Jens Alder, 64 ans
Président du CA Swiss Steel, Alpiq, administrateur Goldbach Group, Scope Content, Zurich, Olten, Emmen

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Jens Alder a réussi à redresser Alpiq et a ramené la société dans les chiffres noirs.

© Salvatore Vinci
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Composer avec des milliardaires, c’est un job réservé aux vrais professionnels. Mais même pour un manager aussi expérimenté que Jens Alder, le défi a été de taille lorsqu’il a accepté le fauteuil de président de Swiss Steel. Dans l’ordre décroissant de l’actionnariat, on y trouve Martin Haefner, propriétaire d’Amag, Viktor Vekselberg, oligarque russe, et Peter Spuhler, patron de Stadler Rail, tous plusieurs fois milliardaires. Un quatrième, un industriel autrichien, siège également au conseil d’administration. Jens Alder est entré en fonction en 2019 en tant qu’homme de confiance de Martin Haefner. Il s’est ensuite retiré, en raison de turbulences internes, puis s’est représenté une deuxième fois lorsque le siège de président est redevenu vacant. Mais cette fois-ci, il a demandé des garanties d’indépendance. Qu’il assume sans arrière--pensée, ce qui ne plaît pas à tous les grands actionnaires. Bref, on ne s’ennuie pas chez Swiss Steel.

Parallèlement, Jens Alder a réussi à redresser le producteur d’électricité Alpiq, qu’il préside depuis 2015 et qu’il a dirigé par intérim pendant une bonne année, jusqu’en avril 2021, quand le CEO est tombé gravement malade. Après trois années de pertes, il a ramené l’entreprise dans la zone bénéficiaire. Résultat: les actionnaires touchent de nouveau un dividende, pour la première fois depuis 2015. Outre une restructuration radicale du groupe, la nette augmentation des prix de l’électricité a contribué à ce résultat. Jens Alder souhaite transmettre son poste à la fin de l’année à l’Allemand Johannes Teyssen, qui a dirigé le géant de l’électricité E.On.

Depuis près d’une décennie, Jens Alder siège également au conseil d’administration de Goldbach Group, spécialisé dans la publicité et le marketing. Il s’engage également dans Scope Content, une agence qui fournit à ses clients des services de marketing et de communication sur les canaux en ligne. Jens Alder, ingénieur électricien, a été considéré tout au long de sa carrière comme plutôt obstiné, ou, pour être positif, sûr de ses convictions. Il était à la tête de Swisscom de 1999 à 2006 et a démissionné lorsque le Conseil fédéral a brutalement contrecarré sa stratégie d’expansion à l’étranger. Il a ensuite dirigé pendant environ deux ans le groupe de télécommunications danois TDC, où la fin a également été abrupte, avant de se lancer dans une deuxième carrière en tant qu’administrateur professionnel.


Marco Gadola, 58 ans
Président du CA DKSH, WS Audiology, Medartis, vice-président du CA MCH Group, Calida, administrateur Straumann, FC Bâle, Tally Weijl et autres mandats, Zurich, Bâle, Sursee LU, Danemark/Singapour

Bilanz WiW 2022 Profi-VR Marco Gadola ©Kostas Maros/PD

Marco Gadola a participé à l’opération de sauvetage du FC Bâle.

© Kostas Maros/PD

Comme il se considère au moins à moitié Bâlois, sa participation à l’opération de sauvetage du FC Bâle était sans doute une question d’honneur. Marco Gadola, qui ne pouvait déjà pas se plaindre de s’ennuyer, a donc également rejoint le conseil d’administration du club de foot cet été. Le FCB étant un des enfants chéris de la ville rhénane, il se sent «un peu obligé d’être de la partie, si je peux apporter quelque chose», comme il l’a déclaré peu après l’annonce au magazine Bilanz. Il connaissait déjà le nouveau propriétaire, David Degen, et le coadministrateur, Johannes Barth, un banquier qui s’occupe des finances du FCB. De toute façon, il assiste aux matchs depuis son enfance et achète, avec ses deux fils, des abonnements de saison depuis des décennies. Le premier bilan sportif est prometteur: le FCB est actuellement dans la tête du classement.

C’est aussi avec une mission de sauveur qu’il a effectué son retour en 2021, en tant que vice-président, chez l’organisateur de foires MCH, qui a été touché par la pandémie et a renoncé au salon de l’horlogerie Baselworld – dont Marco Gadola avait déjà été administrateur. Idem pour son entrée dans la chaîne de mode féminine Tally Weijl. En 2020, il a acquis une petite part du capital et est entré au conseil d’administration. Le propriétaire, Beat Grüring, travaille à une réorientation de la marque, qui s’est étiolée depuis des années. Marco Gadola et Beat Grüring se connaissent personnellement. Marco Gadola occupe encore le poste de vice--président du groupe de lingerie Calida, mais il veut se retirer après la restructuration qui a été effectuée. Il est aussi actif dans deux petites entreprises.

