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Début 2018, les marchés boursiers ont vécu des soubresauts importants.  © Serge Dehaes

Comment investir dans sa caisse de pension?

On parle beaucoup d’investissement sur des produits à la mode, mais on oublie souvent que l’on peut aussi investir dans sa caisse de pension. Un placement sûr et à long terme.

Une chose est acquise, le taux d’intérêt minimal LPP demeure à 1% en 2018. Ce taux détermine l’intérêt auquel doivent être rémunérés les avoirs de vieillesse relevant du régime obligatoire de la prévoyance professionnelle. Mais pour la part dite surobligatoire, les caisses de pension peuvent fixer elles-mêmes le taux d’intérêt tant qu’elles fournissent les prestations minimales requises. «Imaginons à présent que cet avoir surobligatoire, qui représenterait la majeure partie de la fortune LPP d’un assuré, ne soit pas rémunéré certaines années. Il faut savoir que lorsqu’elles peinent à obtenir un rendement suffisant, les caisses de pension peuvent momentanément ne créditer aucun intérêt sur la partie surobligatoire des avoirs de vieillesse. Pour pallier ce problème de rémunération des avoirs LPP, le dirigeant peut mettre en place un second plan LPP, complémentaire au plan LPP de base, spécifiquement surobligatoire, dès 84 600 francs de salaire annuel assuré», nous explique Alexandre Genet, Planificateur Financier chez Bordier & Cie.

Ce plan lui offrira la possibilité de choisir une stratégie d’investissement différente de celle de son plan LPP de base. Cependant, la gestion individuelle de la fortune des avoirs LPP n’est possible que sur la part de salaire assuré dépassant 126 900 francs par an. L’assuré devient dans ce cas, s’il le souhaite, pour cette partie excédentaire de son revenu, véritablement acteur de sa prévoyance professionnelle.»

Gestion libre et flexible

Sur la base de conseils avisés d’un gérant de fortune et en fonction de son profil d’investisseur, il peut donc s’orienter vers des classes d’actifs a priori plus rémunératrices. «Cela étant d’autant plus pertinent dans une conjoncture de taux bas comme celle que nous traversons actuellement. Avec deux plans LPP (plan de base et plan complémentaire) dans deux caisses de pension distinctes, l’assuré diversifie et obtient plus de flexibilité dans la planification financière de sa retraite», ajoute l’expert.

Tout en gardant le même profil d’investisseur, il est donc possible pour certains assurés de coordonner leur fortune privée et leur fortune de prévoyance professionnelle pour arriver à une gestion fiscalement plus efficiente. Par exemple en intégrant des titres (actions proposant des dividendes élevés) dans la fortune LPP, il est possible de réaliser une économie fiscale. Les dividendes par exemple, ne sont pas imposés sur le revenu quand ils font partie du deuxième pilier. Le rendement moyen des actifs peut ainsi être sensiblement amélioré, ce qui, à terme, augmentera l’épargne disponible pour financer la retraite.

«Par ailleurs, après une augmentation de salaire ou l’apparition d’un revenu supplémentaire récurrent, le dirigeant de société ou l’indépendant, décideur en matière de LPP, peut mettre en place une couverture de prévoyance professionnelle plus étendue en augmentant ses cotisations d’épargne. Ce choix permet non seulement d’améliorer ses futures prestations retraite, mais aussi ses possibilités de rachat dans le deuxième pilier», confirme notre expert.

Plus que jamais, les avantages d’une gestion libre et flexible de sa prévoyance professionnelle, couplée à une plus grande responsabilité individuelle, semblent donc s’imposer. Pour preuve, le Conseil fédéral a adopté récemment une modification d'ordonnance sur les avoirs de la prévoyance professionnelle. Depuis le 1er octobre 2017, les assurés quittant une institution de prévoyance proposant une gestion individualisée (sur la part de salaire assurée dépassant 126 900 francs par an) ne reçoivent que la valeur effective de l'avoir du deuxième pilier, même s'il en résulte une perte. Le résultat du placement est en fait entièrement crédité à l’assuré.

Avec cette clarification légale du Conseil fédéral, on peut donc s’attendre à ce que des sociétés réorganisent leur prévoyance professionnelle pour proposer des stratégies de gestion LPP individualisées à leurs cadres et dirigeants. Il s’agit bien entendu d’une décision prise à l’initiative de l’employeur pour généralement un collectif d’au moins deux collaborateurs assurés. «En d’autres termes, un salarié à haut revenu ne peut avoir accès à une prévoyance professionnelle individualisée que si son employeur en a décidé ainsi», note Alexandre Genet.

Et le 3e pilier?

Les salariés (et les indépendants) ont aussi la possibilité d’améliorer leur capitalisation retraite et de simultanément réduire leur charge fiscale en investissant dans un (ou plusieurs) troisième pilier lié, appelé également 3a. Il s’agit de prévoyance privée, plafonnée, dans laquelle il n’est pas possible de rattraper un éventuel retard de cotisation en rachetant des années passées non cotisées. «En revanche la plupart des salariés peuvent, en plus d’un classique troisième pilier lié (3a), verser spontanément de l’épargne privée dans leur deuxième pilier. Le rachat LPP consiste à compenser des lacunes de prévoyance professionnelle. Ces lacunes peuvent naître, par exemple, d’une activité lucrative exercée pendant plusieurs années à l’étranger, d’une augmentation de salaire, d’un début de carrière tardif, d’un congé maternité prolongé, d’un changement d’employeur ou encore d’un divorce», affirme le planificateur de Bordier.

Selon ce dernier, il existe une lacune de prévoyance lorsque l’avoir de vieillesse acquis par l’assuré est inférieur au montant qu’il aurait obtenu s’il avait été affilié, conformément au plan de prévoyance en vigueur, dès l’âge de début d’assujettissement aux cotisations pour la vieillesse. L’assuré a également la possibilité d’effectuer des rachats en vue de compenser la réduction des prestations futures de retraite due à l’anticipation de la retraite. En résumé, Alexandre Genet donne les avantages principaux du rachat LPP qui sont la diminution (parfois significative) de la charge fiscale et l’augmentation des prestations de vieillesse. «Dans une certaine mesure, le rachat compense la lacune de prestation due à la tendancielle baisse des taux de conversion observée depuis quelques années.»