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Transition énergétique: nos 10 conseils

La Suisse figure dans le top 20 des pays affichant le pire impact sur l’environnement. Les entreprises peuvent et doivent faire mieux pour rester compétitives. Eclairage d’experts.

Chaque année, les émissions de gaz à effet de serre représentent plus de 12 tonnes par personne en Suisse. Un constat qui jure avec notre image de pays propre. Pour rappel, le Conseil fédéral ambitionne d’abaisser les émissions de CO2 par habitant de moitié d’ici à 2030. Il y a donc du travail, tant à titre individuel que pour les entreprises. Pour ces dernières, le premier jalon est de connaître leur bilan carbone. Mais si on dit à une PME de 30 personnes que son bilan CO2 est de 100 tonnes par an, cette notion ne représente pas grand-chose de tangible pour un dirigeant.

Pour établir votre comptabilité climatique et vous permettre de faire le point en matière de mesures à prendre pour réduire votre impact climatique, nous avons interrogé Florian Buchter, responsable efficience énergétique chez Groupe E Greenwatt et chargé du secrétariat de PEIK, une plateforme de conseils sur l’énergie destinée aux PME, et Werner Halter, fondateur de la société Climate Services et président de Big Effects, une fondation en tournée en Suisse jusqu’à la fin de 2019 et à l’origine d’une application pédagogique, Energy Coach, qui aide à réduire son CO2 à titre individuel.

1. Combien une PME suisse dégage-t-elle en moyenne de CO2 par an, sachant que la taille et le type d’activité influencent ces chiffres?

Les entreprises de services oscillent actuellement entre 2 et 3 tonnes de CO2 par collaborateur par an. Dans les sociétés de production, on monte à 6 à 8 tonnes par employé chaque année. Mais ces estimations diffèrent énormément en fonction du type de production. Pour le premier groupe, il s’agira de travailler sur l’efficience CO2 des collaborateurs tandis que pour le second, on se penchera sur l’efficacité énergétique par unité de production.

En résumé: votre PME compte 30 salariés et vous êtes dans le service, votre bilan CO2 a de grandes chances d’avoisiner les 100 tonnes par an. Un chiffre qui est une moyenne et non un but, puisqu’on le rappelle, l’objectif est de le diviser par deux, puis d’être «CO2 neutre» d’ici à 2050.

2. En tant que société de services, mon impact sur le climat est moindre. Cette réflexion est-elle fondée?

«Ce discours est très fréquent, pourtant les banques, les sociétés de conseil, de services ou les assurances ont un bilan très préoccupant en termes de mobilité, qui peut représenter jusqu’à 80% de leur impact carbone, observe Werner Halter. Le papier et la bureautique, avec le renouvellement régulier des ordinateurs, pèsent aussi lourd dans la balance climatique. Les entreprises de production ont été sensibilisées plus tôt à ces questions et elles sont déjà soumises à certaines lois. Leurs émissions de CO2 proviennent majoritairement de la consommation d’énergie pure, de la gestion des déchets et aussi des transports.»

Pour les sociétés de services, la mobilité est le premier levier d’amélioration possible puisqu’elle représente en Suisse 40% des émissions carbone. Télétravail, vidéoconférence, train et renouvellement de son parc de véhicules par de l’électrique ou du biogaz à base de fermentation de déchets organiques recyclés sont les suggestions maintes fois répétées.

3. Faire un bilan carbone de son entreprise, ça coûte combien et ça sert à quoi?

Un bilan CO2 coûte entre 3000 et 4000 francs et prend quelques heures à l’entreprise. Il met en lumière les domaines sur lesquels la PME peut agir pour être efficace. Très souvent, les sociétés commencent par changer leurs éclairages, ce qui est relativement cher pour une efficience globale moindre. Connaître son bilan permet de mettre en place progressivement des mesures de réduction ciblées et cohérentes avec les perspectives du marché. C’est un document à utiliser à l’interne avec les collaborateurs, mais également à l’externe avec ses partenaires ou à des fins de marketing pour faire savoir que vos produits sont issus d’une démarche durable.

