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Des pistes pour éviter que l’AVS n’aille dans le mur

Personne ne peut plus l’ignorer: le vieillissement de la population et l’absence de rendement sur les placements sûrs mettent à mal la prévoyance helvétique.

A l’heure actuelle, les promesses de rentes que l’AVS fait aux futurs retraités dépassent déjà les recettes prévues de 170% du produit intérieur brut suisse. C’est un trou de plus de 1 milliard de francs. Certes, le oui du peuple à la RFFA (réforme fiscale et financement de l’AVS) et le projet AVS 21 – s’il est accepté – vont améliorer la situation, mais au détriment massif des jeunes. En effet, le fardeau de ces assainissements pèse trois fois plus lourd pour un jeune entre 10 et 25 ans que pour une personne qui a 55 ans. Par rapport à un nouveau retraité de 65 ans, c’est cinq fois plus lourd. Et même 15 fois à l’aune d’un aîné de 75 ans. On le voit, ce n’est pas très équitable. Paradoxalement, l’alignement prévu de l’âge de la retraite des femmes sur celui des hommes est la seule réforme qui renforce l’équité intergénérationnelle.

Plus inquiétant encore: la dynamique négative s’accélère. Avec le passage à la retraite des baby-boomers (nés dans les années 1946 à 1970), il y a toujours plus de rentiers AVS pour toujours moins d’actifs qui financent ces pensions. Or, dans le système de l’AVS, ce sont les cotisations versées par la population active qui servent à payer les rentes à la génération plus âgée.

Assouplir l’âge de la retraite

Cet effet est encore accentué par l’allongement de la durée de perception des rentes. «Les personnes qui arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite en Suisse n’auront en moyenne travaillé et versé des cotisations AVS que pendant 1,8 année pour chaque année où elles percevront une rente AVS. En 1948, à la création de l’AVS, ce rapport était encore de 3,4 ans», a calculé Veronica Weisser, ma collègue spécialiste en prévoyance à la Recherche d’UBS.

Aux Pays-Bas ou au Portugal, l’âge de la retraite augmente en fonction de l’espérance de vie.

Or, à peine deux ans de vie active pour une année de rente, cela ne suffit pas! Sauf en acceptant une diminution de la prospérité. Qui devrait passer par une réduction des rentes ou par une baisse du niveau de vie pour les jeunes qui en assument le paiement. On l’imagine: ce n’est vraiment pas acceptable.
Il existe toutefois une alternative: un assouplissement du départ à la retraite avec un relèvement lent et progressif de l’âge de référence. But: que le temps moyen pendant lequel les retraités perçoivent leur rente corresponde à environ 20% de la durée de vie totale. Une telle mesure réduirait de plus de moitié le trou de l’AVS.

Des exemples à l’étranger

A l’étranger, on connaît déjà des modèles intégrant l’espérance de vie différente des divers groupes de professions et de revenus. Ainsi, aux Pays-Bas, l’âge de la retraite est ajusté selon l’espérance de vie. Pour chaque génération, l’âge de référence est défini cinq ans avant le départ à la retraite.

Au Portugal, l’âge de référence augmente également avec l’espérance de vie. Mais il y a aussi une mesure pour favoriser les actifs à faible niveau de formation et/ou aux revenus plus modestes, qui entrent généralement plus tôt sur le marché du travail. Celui qui a plus d’années de cotisation que la norme en vigueur se voit octroyer une baisse de quatre mois de l’âge de référence par année de cotisation supplémentaire. Des exemples dont la Suisse pourrait peut-être s’inspirer.