Urs Aebischer, 59 ans
Fondateur de Diseo, Zoug

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Avec son écosystème de médias sociaux décentralisés, Urs Aebischer s’attaque à des géants comme Facebook.

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Urs Aebischer, docteur en physique (EPFZ), a débuté dans le secteur des télécoms il y a une vingtaine d’années. Ce fut l’un des pionniers suisses de la numérisation et des technologies disruptives. Avec Diseo, fondé en 2019, il veut désormais briser la suprématie de Facebook, Google et autres géants américains de la tech avec un écosystème de médias sociaux décentralisé basé sur la blockchain, qui connecte des plateformes autonomes en partageant utilisateurs et contenu. Les données des utilisateurs sont découplées des plateformes afin qu’ils contrôlent eux-mêmes leurs datas. Les revenus – actuellement, Facebook empoche à lui seul environ 14 dollars par utilisateur et par mois en Europe occidentale – seront répartis équitablement entre les portefeuilles des utilisateurs. «Un système plus durable et plus juste», selon Urs Aebischer. Diseo collabore actuellement avec une quarantaine de personnes dans le monde. Une plateforme qui va bientôt changer de braquet. Si, d’ici la fin de l’année, elle prévoit d’accueillir 10 000 à 50 000 utilisateurs, d’ici la fin de 2022, elle devrait en avoir 10 à 50 millions! «L’idée a un énorme potentiel, s’enthousiasme le fondateur, nous sommes déterminés à réaliser un internet véritablement démocratique et décentralisé.»


Jan Brzezek, 38 ans
CEO et fondateur de Crypto Finance, Zurich

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Jan Brzezek a vendu la société qu’il a fondée en 2017 pour un montant à neuf chiffres, 250 millions selon les rumeurs.

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«Dès le départ, notre objectif était de créer un pont entre l’ancien et le nouveau monde», explique Jan Brzezek. Il a concrétisé ce pont à la fin du mois de juin avec la vente de Crypto Finance, qu’il a fondée en 2017, à Deutsche Börse. Les deux tiers des actions sont allés au groupe allemand pour un montant à neuf chiffres, 250 millions selon les rumeurs. Jan Brzezek continue à détenir une participation importante et reste responsable de la prochaine phase de développement en tant que CEO.

Avec Crypto Finance, l’ancien banquier d’UBS a constitué un petit groupe financier spécialisé dans les investissements numériques qui compte plus de 65 collaborateurs. Plus de 200 actifs numériques sont émis, négociés et conservés par la fintech pour les investisseurs institutionnels et les professionnels. Les institutions financières peuvent s’amuser avec cette nouvelle classe d’actifs par le biais de Crypto Finance sans avoir besoin de créer leur propre infrastructure. Jan Brzezek et Deutsche Börse ont de nombreux projets avec Crypto Finance. L’objectif est de construire une infrastructure hautement évolutive pour les actifs numériques dans le cadre de la réglementation européenne. Si Jan Brzezek parvient à ses fins, des milliers d’institutions financières et de grands investisseurs feront bientôt partie de ses clients.


Carla Bünger, 41 ans
Cofondatrice et CEO de Kore Technologies, Zoug

L’objectif de Carla Bünger: devenir un fournisseur de premier plan de solutions blockchain globales.

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Carla Bünger propose des solutions basées sur la blockchain pour le stockage, la transaction et la tokenisation des actifs numériques. Deux groupes de l’industrie du luxe sont les nouveaux clients de la start-up zougoise. Kore Technologies leur offre une solution globale pour les certificats numériques des montres, entre autres. Ceux-ci présentent de nombreux avantages. D’une part, il est possible de prouver à tout moment que la montre est authentique. D’autre part, le propriétaire peut stocker le certificat numérique dans le portefeuille de son smartphone. Les collectionneurs de montres, par exemple, peuvent ainsi enregistrer numériquement l’ensemble de leur collection.

«Dans cinq ans, il sera tout à fait normal que les produits de luxe aient un jumeau numérique et de nouvelles places de marché numériques émergeront en conséquence», estime Carla Bünger, qui a travaillé comme responsable des ventes et du marketing pour des entreprises internationales de biens de consommation avant de faire le saut dans l’entrepreneuriat.

