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Les banques pourraient rapidement utiliser les services de robots dotés de traits humains comme le célèbre Pepper.  © DR

Mon conseiller financier est un robot

Depuis plusieurs années, le monde de la finance parle d’un futur proche où les robots remplaceront les gestionnaires de fortune. Qu’en est-il en 2018?

Etonnant. Selon un sondage d’EY, plus de 70% des clients fortunés seraient prêts à recourir à des services de robot-conseil en Suisse. Alors que l’on parle de cette vague technologique depuis des années, plusieurs établissements bancaires recourent depuis peu à des méthodes de gestion quasi «robotiques». Patrick Hunger, CEO de Saxo Bank en Suisse, évoque même un changement de paradigme et nous l’explique longuement: «L’industrie financière est bien consciente des changements structurels que les machines intelligentes auront sur l’interaction avec les clients et les services. Compte tenu des modèles d’affaires «centrés sur le gestionnaire de relation» que la plupart des gérants de fortune appliquent encore, le secteur financier continue, hélas, à sacrifier l’innovation au profit du maintien en activité des gestionnaires. Laissez les machines faire le job et libérez-nous de la répétition opérationnelle! Cela s’applique également aux placements financiers».»

Les banques pourraient alors rapidement utiliser les services de robots dotés d’un corps physique et de traits humains, comme le célèbre Pepper. Les hôtels, les grands distributeurs, les hôpitaux, les banques, les centres commerciaux et les aéroports se servent en effet déjà de ces machines construites sur le modèle humain pour attirer la clientèle et interagir avec elle. «En attendant, il faut espérer que l’orientation vers le tout numérique ne fera pas oublier de réfléchir à une question fondamentale et indissociable de l’inexorable avènement des machines: comment faire confiance à un algorithme?» questionne pourtant Patrick Hunger, dont le groupe a lancé en 2017 le robo-advisor SaxoSelect.

En Suisse romande, des établissements ont donc franchi le pas cette année, à l’image de Swissquote et de son robo-advisor. Ce dernier est un gestionnaire d’actifs électronique qui crée pour les clients un portefeuille d’investissement personnalisé et le surveille 24 heures sur 24, en l’optimisant continuellement pour maintenir le niveau de risque que la clientèle est capable de supporter. Concrètement, des algorithmes sophistiqués analysent des milliers de titres et génèrent des suggestions pour un portefeuille idéal.

Une question fondamentale subsiste: comment faire confiance à un algorithme?

Dans d’autres banques de gestion, les robots semblent devoir surtout alléger les journées des gestionnaires humains. «Les robots conseillers peuvent traiter les informations financières et personnelles des clients, mais surtout celles qui portent sur les questions de régulation et qui sont liées au lieu de résidence, une tâche qui occupe aujourd’hui entre 30 et 40% du temps d’un gérant», explique Daniel Corrales, associé de la société de consultants Chappuis Halder & Co., interrogé récemment dans Le Temps.

Changer les mentalités

Et il se trouve que le recours à de tels instruments se révèle encore plus indispensable avec l’introduction, depuis janvier 2018, des exigences MiFID II en matière de suitability, c’est-à-dire de la pertinence de la proposition d’un produit ou d’un service à un client, ainsi que de la transparence à lui fournir. Selon l’expert, «les petites banques dynamiques, en particulier, voient dans les fintechs des partenaires qui peuvent leur permettre de rattraper leur retard ou d’accélérer leurs stratégies. Cette adaptation n’est pas facile à effectuer, car il faut introduire non seulement de nouvelles technologies, mais aussi changer les mentalités en interne pour faire accepter l’innovation. Une autre difficulté consiste en l’intégration de ces robo-advisors dans une architecture informatique vétuste, qui n’a pas forcément été construite dans la même philosophie.»

Patrick Hunger, CEO de Saxo Bank © DR

Il est expliqué alors que de petites sociétés de fintech offrent toute une batterie d’applications qui peuvent être installées sur la configuration existante de banques privées et de sociétés de gestion de fortune, selon les besoins des clients, plutôt que de prendre en charge toute leur administration. Yves Hulmann, expert en la matière sur Allnews.ch, rappelle que rien qu’en Suisse, on dénombre désormais près d’une dizaine de plateformes de ce type qui se déclinent en plusieurs variantes, avec un degré d’automatisation plus ou moins prononcé. Et de citer True Wealth, le premier pur robot conseiller de Suisse opérationnel depuis 2014, mais aussi les plateformes Descartes Finance, Selma, Elvia e-invest ou Scalable Capital.

Des offres numériques dès 500 francs

Du côté financier, il faut préciser qu’à la différence de la gestion de fortune classique qui, souvent, n’est accessible qu’à partir de sommes élevées, certaines offres numériques sont déjà proposées à partir de 500 francs (VZ), 5000 francs (Investomat, Simplewealth, Selma Finance), 8500 francs (TrueWealth), 10 000 francs (Swissquote) ou 20 000 francs (SaxoSelect, Descartes Finance). «Les gestionnaires de fortune en ligne présentent donc deux avantages principaux vis-à-vis des gestionnaires de fortune traditionnels (actifs) avec leurs plus faibles coûts et leur philosophie de placement passif», conclut une étude de Moneyland.ch.

«Les fournisseurs en ligne vont de plus en plus s’imposer à l’avenir, que ce soit auprès des banques ou des prestataires de services indépendants. En raison de la menace d’une cannibalisation de la gestion de fortune habituelle, plus onéreuse, les banques n’ont pour le moment aucun intérêt à proposer des offres en ligne bon marché. De leur côté, le plus grand challenge à court et à moyen terme pour les fournisseurs en ligne consiste alors en l’acquisition de clients, en raison de leur faible visibilité et du manque de contact personnel.»