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Martin Neff, chef économiste chez Raiffeisen Suisse. © Raiffeisen

2019, pas une année facile pour notre économie

Les perspectives de l’économie suisse sont moins bonnes que l’année dernière. Et ce notamment en raison d’un ralentissement de la conjoncture au niveau international.

A cela s’ajoutent les incertitudes géopolitiques. Le conflit commercial qui couve entre les Etats-Unis et la Chine et les discussions récurrentes sur la stabilité de la zone euro troublent l’horizon de nos exportations. Le franc va de nouveau quelque peu s’apprécier dans cet environnement.

En 2019, l’économie suisse devrait enregistrer une croissance de 1,2%. Cela constitue certes un net recul par rapport à une année 2018 exceptionnelle. Plusieurs facteurs justifient les perspectives mitigées. La croissance mondiale a atteint des sommets aux Etats-Unis et en Chine, alors que l’Europe a connu un rythme plus tranquille. Le conflit commercial entre les deux grands pays reste une épée de Damoclès. Les incertitudes géopolitiques handicapent l’économie, petite mais ouverte, de la Suisse. Le franc suisse est devenu un baromètre du moral dans le monde.

La monnaie, sujet numéro 1 des exportateurs

Le franc est recherché plus intensément depuis mai 2018. Le cours de l’euro avoisinera 1,09 franc sur un horizon à douze mois et celui du dollar US 0,96 franc. Cela ne laissera pas intactes les exportations, dont la croissance réelle n’est estimée qu’à 0,6%. En 2019, la monnaie constituera encore le sujet numéro un pour les exportateurs et le secteur du tourisme. L’évolution des investissements sera également morose. Les rationalisations seront à l’ordre du jour, au détriment de l’extension des capacités.

Du fait du vieillissement de la population et d’une immigration plus faible, la consommation privée réelle n’augmentera que de 0,9%. A noter que l’an dernier, la FIFA avait fait bénéficier la Suisse d’une croissance plus élevée d’environ 0,2 point de pourcentage grâce à la vente des billets pour la Coupe du monde!

La croissance réelle des investissements dans le secteur de la construction devrait atteindre 0,5% en 2019. Les impulsions proviendront de la construction commerciale et du génie civil public. Les investissements vont stagner dans la construction de logements avec des problèmes de capacité dans le secteur du bâtiment et une hausse des logements vacants sur le marché de la location.

L’environnement des taux bas va subsister. On peut douter de l’efficacité des taux d’intérêt négatifs, mais la Banque nationale suisse (BNS) ne resserrera pas la vis des taux d’intérêt avant la Banque centrale européenne. Ceci d’autant plus que le franc a tendance à s’apprécier. En Europe en revanche, il n’y a guère de marge de manœuvre pour une hausse des taux d’intérêt en raison des dettes élevées des Etats. Et aux Etats-Unis, le cycle des taux d’intérêt est très avancé, ce qui présage un aplatissement de la courbe de taux.

Surchauffe de l'immobilier de bureau

En raison de la persistance des taux d’intérêt bas, le marché immobilier suisse continuera à être fortement valorisé. Il n’y a pas de risque de krach des prix des logements car l’élément spéculatif est absent. L’atterrissage en douceur se poursuit.

Pour ce qui est des immeubles de rendement, les risques ont certes augmenté en 2018, avec un nombre de logements vacants plus élevé. Mais les acheteurs sont plutôt des investisseurs professionnels qui peuvent supporter des logements vacants, contrairement aux investisseurs privés. A noter enfin une surchauffe de l’immobilier de bureau dans les grandes villes, où l’on signale un excédent de capacité.