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Traits d’union entre travail et capital

Les terminologies «macro et microéconomie» ou «économétrie» ont supplanté l’«économie politique» de Charles Gide et Léon Walras dans les cénacles universitaires.

Cette évolution traduit un glissement de l’enseignement et de la recherche vers plus de mathématiques et moins de paramètres qualitatifs, moins d’histoire, moins de politique. Peut-être même une régression vers une vision plus étroite et desséchée de la réalité économique, pourtant si rebelle à la modélisation quantitative.

Une conséquence inattendue est le fossé grandissant entre experts économiques, retranchés dans une forteresse de formules et d’abréviations, et acteurs de cette même économie, du simple citoyen consommateur au chef d’entreprise. Les uns s’exprimant dans un langage impénétrable au commun des mortels, les autres perdant la vue d’ensemble et se repliant, eux, dans leurs périmètres d’influence. Plus préoccupant encore est le constat d’une moins bonne compréhension des mécanismes et des institutions économiques par les citoyens en général.

Mal comprendre les fonctionnements, c’est aussi pour beaucoup être gagné par un sentiment d’exclusion. Les perspectives d’une progression salariale, d’une ascension dans les responsabilités ou encore de la création d’une entreprise peuvent sembler s’éloigner et mener à une forme de résignation. Or de nombreuses entités de notre système économique sont des producteurs d’inclusion et de mécanismes solidaires. Ils méritent d’être mieux mis en lumière. En voici quelques exemples.

Les caisses de pension opèrent une réconciliation substantielle entre travail et capital. Les collaborateurs actifs et retraités des entreprises suisses possèdent actuellement une fortune de 824 milliards, dont 248 milliards en actions. Les institutionnels sont les capitalistes influents de ce siècle, à plus forte raison si l’on ajoute certaines banques centrales comme la Banque nationale suisse, qui contrôle 153 milliards d’actions hors de Suisse.

Les banques cantonales et coopératives sont des contributeurs à l’économie circulaire en ce sens qu’elles lèvent le dépôt et le réinvestissent en grande partie localement sous forme de divers financements. Leurs profits sont répartis entre fiscalité locale et leurs actionnaires publics ou privés régionaux. Les banques cantonales, troisième force bancaire suisse, ont versé 2,1 milliards aux collectivités en 2017. Ces business models, malgré leur grand âge, sont d’une modernité exemplaire tant ils sont autant de serviteurs de l’économie «inclusive».

De moins grande portée que les deux précédents, le management buy-out, le rachat d’une entreprise par ses cadres, est aussi un exemple de plus en plus répandu de l’ouverture du système économique à l’initiative individuelle. Le financement de ce type d’opération est abondant aujourd’hui. Les cadres y trouveront motivation et reconnaissance matérielle de leur rôle clé. La collectivité est aussi gagnante puisque le siège reste en principe au lieu d’origine, alors qu’en cas de vente à des tiers, on le voit fréquemment en Suisse romande, le centre de commandement migre en terres alémaniques ou étrangères.

L’économie aujourd’hui est bien plus solidaire et interconnectée, bien plus simple et transparente que son image un peu dégradée le laisse supposer. Les mécanismes d’inclusion, les passerelles et les phénomènes de redistribution sont nombreux. Il faut en prendre soin et les faire mieux connaître.