4. Que risque réellement une PME qui ne s’engage pas dans la transition énergétique?

Le premier risque pour une entreprise est de perdre ses clients, car le produit ou le service qu’elle fournit n’est plus compatible avec les valeurs environnementales qui ne cessent de prendre de l’importance. «Depuis un an et demi, les sociétés ont compris, tous secteurs confondus, que si elles ne s’engagent pas dans un processus de réduction de leurs émissions carbone, elles vont perdre des parts de marché, note le CEO de Climate Services. La crainte, très répandue, de la baisse de rentabilité à court terme si l’on investit du temps et de l’argent dans une démarche de transition énergétique est fausse. On se rend très vite compte que les entreprises qui ont fait ce pas sont désormais plus compétitives. Le risque, c’est l’inaction.» Un exemple: Coop et Migros ont annoncé que dès 2026, elles n’achèteront plus que des fruits et légumes produits sans chauffage dans les serres. Cette décision a un impact direct pour le petit producteur qui utilisait cette technique polluante.

Pour une PME, il est indispensable aujourd’hui de se poser des questions sur ses produits, la manière de les produire, voire de réfléchir à d’autres options. Les hautes écoles sont là pour amener des solutions et ouvrir des pistes. Par exemple pour la production de béton, l’EPFL développe un ciment bactérien. La plateforme internationale CDP, anciennement Carbon Disclosure Project, permet de donner une vision des possibilités et des «best practices» par secteur et souligne les tendances en matière de transition climatique.

Changer une vieille infrastructure peut générer entre 30 et 80% d’économies.

Florian Buchter, Groupe E Greenwatt et plateforme PEIK

5. Très bien, alors par où commencer?

La question que toute entreprise devrait se poser: est-ce que je pourrai encore produire la même chose et me fournir de la même manière dans cinq ou dix ans, pour rester compétitive? Les régulations et les modes de consommation vont changer, les matières premières vont venir à manquer et leur prix va augmenter, il y aura notamment des taxes sur le transport. Ces changements peuvent être très rapides. Une entreprise qui continue à fabriquer des pièces pour les moteurs à combustion devrait réfléchir à une réorientation de son activité vers des moteurs électriques.

6. Un des piliers pour l’industrie est la meilleure gestion de l’énergie. Concrètement, qu’est-ce qu’on peut mettre en place?

Selon l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), 30% de la consommation d’énergie de l’industrie et des services vient des PME de taille moyenne, à savoir 80 000 structures. Notons au passage que les 10 000 plus grandes sociétés en Suisse représentent, à elles seules, 60% de la dépense énergétique de ce même secteur. «La réduction de la consommation est le premier axe et il s’accompagne de la production d’énergie renouvelable sur le site de l’entreprise ou à proximité, par exemple avec du photovoltaïque, relève Florian Buchter. Il faudrait tendre à l’autosuffisance, mais cela n’est pas toujours possible pour les sociétés. Une solution est d’acheter de l’énergie verte ou alors de se connecter à distance à un chauffage à bois, une tendance qui se développe en Suisse.»

7. Ces projets impliquent-ils de lier la consommation énergétique d’une entreprise à celle d’un quartier?

Des solutions globales chaud/froid d’EWZ, premier fournisseur d’énergie durable en Suisse (secteur chaleur) selon l’OFEN, ont notamment permis d’économiser 48 000 tonnes de CO2 l’an dernier. C’est d’autant plus important, sachant qu’en Suisse la production d’énergie reste à plus de 40% d’origine fossile ou nucléaire. A Nyon, le projet des Jardins du Couchant, réunissant des bureaux, des locaux commerciaux et des habitations, s’approvisionne d’énergie à 80% sans émission de CO2. Le chaud et le froid sont produits sur place, grâce à la géothermie, le solaire thermique et le gaz naturel, économisant chaque année sur ce seul site 400 tonnes de CO2. En outre, ces modèles permettent aux entreprises de se décharger en partie de la gestion de leurs besoins énergétiques (plus d’infos sur votre région sur www.makeheatsimple.ch).