Bref, de quoi se changer les idées quand il ne s’occupe pas de ses principaux mandats: le conseil d’administration du groupe dentaire Straumann, dont il a longtemps été le CEO, et la présidence de l’entreprise d’implants Medartis, également dominée par Thomas Straumann. Toujours en tant que président, Marco Gadola dirige depuis près de deux ans le groupe DSKH, qui réalise un chiffre d’affaires de 11 milliards de francs et qui a depuis fortement progressé en bourse, ainsi que, c’est moins connu, le fabricant d’appareils auditifs WS Audiology, né de la fusion d’un fabricant danois et d’un fabricant allemand, ancienne filiale de Siemens, sous la houlette de la société de private equity EQT. Marco Gadola conseille d’ailleurs EQT depuis 2019.


Calvin Grieder, 66 ans
Président du CA Givaudan, SGS, Bühler Group et autres mandats, Vernier, Genève, Uzwil SG

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Calvin Grieder fait partie des administrateurs professionnels les plus réputés de Suisse.

© Ennio Leanza

Calvin Grieder fait partie des administrateurs professionnels suisses les plus réputés. D’une part, il préside deux groupes du SMI, le fabricant de parfums Givaudan et le spécialiste de la sécurité SGS. Seul Albert Baehny, le double président de Lonza et de Geberit, joue actuellement dans cette ligue. Mais, en outre, Calvin Grieder préside également l’icône industrielle Bühler, qu’il a dirigée auparavant pendant une décennie et demie en tant que CEO et qu’il a transformée, la faisant passer d’une phase de stagnation et de désorientation stratégique à une machine à fabriquer de la croissance. Au sein du groupe Bühler, encore entièrement aux mains de la famille fondatrice, Calvin Grieder, ingénieur, formé au management à Harvard, est considéré comme le véritable centre du pouvoir, le modernisateur de ce constructeur de machines, qui était au top techniquement mais en retard en ce qui concernait la prospection des marchés.

Givaudan, qu’il préside depuis environ cinq ans, a encore une fois vu le cours de son action grimper. Il pousse le fabricant de parfums vers de nouveaux objectifs à moyen terme avec des ambitions de croissance, déjà forte, au-dessus de la moyenne de la branche. Et chez le groupe de surveillance SGS, où il dirige le conseil d’administration depuis le printemps 2020 après une phase d’échauffement d’un an en tant que simple administrateur, le discours est tout à fait similaire: on «appuie sur l’accélérateur» et on vise une «poussée de croissance» qui doit notamment être alimentée par des «acquisitions ciblées». Bref, la même stratégie que Calvin Grieder déploie avec succès depuis de nombreuses années chez Bühler et dans ses autres mandats. En conséquence, l’action SGS s’envole depuis le printemps 2020.

En plus de tout cela, Calvin Grieder préside la société de conseil AWK ainsi que Benlink, une filiale de Bühler, fournisseur de services pour les grands sites industriels, essentiellement dans la production alimentaire. Calvin Grieder est sans doute le plus discret des administrateurs professionnels suisses, ce qui est d’autant plus étonnant qu’il est le frère du flamboyant patron de Hugo Boss, Daniel Grieder. Originaires de Schaffhouse, les deux hommes ont suivi deux carrières couronnées de succès mais complètement différentes.


Albert Baehny, 69 ans
Président du CA Geberit, Lonza, vice-président du CA Investis, Rapperswil-Jona, Bâle

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Depuis qu’il est président de Lonza, le discret -Albert Baehny est mieux connu du grand public.

L’un des présidents qui rencontrent le plus de succès en Suisse est aussi l’un des plus discrets. Albert Baehny, biologiste de formation, n’est devenu un nom connu du grand public qu’après avoir accepté, en 2018, le mandat de président du groupe pharmaceutique Lonza, qui produit en Suisse la substance active du vaccin Moderna contre le Covid-19. Les discussions politiques et de société autour de cette pandémie et la manière de la combattre, dans lesquelles Albert Baehny a inévitablement été impliqué, l’ont amené à s’exprimer plus souvent dans les médias. Y compris au sujet d’une proposition faite à la Confédération d’investir dans une ligne de production de vaccins anti--covid. Toutes les polémiques qui ont suivi, orchestrées avant tout par le Département de la santé à Berne, ont visiblement perturbé Albert Baehny. Il a toujours évité les jeux politiques et passe pour un patron certes exigeant, mais pour qui une bonne ambiance de travail et des relations correctes sont primordiales. C’est aussi grâce à cette approche que Geberit et Lonza ne cessent d’établir de nouveaux records, tant sur le plan commercial qu’en bourse.


