Vas Narasimhan, 45 ans
CEO Novartis, Bâle

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Avec 12,7 millions de francs l’an dernier, Vas Narasimhan gagne presque deux fois plus qu’à son arrivée.

© TOM STOCKILL
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Pendant plus de vingt ans, Novartis a détenu environ un tiers des actions de Roche. Et on s’est sans cesse demandé ce que le groupe pharmaceutique comptait en faire. Le patron de Novartis, Vas Narasimhan, a mis fin aux spéculations en revendant cette part à son concurrent bâlois: 53,3 millions d’actions Roche au porteur au prix de 356,93 francs pièce. Ce qui a permis à Novartis d’encaisser quelque 19 milliards de francs, alors que le paquet avait été acquis entre 2001 et 2003 pour quelque 5 milliards de dollars.

Le résultat de cette revente permet au CEO de Novartis d’envisager l’acquisition d’entreprises innovantes de la biotech, comme il l’a déjà fait depuis son arrivée. Le dernier achat remonte à 2019. Novartis avait alors acquis pour près de 10 milliards de dollars The Medicines Company et son médicament contre le cholestérol, Leqvio, une substance active siRNA d’un type nouveau dont l’entreprise bâloise espère réaliser des ventes qui se comptent en milliards. Cet argent frais permet aussi des investissements dans l’activité de base: le développement de médicaments innovants sur lesquels Novartis entend se concentrer. Peu auparavant, Vas Narasimhan avait annoncé vouloir soumettre à une vérification stratégique l’activité Sandoz dans les génériques. Selon lui, toutes les options étaient ouvertes, entre maintien de la division au sein du groupe et dissociation, soit par le biais d’une vente, soit par une entrée en bourse.

La décision devrait tomber d’ici à 2022. Vas Narasimhan signerait ainsi la fin d’une partie de l’histoire de Novartis, puisque le groupe est né il y a vingt-cinq ans de la fusion des deux pharmas bâloises Ciba-Geigy et Sandoz. La pression est lourde sur l’Américain d’origine indienne, car bien des brevets importants arrivent prochainement à échéance et il a peu de renfort à attendre de son propre département de recherche. Voilà quelques années déjà que le cours de l’action connaît des hauts mais aussi des bas. Côté salaire, toutefois, il a atteint un sommet: avec 12,7 millions de francs l’an dernier, il gagne presque deux fois plus qu’à son arrivée.


Pierre-Alain Ruffieux, 51 ans
CEO Lonza, Bâle

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Le groupe de Pierre-Alain Ruffieux produit à Viège la substance active pour le vaccin Moderna contre le Covid-19.

© Paolo Dutto

A la tête de Lonza, Pierre-Alain Ruffieux est en quelque sorte le «Monsieur Vaccination» de la Suisse. Le groupe chimique bâlois produit à Viège (VS) la substance active du vaccin Moderna contre le Covid-19, de loin le plus utilisé en Suisse. En 2021, la Confédération en a commandé 13,5 millions de doses et au moins 7 millions de plus pour l’an prochain. Pierre-Alain Ruffieux gouverne depuis novembre 2020, en tant que CEO, le groupe Lonza, un des plus grands producteurs à la commande de substances pharmaceutiques du monde.

L’entreprise développe des processus de production complexes aussi bien pour la Big Pharma que pour de modestes biotechs et fait évoluer ces dernières vers la production de masse. Lonza se concentre également sur des médicaments innovants et agrandit à Viège, mais aussi en Chine et aux Etats-Unis, ses capacités de production. Président de Lonza et prédécesseur de Pierre-Alain Ruffieux au poste de CEO, Albert Baehny a fait progresser le groupe ces dernières années et lui a assigné des objectifs de chiffre d’affaires et de marges. L’action a décollé. L’actuel CEO doit désormais faire la preuve que les investissements élevés consentis permettent à Lonza d’assurer des capacités de fabrication supplémentaires et une croissance continue.

