Je souhaite me consacrer uniquement à la conception du granola ou des barres pour laisser les tâches administratives et la comptabilité à mon mari.» Et pour agrandir son assortiment, la cuisinière envisage déjà de nouvelles recettes avec de l’ananas du Togo.

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Couture et épicerie érythréenne

Bénéficiaire du programme Alter Start, Jemal Kahsay a ouvert un atelier de confection, où il vend par ailleurs des produits de son pays. Son statut de réfugié le pénalise toutefois pour l’importation.

Arrivé en Suisse en 2011, Jemal Kahsay est revenu à sa passion, la couture, qu’il pratiquait en Erythrée.

Dans son commerce à Chavornay (VD), Jemal Kahsay navigue fréquemment entre son atelier de couture et l’espace consacré à la vente de produits alimentaires africains. Arrivé en Suisse en 2011, cet Erythréen a cumulé les formations, notamment dans les domaines du nettoyage et de la réparation de vélos, avant de revenir à sa passion de la couture, qu’il pratiquait déjà dans son pays natal. Pour ce faire, il suit la formation en microentreprise d’Alter Start en 2017 et ouvre sa boutique, Comptoir Asmara, une année plus tard. «Et maintenant, j’y travaille tous les jours, sauf les vendredis, où j’assiste encore à des cours proposés par le programme consacrés à l’élaboration d’un pitch ou l’aide dans les démarches administratives.»

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Un permis B en guise de salut

Avec les créations de robes de soirée ou de costumes destinés à des événements spéciaux, son atelier lui assure presque la totalité de son chiffre d’affaires. Une pièce sur mesure sera devisée en heures de travail (entre 25 et 30 francs de l’heure) tandis que la création d’une robe tournera autour d’une centaine de francs.

«J’ai créé une cinquantaine de pièces pour le carnaval de Moudon en 2019. Et j’ai des demandes d’autres clients qui me demandent de personnaliser des lots de vêtements pour ensuite les revendre dans leurs boutiques.» Seul dans son atelier, et malgré sa passion qui l’anime depuis trente ans, Jemal Kahsay refuse parfois des contrats. «Si je dois rendre plusieurs dizaines de vestes avec un délai d’une semaine, je vais refuser. Autrement, je devrais y passer jour et nuit.» Au total, l’homme de 59 ans compte une trentaine de clients mensuels.

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A côté, son épicerie se spécialise dans les produits de consommation érythréens et éthiopiens, sa clientèle principale. En raison de son statut de réfugié et de son permis F, Jemal Kahsay ne peut pas quitter la Suisse. «Les revenus sont maigres, car je dois me fournir exclusivement en Suisse ou par des intermédiaires basés en Suisse, ce qui réduit fortement mes marges. En effet, il m’est impossible de constater physiquement la marchandise à l’étranger, sous peine de perdre mon statut de réfugié. Il en va de même avec mon atelier de couture, où le tissu est acheté dans la région. La qualité est meilleure, mais la pression sur les marges est forte.»

Marié et père de deux jeunes adultes et de deux adolescents, Jemal Kahsay veut entreprendre les démarches pour obtenir le permis B, notamment afin de faire fleurir son commerce. «D’ici à trois ans, mes enfants seront partis et nous pourrons nous concentrer sur les deux boutiques avec ma femme. Et il est hors de question de s’arrêter à la retraite!»

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