Un autre client, par exemple, est un négociant en matières premières qui trade désormais le cuivre et le palladium via des tokens. La réduction des coûts de transaction et la rapidité des transferts sont deux des avantages de cette solution. Kore Technologies emploie dix personnes. La jeune entreprise s’est développée jusqu’à présent sans aucun capital ou investissement extérieur. «Mon objectif est de devenir un fournisseur de premier plan de solutions blockchain globales. Notre priorité est de lancer des produits pertinents qui utilisent des technologies innovantes et ont un impact durable sur la société, explique Carla Bünger. Nous pensons avoir déjà atteint cet objectif avec nos clients cette année, mais notre voyage ne fait que commencer.»


Harry Halpin, 41 ans
CEO de Nym Technologies, Neuchâtel

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Harry Halpin vient d’engager la lanceuse d’alerte Chelsea Manning.

© Lucas Vuitel - ArcInfo

Harry Halpin a eu un choc lorsqu’il a découvert que les gouvernements britannique et américain avaient des dossiers sur lui. Pourtant, le scientifique n’avait commis aucun crime, il avait seulement pris part à des manifestations sur le changement climatique en tant que doctorant. Lorsqu’il travaillait dans la Silicon Valley, il n’a pu que constater à quel point les entreprises parvenaient mal à protéger la vie privée de leurs clients. Pour Harry Halpin, il n’existe qu’un seul moyen de préserver le droit à la vie privée, et c’est la cryptographie.

Alors que jusqu’à présent, seuls les informaticiens pouvaient s’en servir, il souhaite rendre les avantages du cryptage accessibles au commun des mortels. Sa start-up Nym Technologies fournit les outils nécessaires. «J’ai pensé qu’il était temps de rattraper l’avance prise par les Etats en matière de surveillance et de créer des outils pour s’en défendre», explique-t-il. Au cours de l’été, Nym a bouclé un tour de financement de 6 millions de dollars. La start-up avait déjà levé 2,5 millions de dollars en 2019.

Tout récemment, Harry Halpin a fait le buzz. «Nous venons d’engager Chelsea Manning», confie-t-il. L’Américaine est cette lanceuse d’alerte bien connue qui a transmis des centaines de milliers de documents top secret du gouvernement américain à Julian Assange en 2010 et a fini en prison pour cela. Chelsea Manning a déjà trouvé des failles de sécurité chez Nym et devrait aider la start-up à percer.


Mathias Imbach, 38 ans
Group CEO et cofondateur de Sygnum Bank, Zurich/Singapour

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Mathias Imbach et la Sygnum Bank profitent de l’énorme essor des actifs numériques.

© Salvatore Vinci

Les actifs numériques ont connu un énorme essor au cours des deux ou trois dernières années. Les investisseurs institutionnels commencent à s’intéresser de plus en plus à cette nouvelle classe d’actifs. Stimulée par cet intérêt et par l’obtention d’une licence bancaire, la Sygnum Bank s’est développée pour atteindre 140 employés au cours des deux dernières années. La première digital asset bank au monde, qui se concentre sur les cryptocurrencies, les stablecoins et les asset tokens, est basée dans les deux centres financiers de Zurich et de Singapour. Elle a été cofondée par Mathias Imbach. «Nous sommes une entreprise technologique dotée d’une licence bancaire, et non une banque dotée d’un département informatique», déclare l’intéressé, qui décrit l’entrepreneur indien Ratan Tata comme un mentor.

Mathias Imbach ne recherche pas les feux de la rampe, mais préfère bâtir sa réputation avec des innovations. Dernier coup en date, la tokenisation d’un tableau de Picasso. Les parts de l’œuvre Fillette au béret, titrisées par des cryptotokens, ont pu être acquises par plusieurs propriétaires grâce à la blockchain. Avec un investissement minimum de 5000 francs, on pouvait acheter une fraction de l’œuvre. Et ce n’est qu’un début. D’autres œuvres d’art vont suivre, prédit Mathias Imbach. Sygnum a aussi répété l’opération avec des bouteilles de vins rares. Mathias Imbach se voit comme un intermédiaire entre les spécialistes de la blockchain, très innovants, et les investisseurs institutionnels. Le but, pour cet acteur clé du secteur: que la Suisse devienne la première place financière des actifs numériques.


Luzius Meisser, 41 ans
Membre du conseil d’administration de Bitcoin Association Switzerland et de Bitcoin Suisse, Zurich

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Luzius Meisser veut rendre les actions des sociétés suisses négociables via la blockchain.