Pierre-Alain Ruffieux n’avait pas, à ce jour, d’expérience de CEO. Mais ce père de trois enfants apprend vite. Diplômé en chimie et en biotechnologie de l’EPFL, il a été cinq ans responsable de l’ensemble des opérations techniques de la division pharma de Roche. Précédemment, il avait assumé pendant douze ans diverses tâches d’encadrement et a travaillé quatre ans pour Serono. Sur le plan privé, Pierre-Alain Ruffieux habite Bâle depuis vingt ans. Son hobby? «Définitivement ma famille. Nous passons beaucoup de temps ensemble», dit-il. En randonnée, à skis ou à mountain bike. Et pour se rendre au bureau, il préfère le tram.


Severin Schwan, 54 ans
CEO Roche, Bâle

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L’activité pharma du groupe géré par Severin Schwan est sévèrement attaquée par les médicaments biosimilaires.

© Lukas Ilgner

Severin Schwan s’est séparé d’un actionnaire de référence encombrant: pour quelque 19 milliards de francs, Roche a repris les 33% d’actions au porteur que détenait depuis une vingtaine d’années son concurrent Novartis, avec l’intention de détruire ces actions après le rachat. Les héritiers de la famille fondatrice de Roche renforcent ainsi leur influence: au total, le pool des familles Hoffmann et Oeri contrôle désormais 67% des droits de vote.

Severin Schwan est le CEO de Roche depuis 2008. Le premier semestre 2021 aura été cahotique. La raison? L’activité pharma, naguère moteur de la croissance, est sévèrement attaquée par les médicaments biosimilaires. Depuis que les brevets des importants médicaments anticancéreux Avastin, Mabthera/Rituxan et Herceptin sont arrivés à échéance, la concurrence a capté une bonne partie du chiffre d’affaires de Roche à l’aide de génériques d’origine biotechnologique. Depuis 2012, Roche a certes lancé 15 nouveautés, tel l’Ocrevus contre la sclérose multiple, mais la société peine à égaler les performances de ses précédents blockbusters. En outre, la pandémie a affecté la marche des affaires.

Cela dit, depuis l’automne et l’assouplissement apporté au semi-confinement, les ventes reprennent bien et ça devrait continuer au dernier trimestre. C’est surtout la division diagnostics qui a le vent en poupe, profitant notamment de la demande de tests covid. Juriste, Severin Schwan est aussi sollicité comme administrateur chez Credit Suisse, dont il est même depuis 2017 vice-président et Lead Independant Director. Les derniers scandales qui ont affecté la banque le mettent sous pression: membre du comité des risques, il se voit reprocher des lacunes dans la gestion des risques. On le dit très en colère. Pour le reste, ce père de trois enfants qui habite Riehen (BS) est le calme incarné. Autrichien de naissance, muni du passeport suisse, il passe pour un manager réfléchi. Côté salaire, il distancie tout le monde: 14,2 millions en 2020.


Christoph Brönnimann, 55 ans
CEO Medartis, Bâle

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Avec Christoph Brönnimann, le titre de Medartis a explosé.

L’ancien manager de Roche et de Synthes est depuis septembre 2019 le patron opérationnel de l’entreprise spécialisée dans les implants osseux. Sous son égide, Medartis a explosé en bourse, réussissant à augmenter son cours de quelque 130%. Le CEO participe donc de manière décisive à l’essor de cette entreprise fondée en 1997 et qui compte désormais 650 collaborateurs dans le monde. C’est surtout dans le domaine des implants bucco-maxillaires ainsi que dans celui des extrémités supérieures et inférieures que Medartis a acquis une forte position sur le marché. Christoph Brönnimann est un vrai professionnel du secteur, puisqu’il a fait l’essentiel de sa carrière de dirigeant international dans les technologies médicales. Il est arrivé chez Synthes en 2005 et y a dirigé l’intégration planétaire de Stratec et de Mathys. Il avait commencé sa carrière en 1996 chez Roche, dans le marketing et la gestion de produit aux Etats-Unis. Il est diplômé de chimie à l’EPFZ et a complété sa formation par un programme de management à la Harvard Business School.


