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Pour Christian Hintermannn, expert bancaire chez KPMG, il ne restera plus que 70 banques privées d’ici trois à cinq ans. © DR

Banques privées: la grande réorganisation

En l’espace de deux ans, des dizaines de petites banques ont été rachetées en Suisse. Une consolidation qui devrait s’accélérer encore avec la crise actuelle.

Près d’un tiers des banques privées suisses auront disparu en 2025, telle est la conclusion de l’étude sectorielle publiée à la fin d’août 2020 par KPMG. Erosion des marges, baisse de la profitabilité, le rapport dresse un bilan sombre pour l’avenir des banques privées. «Nous estimons qu’il ne restera plus que 70 banques privées d’ici trois à cinq ans», précise Christian Hintermann, expert bancaire au sein du cabinet d’audit. En effet, le nombre d’établissements bancaires privés ne cesse de chuter ces dernières années, passant de 163 à 101 en dix ans, soit une diminution de 39% depuis 2010.

Les petites banques menacées

Début juillet 2020, la banque privée neuchâteloise Bonhôte a racheté son homologue zurichois Private Client Partners. Quelques jours plus tard, c’était au tour du groupe financier Oddo BHF de fusionner avec l’historique banque vaudoise Landolt & Cie. La crise sanitaire aurait-elle accéléré les fusions? «La crise sanitaire n’a pas eu d’impact négatif sur le secteur des banques privées, du moins pas jusqu’à présent, répond l’expert financier. Elle devrait même prolonger la survie de certaines banques en raison du report de pourparlers de transactions.» Les analystes de KPMG restent toutefois convaincus d’une nouvelle réduction de 30% du nombre de banques dans les années à venir. La seule inconnue étant: à quelle échéance?

Les petites et moyennes banques se révèlent en effet les plus concernées par les opérations de fusion-acquisition, selon l’étude KPMG réalisée en collaboration avec l’Université de Saint-Gall (HSG). Elles se rachètent le plus souvent entre elles afin de former des établissements de taille moyenne. La raison? «Les petites banques éprouvent plus de difficultés à rester rentables, à cause notamment de la complexification des activités bancaires, explique Luc Thévenoz, professeur de droit et directeur du Centre de droit bancaire et financier à l’Université de Genève. L’environnement dans son ensemble, devenu plus concurrentiel, demande une maîtrise croissante de l’informatique. L’offre s’est développée et les contraintes deviennent plus fortes.»

Quant aux grandes banques, «elles se montrent rarement intéressées par le rachat des plus petites pour une question de culture, ajoute le professeur Luc Thévenoz. Certaines préfèrent une croissance endogène, recruter de nouveaux gestionnaires ou ont simplement déjà suffisamment d’implantations sur le territoire suisse.»

Les conditions de la survie

Pour survivre, les banques privées devront répondre à un certain nombre de conditions. Il faudra d’abord qu’elles renforcent leur capital, le minimum de fonds propres ayant été établi à 9,4 milliards par KPMG. Elles devront également limiter la redistribution de dividendes à leurs actionnaires. «Les banques en bonne santé ont distribué moins de 40% de leurs profits aux actionnaires entre 2015 et 2019, note Christian Hintermann. Durant cette période, 29 banques (un tiers de l’échantillon) n’ont distribué aucuns dividendes, et 54 banques en ont fait autant en 2019.»

Autre clé de la réussite pour les banques: la capacité de proposer des opportunités d’investissement uniques et des rendements sur les actifs des clients au-dessus de la moyenne. «En se basant sur les analyses de l’Université de Saint-Gall, les banques qui ont réalisé des rendements positifs sur les actifs des clients ces cinq dernières années avaient 25% de chances de survie supplémentaires que celles qui ont délivré des rendements négatifs», ajoute l’expert de KPMG. Les clients apprécient les conseils sur des investissements de haute qualité et les banques qui en proposent auront plus de chances de perdurer.

Tandis que les banques privées ont affiché de bonnes performances financières en ce premier semestre 2020, l’impact économique de la pandémie de Covid-19 présage des années pleines de défis. La crise devrait à terme accélérer la sortie des banques les plus faibles, explique l’étude. La pression sur les marchés continuera d’augmenter, les taux d’intérêt demeureront bas et l’accroissement de la numérisation sera plus difficile à gérer pour les petites banques. Pour Christian Hintermann: «L’impact de la crise sur ce secteur ne deviendra visible qu’en 2021.»