Rolf Dörig, 64 ans
Président du CA Swiss Life, administrateur Emil Frey Holding, conseil de surveillance Danzer Holding, administrateur ZSC Lions, président ASA, autres mandats, Zurich

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Rolf Dörig est pressenti pour être le successeur de Walter Frey.

© Sebastian Magnani

Rolf Dörig est un phénomène. Longtemps considéré comme le plus «suisse» des top managers suisses de la place financière, capable d’être actif aussi bien dans le secteur bancaire que dans celui des assurances, sans oublier comme il se doit, un rôle d’éminence grise du PLR, il a depuis évolué en direction de l’UDC et s’active désormais dans l’entourage de Walter Frey, membre du parti. Rolf Dörig siège ainsi au conseil d’administration du club de hockey sur glace ZSC Lions, où Walter Frey et Peter Spuhler sont des mécènes actifs et où Walter Frey a en outre installé son fils Lorenz. Mais surtout, Rolf Dörig officie au sein de l’entreprise qui coiffe l’empire Frey, l’Emil Frey Holding. Et comme Walter Frey, en pleine forme, atteindra quand même ses 80 ans en 2023, de nombreux observateurs parient que Rolf Dörig lui succédera en tant que président du conseil d’administration de la holding.


Ivo Furrer, 64 ans
Administrateur Banque Julius Bär, Helvetia, Fundamenta, Inventx, comité directeur Digital Switzerland, Zurich, Saint-Gall

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Ivo Furrer est connu pour faire bouger les lignes dans les entreprises.

© Gaetan Bally

Lorsqu’il était encore directeur suisse de Swiss Life, il transportait de réunion en réunion un porte-documents portant l’inscription «rock your business». Et il était effectivement considéré comme l’un des rares «movers et shakers» de cet assureur vie plutôt plan-plan. Depuis, il est resté fidèle à sa devise. Jusqu’en juillet, il a dirigé le comité exécutif de l’initiative Digital Switzerland, qu’il a ensuite transmis à l’ancien topshot de Tesla, Sascha Zahnd. Ivo Furrer continue toutefois à s’engager dans le comité directeur. Il siège également au conseil d’administration de la banque Julius Bär, du groupe d’assurances Helvetia, du prestataire IT pour les entreprises financières Inventx, ainsi que de la société d’investissement immobilier cotée en bourse Fundamenta. La carrière d’Ivo Furrer a débuté à la Winterthur, qui a ensuite été absorbée par Axa, et s’est poursuivie au Credit Suisse et à la Zurich, avant de faire bouger pendant dix ans la division suisse de Swiss Life.


Beat Hess, 72 ans
Président du CA Holcim, Zoug

Bilanz WiW 2022 Profi-VR Beat Hess©Thomas Meier/Blick

Beat Hess a derrière lui une longue carrière d’administrateur.

© Thomas Meier

A 72 ans, il est devenu une sorte de figure tutélaire des administrateurs professionnels suisses. Il lui reste encore une année à passer à la présidence de Holcim. Le plus grand cimentier du monde est de nouveau en pleine transformation: il veut devenir plus vert (et même climatiquement neutre d’ici à 2050), son activité principale traditionnelle doit perdre de l’importance et d’autres doivent se développer. Ce juriste siège au conseil d’administration de Holcim depuis 2010, en tant que président depuis 2016. En 2023, ce sera définitivement terminé. Le CEO, Jan Jenisch, devrait alors lui succéder et poursuivre sur cette voie. C’est un effacement progressif qu’opère Beat Hess. Qui peut se targuer d’une longue carrière en tant qu’administrateur professionnel. Jusqu’à cette année, il était vice-président du fabricant d’appareils auditifs Sonova, puis la limité d’âge a frappé. Quelques mois plus tôt, il avait démissionné de son mandat chez Nestlé, après avoir atteint la durée maximale de douze ans au conseil d’administration. Pendant les années de crise, au tournant du millénaire, il a été General Counsel chez ABB et a contribué à ce que le groupe industriel existe encore aujourd’hui. Il a ensuite siégé à la direction du groupe Shell.