Martine Clozel, 65 ans
Cheffe de la recherche Idorsia, Allschwil BL

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Martine Clozel: les préparatifs du lancement des premiers produits d’Idorsia sont en cours, dont le somnifère Daridorexant.

© SEBASTIEN BOZON

Quatre ans après avoir détaché Idorsia d’Actelion, le couple de médecins Martine et Jean-Paul Clozel – elle, cheffe de la recherche, lui, CEO – est proche du but, soit «mettre sur pied une entreprise biopharmaceutique totalement intégrée». Les préparatifs du lancement des premiers produits Idorsia sont en cours. Pour le plus prometteur des candidats dans le pipeline, le somnifère Daridorexant, les autorisations américaine et européenne sont attendues pour début 2022, puis le lancement sur le marché états-unien devrait suivre au deuxième trimestre. Au Japon, l’autorisation du Clazosentan, qui réduit les vasospasmes en cas d’hémorragie cérébrale, est imminente. Idorsia est une machine à développer des produits qui travaille sur pas moins de 11 substances. La cheffe de la recherche est, selon les mots de l’ex-ministre de l’économie Johann Schneider-Ammann, «une perfectionniste, la conscience scientifique de l’entreprise». Les besoins en capitaux sont énormes: en juillet, Idorsia s’est procuré 600 millions à l’aide d’un emprunt convertible. Les Clozel attendent des chiffres noirs au plus tôt en 2025.


Vincent Forster, 37 ans
CEO Versantis, Zurich

Bilanz WiW 01/22 Pharma Vincent Forster Versantis ©PD

Vincent Forster a étudié la biomédecine à Lausanne et à San Francisco.

© RETO CORTESI PHOTOGRAPHY

Le foie est un organe vital. S’il flanche, les substances toxiques s’accumulent rapidement dans le corps et c’est un danger mortel pour les patients. Le nombre de transplantations ne cesse d’augmenter en Suisse, de même que celui des patients sur liste d’attente. «Or la moitié de ces patients décèdent alors qu’ils sont en liste d’attente», explique Vincent Forster, CEO et cofondateur de Versantis. Cette start-up biotech, spin-off de l’EPFZ, a développé le VS-01, un médicament capable d’éliminer les toxiques accumulés dans le sang. Les maladies aiguës du foie peuvent ainsi être traitées rapidement et les chances d’obtenir un don de foie augmentent. «Le VS-01 ne délivre aucune substance, il prélève dans l’organisme les composés dommageables et les élimine», souligne le jeune patron, qui a étudié la biomédecine à Lausanne et à San Francisco, puis passé un doctorat en pharmacie à l’EPFZ. Les études cliniques ont montré une bonne tolérance au médicament. L’étude de phase 2a commencera début 2022 et l’autorisation de commercialiser est prévue en 2023.


Erik Fyrwald, 62 ans
CEO Syngenta, Bâle

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Erik Fyrwald prévoit l’entrée à la bourse Star Market.

© Samuel Schalch

Officiellement, l’entrée en bourse du Groupe Syngenta, propriété du groupe d’Etat chinois ChemChina, devait se prolonger jusqu’à mi-2022. Mais son CEO, Erik Fyrwald, a énergiquement poussé la cotation à la bourse Star Market de Shanghai jusqu’à la fin de l’année. Les propriétaires chinois pensent encaisser 10 milliards de dollars avec cette IPO pour continuer de croître vigoureusement dans l’agrochimie. En 2017, les Chinois avaient intégré Syngenta pour 43 milliards de dollars. En poste depuis 2016, l’Américain Erik Fyrwald a orchestré le changement de pilote à la tête de l’entreprise jusqu’alors cotée à la bourse suisse. Il est désormais à la tête d’un groupe nettement plus grand: l’activité de base de Syngenta ne se situe plus seulement dans les pesticides et les semences mais, avec l’israélienne Adama et la chinoise Sinochem, la société forme le groupe leader de l’agrochimie dans le monde. Les affaires vont bien: sur les neuf premiers mois de l’année, les ventes ont progressé en comparaison annuelle de 25% à 21 milliards de dollars.