Pour les sociétés de service, la mobilité peut représenter jusqu'à 8'% de leur bilan carbone. © Keystone

8. Produire de l’énergie certes, mais quid de la réduction de sa consommation?

«C’est le point numéro 1, précise Florian Buchter. Des mesures immédiates, qui n’impliquent pas, ou peu, d’investissement pour votre entreprise, peuvent faire baisser vos coûts en énergie de 10 à 15%. Cela inclut le bon réglage des installations, sans oublier les gestes du quotidien qui restent valables, comme utiliser des ampoules LED, éteindre les équipements non utilisés et ne pas surchauffer les locaux. On sait que 1 degré en moins équivaut à une diminution de 6% de la dépense énergétique. Ensuite, les investissements ciblés et progressifs peuvent vous amener plus loin dans une démarche durable.»

Le travail principal se fait sur l’optimisation des infrastructures et des parcs machines. Par exemple, plus de 160 000 entreprises en Suisse se servent de compresseurs qui dégagent une chaleur considérable. Cette énergie n’est pas toujours récupérée ou partiellement. Un audit énergétique puis un calcul du «payback» des changements suggérés permettent de savoir quelle est la meilleure option pour la PME.

9. Comment est fait ce calcul de «payback»?

On compare le gain à continuer d’exploiter une machine ancienne énergivore et l’économie que pourrait générer, sur cinq ans en général, l’investissement d’un nouvel équipement respectueux de l’environnement. «Certaines vieilles infrastructures sont des gouffres à énergie et les changer représente entre 30 et 80% d’économies», relève Florian Buchter. Selon une estimation de PEIK, la plateforme de conseil sur l’énergie destinée aux PME, l’isolation des tuyauteries de chauffage et des garnitures peut représenter 900 francs de gain par an pour un investissement de 3800 francs, le «payback» est de 4,2. Vous aurez donc remboursé votre investissement dans moins de cinq ans.

Autre cas d’école, celui de l’entreprise Camille Bloch, qui a de gros besoins de chaleur pour tempérer le chocolat. Grâce à une analyse avec le logiciel suisse PinCH, distribué par la HEIG-VD, il a été identifié que pour un investissement de 90 000 francs dans l’installation d’une pompe à chaleur, l’utilisation du free-cooling pour la climatisation et une optimisation de la récupération de chaleur des compresseurs, la société économisait en électricité 41 100 francs par an. Son investissement de départ serait remboursé en 2,2 ans.

10. Quelles sont les aides pour les PME dans cette transition énergétique?

«PEIK tend justement à clarifier les démarches pour les PME, mentionne Florian Buchter. L’audit identifie les mesures de réglage à prendre, calcule les «paybacks» des investissements proposés et pointe les programmes de subvention.» Il y a notamment les aides ProKilowatt (www.prokw.ch) pour encourager les économies d’électricité ou le Programme Bâtiments (www.leprogrammebatiments.ch), favorisant les assainissements énergétiques. Le soutien au changement des fenêtres est le plus connu. Les audits énergétiques sont partiellement financés par Suisse Energie, voire par certains cantons. L’un des buts de PEIK est justement d’orienter les entreprises dans cette jungle des subsides.


Quelques secteurs sous la loupe énergétique

Hôtellerie: l’électricité d’un établissement public représente 50% des coûts énergétiques. Des moyens concrets de réduction sont proposés pour l’hôtellerie et la gastronomie.  

Fitness et wellness: leurs coûts en eau et en énergie avoisinent les 100 000 francs par an. Un audit énergétique permet de déceler les possibles fuites sur le réseau ou d’ajuster la courbe de chauffe. L’analyse PinCH permettra ensuite de proposer des solutions pour optimiser l’efficience énergétique du système d’exploitation.

Buanderie: il est possible d’économiser jusqu’à 20% de l’énergie en évitant les temps morts et en employant la chaleur résiduelle des eaux usées pour le préchauffage. Des conseils sont disponibles sur le site de l’Association suisse des entreprises d’entretien des textiles

Fromagerie: il faut près de 3 litres de mazout pour transformer 100 litres de lait. Pour éviter d’être soumises à la taxe sur le CO2, les fromageries peuvent consulter le Guide de l’efficacité énergétique

Source: Suisse Energie

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