© Gaetan Bally

Luzius Meisser est un pionnier des cryptos. Avec sa dernière entreprise, Aktionariat, il veut rendre les actions des sociétés suisses négociables via la blockchain. Il s’appuie pour cela sur une base légale qu’il a aidé à façonner en tant qu’expert externe. «Chacun devrait pouvoir être actionnaire d’une entreprise avec laquelle il a un lien personnel», explique Luzius Meisser. En particulier les employés, les clients ou les fournisseurs. «Nous utilisons les innovations du monde des cryptomonnaies pour rendre plus facile le négoce d’actions d’entreprises suisses.» De cette manière, les entreprises et les actionnaires peuvent se connecter directement entre eux sans avoir à recourir à l’aide d’intermédiaires financiers.

En plus de son travail pour Aktionariat, Luzius Meisser est membre du conseil d’administration du courtier en cryptomonnaies Bitcoin Suisse, membre du conseil d’experts de la Blockchain Federation et cofondateur de la Bitcoin Association Switzerland. Avant cela, il était s’était déjà fait remarquer comme investisseur de start-up et cofondateur d’une société de stockage crypté dans le cloud. Il est titulaire d’un diplôme en informatique de l’EPFZ et d’un master en économie de l’Université de Zurich.


Luka Müller, 57 ans
Partner chez MME, Zoug

Digital Shapers 2021 The Decentralisers Luka Müller, MME Legal

L’expert en blockchain, époux de la présentatrice TV Sandra Studer, est aussi consul honoraire des Tonga.

© Nik Hunger

Luka Müller est considéré comme l’un des maîtres d’œuvre de l’essor du canton de Zoug en tant que Crypto Valley. Lorsque des entreprises de blockchain veulent ouvrir une succursale à Zoug, beaucoup contactent d’abord les avocats de MME. Luka Müller a fondé ce cabinet de renommée mondiale avec deux partenaires. Aujourd’hui, il compte parmi ses clients de nombreuses sociétés de cryptomonnaies bien connues. Luka Müller est également spécialiste de la compliance dans les domaines du blanchiment d’argent, de la lutte contre la corruption et de l’entraide judiciaire. Il conseille également les organisations et les entreprises de compliance. Et comme si son travail chez MME ne suffisait pas, il s’intéresse aussi aux technologies, combinant son expertise juridique et technologique avec un impressionnant esprit d’entreprise.

Il a cofondé plusieurs entreprises innovantes autour des applications blockchain et il s’occupe de leurs destins en tant que membre du conseil d’administration. Comme Sygnum Bank, la première digital asset bank de Suisse. Ses clients peuvent investir dans les principaux actifs numériques tels que le bitcoin, l’ethereum et les asset-tokens avec leurs dépôts en francs suisses, dollars, euros et dollars de Singapour. Une autre des start-up de Luka Müller s’appelle KYC Spider. Les outils qu’elle a développés permettent d’accélérer, pour les banques et les fintechs, le processus de compliance lors de l’arrivée de nouveaux clients. Et avec Daura, il a fondé une plateforme numérique de financement et d’investissement. Grâce à la technologie blockchain, le registre des actions est facilement numérisé, et les augmentations de capital sont réalisées rapidement et à moindre coût, quasiment en appuyant sur un bouton.

Afin de poursuivre la success-story de la Crypto Valley, les politiciens doivent être conscients de leur responsabilité. «Il est important qu’en Suisse, nous continuions à procéder avec courage, indépendance et intelligence, en autorisant les innovations numériques et en ne les soumettant pas de manière irréfléchie à une autorisation. Ce qui devait autrefois être réglementé peut désormais être réalisé par des applications numériques. Nous ne devons pas attendre l’UE ou les Etats-Unis. Nous avons pris la bonne voie avec nos adaptations du droit fédéral à la technologie du registre partagé (DLT)», tonne Luka Müller.

Pour l’anecdote, l’expert en blockchain, mari de la présentatrice de télévision Sandra Studer, est également consul honoraire des Tonga. Il a des racines tonganes et est en bons termes avec le roi Tupou VI. Par le biais d’une fondation, il investit dans l’énergie solaire, mais aussi dans des projets agricoles et de développement dans ce pays.


Niklas Nikolajsen, 45 ans
Fondateur et président de Bitcoin Suisse, Zoug

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Sans Niklas Nikolajsen, la Crypto Valley ne serait pas un point névralgique mondial.

© Paolo Dutto

Ce sont les histoires sur le char d’assaut qu’il a récemment acheté ou les deux nouvelles Bentley qui se trouvent dans son garage – même s’il n’a pas de permis de conduire – que les gens aiment raconter sur Niklas Nikolajsen. Mais la success-story que ce Danois d’origine a écrite avec Bitcoin Suisse est bien plus intéressante. Sans lui, la Crypto Valley zougoise ne serait pas le point névralgique de l’industrie mondiale des cryptos, avec ses centaines de start-up. «Nous avons commencé en 2013, alors que personne ne parlait du bitcoin. Cela a été difficile mais aujourd’hui, nous sommes l’un des principaux fournisseurs de services de cryptofinance du secteur», assure Niklas Nikolajsen.