Abbas Hussain, 56 ans
CEO Vifor Pharma Group, Saint-Gall

Bilanz WiW 2022 Pharma Hussain Abbas CEO Vifor Pharma ©PD

Abbas Hussain nourrit de grandes ambitions de croissance.

© Markus Forte

Abbas Hussain nourrit de hautes ambitions: CEO de Vifor depuis le mois d’août, il entend en faire une pharma globale censée devenir leader dans les secteurs des carences en fer, des affections rénales et de l’insuffisance cardiaque. Derrière Roche et Novartis, Vifor est le troisième plus grand fournisseur de médicaments coté de Suisse, même si les ventes de 1,7 milliard de francs relèguent l’entreprise parmi les petits acteurs de la branche en comparaison internationale. Reste que la coentreprise avec Fresenius Medical Care (VFMCRP) a fourni à Vifor l’accès au plus grand réseau mondial de centres de dialyse, donc à un canal de vente attrayant. Pour continuer de croître, le Britannique né en Inde est inlassablement en quête de transactions et multiplie reprises et accords commerciaux. Son vaste réseau pourrait aider: Abbas Hussain fut notamment membre du conseil d’administration de Teva, le producteur de génériques, il a occupé neuf ans des fonctions dirigeantes chez GlaxoSmithKline et travaillé plus de vingt ans pour Eli Lilly aux Etats-Unis, en Europe, en Asie et en Australie.


Magdalena Martullo-Blocher, 52 ans
CEO Ems-Chemie, Domat/Ems GR

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Pour Magdalena Martullo-Blocher, la pénurie de puces dans le secteur automobile est durable.

© Christoph Ruckstuhl

Ems-Chemie est de retour sur la voie du succès. Alors que les effets de la crise sanitaire se sont fait péniblement sentir l’année dernière, au cours des neuf premiers mois de l’année 2021, le chiffre d’affaires a grimpé de 30,5%, à 1,69 milliard de francs. Mais le groupe sous l’égide de Magdalena Martullo-Blocher a averti: les perturbations dans les chaînes de livraison vont freiner la production industrielle sur toute la planète. Et la pénurie de puces dans le secteur automobile, où Ems-Chemie réalise 60% de ses ventes, s’avère durable. Mais, pour la fille du patriarche de l’UDC, de tels obstacles constituent plus un défi à relever qu’une raison de perdre courage. Elle est coutumière du succès: depuis qu’elle a repris de son père, en 2003, les rênes de la société, le cours de l’action a presque décuplé. En bourse, le fournisseur de polymères à hautes performances est évalué désormais à plus de 20 milliards de francs. Actionnaire importante, Magdalena Martullo-Blocher en bénéficie: avec ses sœurs, Miriam et Rahel, elle détient 70,9% du capital et, sur les cinq années écoulées, les trois femmes en ont tiré des dividendes bruts de 1,5 milliard de francs.


Dan Staner, 53 ans
Directeur Europe de Moderna, Bâle

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Dan Staner est le responsable de la production du vaccin contre le covid en Europe.

© Thomas Meier

Le vaccin contre le Covid-19 de Moderna est le plus utilisé en Suisse: la Confédération en a commandé 20,5 millions de doses, 13,5 millions pour l’année en cours, 7 autres millions pour 2022. Dan Staner fut le responsable de la livraison effective de ces vaccins. Patron de Moderna pour l’Europe, ce Lausannois de naissance assure la production du vaccin pour l’Europe et, à partir de la centrale européenne de Bâle, il veille à ce que les choses se passent rapidement. Dan Staner est un expert du secteur qui dispose de vingt-cinq ans d’expérience dans la pharma internationale, notamment au sein du groupe américain Eli Lilly, où il a fait la connaissance du CEO de Moderna, Stéphane Bancel. C’est ce dernier qui a fait venir Dan Staner chez Moderna en août 2020 et l’a nommé dans un premier temps à la tête de la filiale suisse de Bâle, avant de le promouvoir chef pour l’Europe deux mois plus tard. Actuellement, il vit de nouveau avec sa famille à Lausanne.