Marlène Rast dirige depuis 30 ans la Fondation Collective et la stratégie prévoyance du Groupe Mutuel. Elle est à la tête de la gestion de près de 30’000 assurés pour une fortune totale de 3 milliards de francs. Nous lui avons posé quelques questions sur l’avenir du 2e pilier.

La réforme de la LPP a été rejetée en 2024. Quelle est votre lecture de cette décision et ses conséquences?

Les problèmes que la réforme visait à résoudre restent d’actualité: le financement à long terme, la couverture des travailleurs à temps partiel, ou encore l’adaptation aux nouveaux modes de vie. Ce rejet m’a attristée, car il aurait permis à certains travailleurs à temps partiel d’accéder à une couverture plus équitable. Mais le projet n’a pas assez pris en compte les réalités diverses de cette population. Pour les petits salaires, la priorité reste souvent le revenu net immédiat plutôt que la retraite. En revanche, il devient urgent d’aligner la prévoyance sur les nouvelles réalités des familles, où les deux parents partagent travail et garde des enfants.
Le financement est un autre point sensible: le taux de conversion élevé entraîne un transfert entre actifs et retraités. Les premiers financent en partie les rentes, sans que cela soit visible. C’est un véritable enjeu pour l’avenir. Après ce rejet, il faudra marquer une pause, laisser retomber les émotions et retrouver un fil conducteur commun entre politiques et acteurs du 2e pilier.

Un événement dédié à la prévoyance

«Le Forum Prévoyance joue un rôle majeur dans la formation et l’information. Les interventions et publications associées démystifient la prévoyance et enrichissent le débat grâce à des points de vue variés», déclare Marlène Rast.

Participez au 6e Forum Prévoyance, le 9 septembre à l’IMD Lausanne.
Thème: «LPP: 40 ans pour construire un pilier, combien pour le réinventer?»
Une journée pour comprendre les enjeux du 2e pilier et s’informer auprès d’experts.

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Comment renforcer la confiance dans la LPP?

La confiance doit être la priorité. Or, on se méfie de ce que l’on ne comprend pas. Le 2e pilier est complexe: il faut donc miser sur la formation et l’information, au plus près des assurés, dans les entreprises. Depuis plusieurs années, nous organisons avec Groupe Mutuel des présentations en entreprise sur la solution de prévoyance et les trois piliers. L’intérêt et les nombreuses questions démontrent qu’il y a là un réel besoin. Une solution pourrait être d'instaurer une heure de formation obligatoire par an sur la prévoyance professionnelle. Cela serait un moyen concret d’améliorer la compréhension et l’implication.

Comment les entreprises peuvent-elles s’adapter à ces défis et aux évolutions actuelles? 

Elles doivent rester attentives à l’évolution du marché et des besoins de leurs collaborateurs, et évaluer régulièrement leur solution de prévoyance. Intégrer la prévoyance dans la politique RH est un atout pour attirer et fidéliser les talents. Les commissions paritaires LPP devraient s’informer, comparer et analyser les options disponibles de manière régulière. Les fondations collectives, comme celle du Groupe Mutuel, proposent aujourd’hui des solutions économiques pour les petites entreprises, mais aussi du sur mesure pour les plus grandes, avec le choix du taux de conversion, de l’allocation des actifs ou du taux d’intérêt annuel. Les entreprises qui ne disposent pas d’une taille critique peuvent désormais transférer leur prévoyance dans une fondation collective tout en conservant une autonomie de décision et en réduisant leurs charges et responsabilités. Elles doivent rester à l’écoute du marché, analyser leur solution et l’intégrer à leur politique RH, afin de fidéliser leurs collaborateurs et d’attirer de nouveaux talents.

Quels sont les principaux risques qui pèsent sur le 2e pilier?

Historiquement, la prévoyance professionnelle reposait sur le rendement sans risque — le «tiers-cotisant». Or, ça a presque disparu, obligeant à intégrer plus de volatilité dans les placements. Depuis 2003, le taux minimal fixé par le Conseil fédéral permet de mieux coller aux rendements réalisables.
L’évolution démographique ne poserait pas de problème si chaque assuré ne percevait que ce qu’il a cotisé. Mais le taux de conversion actuel entraîne une redistribution entre actifs et retraités qui fragilise le système, au point de pousser vers une individualisation accrue de la prévoyance, même dans un cadre collectif.

La prévoyance vous intéresse? Renseignez-vous!

La Fondation Collective Groupe Mutuel offre une flexibilité maximale vous permettant de créer une solution de prévoyance professionnelle sur mesure, tout en externalisant les responsabilités et en profitant de la mutualisation pour réduire les coûts.

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