L’an dernier, Bitcoin Suisse a encaissé près de 60 millions de francs grâce à ses services de cryptofinance destinés aux clients privés et institutionnels, tels que le négoce, la garde ou le staking. Autrement dit, trois fois plus qu’en 2019. La demande a été si forte que la société zougoise a dû augmenter le montant minimum d’investissement pour les nouveaux clients à 100 000 francs. Afin d’abaisser à nouveau cette barrière, l’entreprise recrute. Alors que le nombre d’employés était encore de 100 en 2019, il est désormais de 260. Et si Bitcoin Suisse cherche à obtenir une licence bancaire, Niklas Nikolajsen reste un révolutionnaire dans l’âme. «Je suis convaincu que la technologie des cryptos et des blockchains l’emportera et rendra notre système financier plus équitable. Nous n’en sommes qu’au tout début, également avec Bitcoin Suisse.»


Matteo Panzavolta, 45 ans
CEO d’Authena, Zoug

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Matteo Panzavolta veut protéger les marques contre la contrefaçon et les dommages associés à leur réputation.

© Roger Hofstetter

Né en Italie et vivant en Suisse depuis 2009, Matteo Panzavolta a fondé Authena il y a quatre ans. L’objectif de cette start-up technologique est de protéger les produits et les marques contre la contrefaçon, les importations parallèles, le détournement de produits et les dommages associés à leur réputation. Les contrefaçons et le manque de transparence de la traçabilité au sein des chaînes d’approvisionnement constituent un problème fondamental pour de nombreuses industries dans le monde. Un exemple des services d’Authena est un sceau physique et numérique basé sur la technologie blockchain qui garantit l’authenticité des produits, du secteur agrochimique aux bouteilles de vin en passant par les parfums et autres produits de luxe. Toutefois, l’un des principaux domaines de croissance est celui des produits pharmaceutiques, via les emballages de médicaments, qui peuvent être contrôlés à l’aide de la même technologie pour vérifier s’il s’agit du produit original. Matteo Panzavolta, qui a travaillé auparavant pour General Electric et Honeywell, emploie aujourd’hui 22 personnes chez Authena. La start-up de Zoug a déjà remporté plusieurs prix, comme le Luxury Innovation Award 2020.


Marcel Salathé, 45 ans
Épidémiologiste numérique à l’EPFL, Morges, VD

©Nicolas Righetti/Lundi13.ch

Marcel Salathé reste impliqué dans la lutte contre la pandémie en tant que responsable du programme national de recherche «Covid-19».

© Lundi 13

En février, Marcel Salathé en a eu assez. Frustré par les importants problèmes technologiques rencontrés lors de la pandémie, le co-inventeur de l’application SwissCovid a quitté la task force sur le coronavirus du Conseil fédéral. Et a immédiatement fondé une nouvelle organisation, CH++, avec des personnes partageant les mêmes idées que lui. Avec comme objectif de placer la Suisse dans une meilleure position technologique.

Marcel Salathé est un des experts du covid qui comptent en Suisse, et sa voix a été fréquemment entendue dans les médias depuis le début de la pandémie. Ceci dit, le professeur de l’EPFL n’a pas attendu le virus pour faire la une des journaux. Ce biologiste qui possède des connaissances approfondies en programmation est toujours là où on ne l’attend pas. Comme ce projet d’art numérique dans lequel Marcel Salathé, alias Sala, a vendu 800 peintures en ligne (onethousandpaintings.com, 2006).

Son approche non conventionnelle a souvent conduit l’épidémiologiste sur des chemins de traverse qui le placent en fait à l’avant-garde de son domaine. Par exemple, il étudiait déjà la diffusion des données relatives à la santé sur les médias sociaux alors que nombre de ses collègues en étaient encore à considérer les réseaux comme sans intérêt. A l’avenir, ce quadragénaire aimerait se consacrer à d’autres domaines de recherche, en particulier à la nutrition. Mais ce sera pour plus tard. Car en tant que responsable du programme national de recherche «Covid-19», Marcel Salathé va pour l’instant rester impliqué dans la lutte contre la pandémie. Ce programme, doté de 20 millions de francs suisses, va durer cinq ans et s’intéressera à tout ce qui concerne la prévention, le traitement et la lutte contre le Covid-19.