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Le 3e pilier permet de combler d’éventuelles lacunes de prévoyance. © Emmanuel Pierrot

Le pilier 3a n’est désormais plus la panacée pour tous

Très prisé depuis des années, essentiellement pour des raisons fiscales, ce système est aujourd’hui montré du doigt pour son manque de souplesse. Selon les cantons et le niveau de revenu, son rendement s’avère peu intéressant.

A chaque génération son vecteur d’investissement pour sa retraite? C’est une question que l’on peut légitimement se poser à entendre certains spécialistes de la gestion du 3e pilier. Selon Frédéric Papp, expert chez Comparis, les critères actuels pourraient être revisités. «Dans le contexte actuel de taux bas, les versements au pilier 3a sont intéressants pour la réduction fiscale dont bénéficient les épargnants. Cependant, cela n’est pas toujours vrai pour la classe moyenne inférieure. Car d’une manière générale, le rendement fiscal est plus modeste pour ce groupe que pour celui à revenus plus élevés. Au lieu de bloquer l’argent jusqu’à l’âge de la retraite, les épargnants seraient mieux avisés de le placer dans le pilier 3b, accessible librement.» Un avis peu courant qui pourrait remettre en question certaines stratégies individuelles de retraite.

L’expert argumente avec des chiffres: «L’économie d’impôts n’atteint pas 1000 francs dans certains cantons, même en versant le montant maximum de 6826 francs du pilier 3a.» Selon une étude de Comparis, ce rendement s’élève à 17,6% pour les personnes seules et un revenu brut de 47 160 francs. La classe moyenne supérieure, en revanche, obtient en moyenne environ 10% de rendement en plus, à savoir 27,5% avec un revenu brut de 101 052 francs.

Diversités cantonales
Le pilier 3a semble donc un outil plutôt adapté aux classes supérieures ou… aux familles aisées. L’analyse est effectivement la même pour les couples mariés avec deux enfants. Avec un revenu brut de 99 036 francs (couche moyenne inférieure) et le maximum versé au pilier 3a, ce groupe obtient un rendement de 17,6% en moyenne. Les familles de la couche moyenne supérieure, avec un revenu brut de 212 220 francs, ont une rentabilité quasiment deux fois supérieure, soit 34%.

Géographiquement, les différences sont aussi criantes. Dans certains cantons, il peut néanmoins être intéressant pour les familles à revenu plus modeste de verser autant que possible au pilier 3a. Se chiffrant à 1728 francs, le cadeau fiscal est le plus généreux à Neuchâtel et la rentabilité des versements au pilier 3a, de 25,3%, y est la plus élevée. En revanche, une famille y paie aussi davantage d’impôts qu’en moyenne. Dans les cantons où la charge fiscale est plus faible, verser le maximum au pilier 3a doit être une décision bien réfléchie, notamment pour les personnes appartenant à la classe moyenne inférieure.

60 à 70% du dernier salaire, le montant des prestations touchées avec les 1er et 2e piliers.

Jonathan Bernard, conseiller de la société romande de conseils en prévoyance PilierSuisse (Sparta Group), partage ce constat. «Sur un 3e pilier 3b, vous définissez vous-même la durée sur laquelle vous souhaitez épargner. De plus, il est possible à tout moment de retirer le capital sans aucune condition préalable, contrairement à un 3e pilier 3a», confirme-t-il. «Autre spécificité par rapport au 3e pilier 3a, le preneur d’assurance, la personne assurée et le payeur de prime peuvent être des personnes différentes. Enfin, il est exact que les cantons de Genève ou de Fribourg profitent d’une fiscalité avantageuse et que les primes versées sur un 3e pilier 3b sont déductibles de votre revenu imposable à concurrence des plafonds de chaque canton. En dehors de ces deux cantons, il n’existe aucune déduction sur le revenu imposable», ajoute l’expert.

Les avantages du pilier 3b
Dans certains cas, Frédéric Papp conseille ensuite d’épargner via le pilier 3b. «Le pilier 3b n’offre certes pas d’avantage fiscal, mais les épargnants peuvent disposer en tout temps de leur capital. De plus, les versements peuvent être adaptés au budget individuel.» Il faut rappeler ici que les avoirs de pilier 3a peuvent être retirés au plus tôt cinq ans avant l’âge de retraite ordinaire (59 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes). Des exceptions s’appliquent, notamment, pour l’acquisition d’un logement, le début d’une activité indépendante ou le départ définitif de Suisse. En revanche, le retrait est soumis à l’impôt unique sur le capital, dont le montant diffère d’un canton à l’autre.

A la banque Cler, Christophe Brun, responsable de la région Romandie, résume parfaitement la situation. «Le pilier 3a sert à épargner en vue de la retraite et à mettre sa famille à l’abri du besoin. Il constitue par ailleurs un moyen simple d’économiser des impôts: les versements réalisés dans ce cadre peuvent en effet être déduits du revenu imposable. Le pilier 3b, qui poursuit globalement les mêmes objectifs que la prévoyance liée, inclut pour sa part essentiellement les comptes bancaires, les dépôts-titres, les assurances-vie et les biens immobiliers. Toutefois, il présente des avantages fiscaux moindres par rapport au pilier 3a.»

Avant de conclure. «Il faut ajouter que le 3e pilier permet de combler d’éventuelles lacunes de prévoyance et de maintenir ainsi son niveau de vie. En effet, dans la plupart des cas, le montant des prestations touchées dans le cadre des 1er et 2e piliers représente 60 à 70% environ du dernier salaire perçu.»


3e pilier: définitions

3e pilier a: les versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite d’un plafond (en 2019: 6826 francs pour les personnes affiliées à une caisse de pension et 34 128 francs pour les personnes actives non affiliées à une caisse de pension). Cette forme de prévoyance liée signifie que l’avoir n’est disponible qu’à certaines conditions.
3e pilier b: prévoyance individuelle libre (ou «non liée»), le plus souvent dans des produits d’assurance. Le montant n’est pas plafonné mais les avantages fiscaux moindres.