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Karine Patron, gérante discrétionnaire à la Banque Bonhôte & Cie. © G.Perret/Lundi 13

«The tech takes all»

Alors que le titre moyen coté en bourse peine à remonter la pente, la réalité est toute différente concernant les valeurs technologiques. Elles ne cessent de battre des records et semblent dopées à la cocaïne vu leur ascension intarissable. 

Le Nasdaq 100 a explosé de 70% depuis le creux de mars, Apple a dépassé les 2 trilliards de market cap, Amazon vaut 130 fois ses bénéfices et Google cote à plus de 1600 dollars, pour ne citer que ces trois mastodontes.

Clairement, le confinement dû à la crise sanitaire a favorisé l’économie digitale en rendant les services des géants de la technologie indispensables à notre quotidien. Il suffit de s’immiscer dans une journée type de la femme active actuelle que je suis pour se rendre compte de leur influence grandissante sur notre consommation.

Une journée type

Ce n’est effectivement pas la lueur des premiers rayons du soleil traversant mes volets qui suffisent à me tirer des bras de Morphée, mais bien les cinq sonneries du réveil programmé sur mon iPhone 11. L’odeur du café émane de la cuisine, où ma tasse m’attend sur la superbe machine à café synchronisée au réveil de mon smartphone. Tout en buvant ce carburant (eco-friendly bien entendu), j’attrape ma tablette et parcours les nouvelles du jour, ainsi que les dernières aventures de mes amis au travers de Facebook et de mon compte LinkedIn. Direction la salle de bain, une douche, une pesée sur ma balance connectée avec ma brosse à dents électrique dans la bouche. Une petite analyse de mon IMC et de ma masse graisseuse via l’application reliée à ma balance pour vérifier que je garde la ligne.

Les mains sur le volant de ma Tesla Model S, le GPS m’indique l’état du trafic, et en route pour une journée de travail. A la pause déjeuner, je profite d’un petit shopping en ligne sur Amazon et AliExpress et règle ces emplettes avec PayPal et Mastercard. Je cherche un restaurant sur Google pour ce week-end, enregistre l’adresse sur Google Maps et partage la localisation via WhatsApp avec mon ami.

Retour à ma place de travail, je parcours les courriels de ma boîte Outlook, et c’est reparti avec les fichiers Excel, les présentations PowerPoint et les séances Zoom. Pendant ce temps, les écrans Bloomberg n’arrêtent pas de s’exciter; nouveaux records de cotation, tweet de @realDonaldTrump, nouvelle perfusion de liquidités de la Fed, guerre commerciale épisode 305, Covid-19…

La journée se termine et c’est l’heure du sport. Mon Apple Watch au poignet, mes AirPods aux oreilles, ma playlist «runningmotivation» sur Spotify enclenchée et me voilà partie pour une heure de course à pied. Arrivée devant ma porte d’entrée, je vois que mes courses ont bien été livrées et un carton Amazon m’attend (probablement ma trottinette électrique). Je passe commande sur Uber Eats et saute sous la douche. On sonne à la porte, le repas est là, il ne reste plus qu’à me diriger vers mon salon pour une séance Netflix. Dernière petite flânerie sur Instagram, une sauvegarde sur le cloud et je suis prête pour une bonne nuit de sommeil.

Habitudes transformées

Après ce récit, vous vous demandez encore comment ces sociétés atteignent de telles valorisations? Certes la pandémie a accéléré leur progression, mais la technologie fait partie intégrante de notre quotidien et cela va continuer! L’innovation constante alimente le besoin en technologie et transforme nos habitudes de consommation et d’interaction.

Les investisseurs à long terme l’ont bien compris et se positionnent plus distinctement dans le secteur. Pour l’heure, faute de croissance dans les valeurs plus cycliques, ils placent leur argent là où cette dernière prédomine. La maxime «The winner takes all» n’a jamais eu autant de sens qu’aujourd’hui.