Franz Julen, 63 ans
Président du CA Valora, Zermatter Bergbahnen, conseil consultatif Aldi Süd, administrateur VFS Global, autres mandats, Zermatt, Muttenz BL, Mülheim/Mai, Dubaï

Bilanz WiW 2022 Profi-VR Franz Julen ©Aargauer Zeitung

Franz Julen doit remettre Valora sur les rails.

© Sandra Ardizzone

Fin novembre, Franz Julen avait de quoi se réjouir. Il a réalisé son rêve. En automne 2023, la Coupe du monde de ski reviendra au pied du Cervin après soixante-sept ans d’absence. Franz Julen, qui préside les Zermatter Bergbahnen, dirigera également le comité d’organisation de la course. Elle se déroulera sur deux week-ends, fin octobre, au pied du glacier, et comblera le vide dans le calendrier de la Coupe du monde entre les courses de Sölden et de Lake Lewis. Il a également du travail en tant que président de Valora, groupe qu’il doit remettre sur les rails après la crise du covid. Une partie des réductions de coûts a été faite. Franz Julen siège également au conseil consultatif du discounter Aldi Süd. Par ailleurs, il représente un des actionnaires, la fondation Kuoni et Hugentobler, au conseil d’administration de VFS Global, le plus grand prestataire de services de visa du monde, dont le siège est à Dubaï. La société de private equity EQT vient d’ailleurs de vendre ses parts dans l’entreprise à sa consœur Blackstone. «Pour moi, cela n’a rien changé en tant que membre du CA», assure Franz Julen.


Barbara Kux, 67 ans
Vice-présidente du CA Firmenich, membre du conseil de surveillance Henkel, Grosvenor Group, autres mandats, Zurich, Genève, Düsseldorf

Bilanz WiW 2022 Profi-VR Barbara Kux ©PD

ENGIE Barbara KUX

© DEROUBAIX

Barbara Kux s’est intéressée à la durabilité depuis longtemps dans son travail. Son curriculum vitæ liste tant de postes impressionnants qu’ils auraient suffi pour trois carrières au sommet. Après avoir débuté comme consultante chez McKinsey, elle est passée chez ABB, est devenue directrice générale pour l’Europe de l’Est chez Nestlé, est allée chez Ford et a rejoint en 2003 la direction du géant néerlandais de l’électronique Philips. Pour cette «dure à cuire», un poste de Chief Procurement Officer, c’est-à-dire de directrice des achats, a été spécialement créé. Après cinq années, elle change d’entreprise pour devenir la première femme à parvenir au dernier étage du groupe industriel allemand Siemens, pourtant très conservateur. Là aussi, on a inventé un poste à sa mesure: Chief Supply Chain Management and Sustainability Officer. Après cinq ans également, elle a entamé sa deuxième carrière d’administratrice professionnelle, qui l’a menée chez le géant de l’énergie Total et dans la holding du multi--entrepreneur Albert Frère (Adidas). Elle reste aujourd’hui active chez le géant des parfums Firmenich et le groupe de biens de consommation Henkel.


Andreas Schmid, 64 ans
Président du CA de l’aéroport de Zurich, Helvetica Capital, Nüssli, administrateur de Gategroup, Steiner, autres mandats, Opfikon, Zurich

Bilanz WiW 2022 Profi-VR Andreas Schmid©Anna Tia Buss

Andreas Schmid est président de l’aéroport de Zurich depuis vingt ans.

© Anna-Tia Buss

Il est l’image même, quasiment l’inventeur de ce métier d’administrateur professionnel. A 44 ans, il était déjà président de l’aéroport zurichois, qui s’appelait encore Unique, et du géant du chocolat Barry Callebaut. Andreas Schmid a grandi dans l’entourage de l’entrepreneur Klaus J. Jacobs, dont l’empire comprenait Barry Callebaut. Il aime conserver ses nombreux mandats pendant des années. Il préside d’ailleurs encore aujourd’hui l’aéroport de Zurich. Cela dit, il s’est quand même un peu calmé. Il a abandonné il y a quelques années déjà son mandat dans le groupe de luxe Oettinger Davidoff, l’année dernière, il a retiré volontairement sa candidature à la présidence du boulanger industriel Aryzta, et il a pris congé de l’agence de publicité Wirz il y a quelques mois. En revanche, il est entré il y a deux ans chez le constructeur de structures pour les foires Nüssli. Ce juriste de formation est considéré comme un stratège rapide et rusé, et il réfléchit depuis longtemps au moment optimal pour quitter l’aéroport, qu’il avait fait entrer en bourse en 2000.