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Les Chemins de fer du Rigi avaient vu leur cours bondir de 140% ces cinq dernières années. © U.Wyss/swiss-image.ch

Investir dans des titres hors bourse

La crise du Covid-19 affecte le marché des valeurs secondaires, occupé surtout par les entreprises liées au tourisme. La situation crée des opportunités pour les investisseurs.

Début 2020, lors de l’assemblée générale de l’Opéra de Zurich, la scène était occupée comme de coutume par le conseil d’administration, tandis que les actionnaires emplissaient parterre et balcons. L’ordre du jour annonçait pour la fin un apéro dînatoire et une récréation musicale. L’ambiance était excellente, d’autant que l’exercice sous revue s’était très bien passé. Le nombre de visiteurs et les recettes s’avéraient remarquables, comparativement à des scènes concurrentes.

Mais patatras! La crise du coronavirus a mis l’Opéra au chômage forcé. Depuis la mi-mars, toute l’activité est à l’arrêt, les billets déjà achetés seront remboursés, la maison propose des diffusions en streaming en lieu et place des représentations programmées. Dans les résultats 2019-2020, les mesures d’urgence prises par le Conseil fédéral pour limiter les ravages du coronavirus laisseront des traces durables.

300 entreprises en Suisse

Même histoire, mêmes aléas pour de multiples entreprises actives sur le marché d’actions hors bourse – dit aussi over-the-counter (OTC) et, en français, de gré à gré – dont les titres sont négociés plus ou moins régulièrement par les établissements financiers. En Suisse, on a là quelque 300 entreprises, parmi lesquelles nombre de sociétés de remontées mécaniques et autres entreprises axées sur le tourisme, très durement atteintes par les mesures de confinement. Au point que l’indice OTC-X-Liquidity de la Banque cantonale bernoise (BCBE), qui réplique les valeurs les plus liquides, a accusé en mars une perte de 9,8%. Autrement dit, les valeurs secondaires n’ont évolué qu’un peu moins mal que les actions cotées. Ces dernières, mesurées à l’aune de l’indice SPI Extra, qui comprend les small et mid caps helvétiques, ont dégringolé dans le même temps de 11,8%.

«Dans l’ensemble, en temps de crise, les valeurs OTC sont moins volatiles que les small caps cotées en bourse, rappelle Andreas Langenegger, expert en actions non cotées à la BCBE. Il y a plusieurs raisons à cela: la plupart de ces entreprises se concentrent sur leur région, ont une activité ciblée sur la Suisse et disposent en général de comptes solides. Le fait que, cette fois aussi, leur recul a été plus faible tient sans doute aussi à ses actionnaires, des gens qui cherchent à investir à long terme.

N’empêche que, cette fois-ci, ces valeurs n’affichent pas la même stabilité que lors de précédentes perturbations des marchés. «Avec cette crise du Covid-19, les titres OTC ont beaucoup perdu en comparaison avec les crises précédentes. Et les nombreuses actions du secteur touristique en sont les principales victimes», commente Andreas Langenegger. Le fait est que, en mars, les deux indices OTC des remontées mécaniques et du secteur tourisme et loisirs ont respectivement perdu 13,9 et 14,5%. La clôture prématurée de la saison hivernale a affecté celle-ci, déjà rendue difficile par le manque de neige initial.

Erhard Lee, gérant du fonds AMG qui investit également dans les valeurs hors bourse, demeure pourtant optimiste: «Les transactions hors bourse restent très stables», assure-t-il. Bien sûr, il y a aussi des entreprises qui pâtissent de la situation actuelle, surtout celles qui sont actives dans les remontées mécaniques et l’hébergement de montagne. «Mais comme la saison hivernale touchait presque à sa fin, le dommage sera limité, dans la mesure où toutes ces infrastructures pourront rouvrir à l’été», pense-t-il.

Même son de cloche à la BCBE: «Suivant quand et dans quelle mesure les remontées mécaniques pourront reprendre l’exploitation, les pertes ne devraient pas s’avérer trop importantes, puisque l’état d’urgence n’a été proclamé qu’à la fin de l’hiver. De toute manière, la plupart des remontées mécaniques ne reprendront l’exploitation pour la saison estivale que vers fin mai», estime Andreas Langenegger. Il est hasardeux d’évaluer aujourd’hui comment la crise se répercutera sur les entreprises. La durée de la situation d’exception sera déterminante. «Mais les mesures prises par le Conseil fédéral, notamment le chômage technique, devraient soulager les entreprises», pense l’expert de la BCBE.

Weleda, l’une des meilleures valeurs

Il est cependant à craindre que la crise sanitaire n’accable plus durablement le marché des actions hors bourse. Car même si les téléphériques, funiculaires ou petits trains pourront reprendre leur travail avant l’été, les touristes étrangers manqueront à l’appel cette année. Les experts du tourisme s’attendent en effet à ce que les voyages internationaux ne reprennent que l’an prochain, de sorte que les entreprises suisses du secteur devront se contenter du marché intérieur.

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Cela devrait donner du fil à retordre principalement aux compagnies de chemin de fer, qui ont vécu ces dernières années une véritable envolée grâce aux touristes venus de loin. A l’aune de la performance de leur cours ces cinq dernières années, trois des cinq principales valeurs OTC étaient représentées par des actions de remontées mécaniques: les Chemins de fer du Rigi ont réalisé un progrès impressionnant de 140%, ceux du Pilate de plus de 82% et le Chemin de fer du Schilthorn de 68% (voir tableau). «Ces trois-là ont clairement bénéficié des énormes flux de touristes venus d’Asie, mais également des excellentes conditions météorologiques», souligne Andreas Langenegger. Dans un tout autre secteur, Weleda fait également partie des meilleures valeurs. Le producteur de cosmétiques naturels et de médicaments anthroposophiques n’a pas cessé de croître avec profit ces dernières années.

Reste qu’avec l’effondrement général des cours ces dernières semaines, les titres hors bourse ont également souffert. Cela devrait inciter les investisseurs à s’y intéresser, même si bon nombre d’entreprises du segment OTC continueront de pâtir de la crise au cours de l’exercice actuel. «Si leur bilan est solide, les liquidités suffisantes et le modèle d’affaires adéquat, ces entreprises devraient aisément surmonter la crise et, au final, en profiter plus que la moyenne», pense Andreas Langenegger. Enfin, ultime atout de certaines valeurs secondaires échangées hors bourse: les dividendes en nature. Beaucoup d’entreprises, comme l’Opéra de Zurich, remercient les actionnaires de leur fidélité en leur proposant des places gratuites.


Le négoce hors bourse

  • Entreprises. Sur le marché suisse des actions traitées hors bourse figurent une quantité d’entreprises de prestige, comme le fabricant d’instruments d’écriture Caran d’Ache, les hôtels de luxe Suvretta de Saint-Moritz, la SA de la NZZ et nombre de banques régionales. Ces entreprises ont en commun de se concentrer sur le marché suisse et d’être en général plus petites que celles cotées à la bourse suisse.
  • Plateformes. Le négoce de ces actions se fait de gré à gré (over-the-counter).  Ce sont essentiellement trois banques qui permettent un négoce simple de ces valeurs sur leurs plateformes électroniques: la Banque cantonale de Berne (OTC-X), la Banque cantonale de Zurich (eKMU-X) et la banque privée Lienhardt & Partner. Sur leurs sites, ces établissements proposent aux investisseurs une information détaillée sur la disponibilité des titres, leurs cours et les transactions.
  • Liquidité. En investissant sur le marché OTC, il importe de veiller à la liquidité des titres. Selon un initié du secteur, il n’y a une activité permanente de négoce qu’à partir de 150 actions. Pour bien des titres, cela complique l’achat, la vente et la détermination du prix.

 

 

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