Un bel avantage, mais qui cache un souci: puisqu’elles vivent plus longtemps, les dames doivent prévoir plus de moyens pour subvenir à leurs besoins après leur retraite. Ecueil supplémentaire, elles ont souvent plus de lacunes de prévoyance que les hommes. Les raisons principales de cette situation: un salaire moyen statistiquement inférieur et du travail à temps partiel plus fréquent.

Dans ces conditions, qui sait comment vont être financées ces 100 000 heures de retraite active (en excluant le temps passé à dormir) que la statistique promet à chaque Suisse? Pour illustrer l’acuité de cette réflexion, en particulier pour les femmes, la Recherche de ma banque préférée a travaillé sur le cas moyen d’une femme qu’elle a choisi de prénommer Jane.

Célibataire, 50 ans, Jane a un enfant adulte et a travaillé régulièrement à temps plein, sauf une interruption de trois années entre 30 et 33 ans. Elle continuera à le faire jusqu’à sa retraite. Aujourd’hui, Jane mène un style de vie urbain simple mais confortable. Elle gagne le salaire médian d’une employée à temps plein dans sa ville et bénéficie d’une augmentation régulière mais modérée de ses revenus.

Le but de l’étude est de déterminer le pension gap, l’«écart de pension», en comparaison dans 24 pays de par le monde. «A cette fin, nous calculons le revenu qu’un retraité peut s’attendre à recevoir de la part du régime de retraite obligatoire. Puis nous déterminons dans quelle mesure ce revenu est suffisant pour maintenir son niveau de vie à la retraite», expliquent les auteurs, Jackie Bauer et James Mazeau. Le constat global de ces deux spécialistes de la prévoyance au sein de la Recherche d’UBS: «Il y a souvent, entre les revenus et les dépenses futurs, un fossé que nous appelons l’écart de pension. C’est pourquoi nous calculons aussi l’effort d’épargne privée à prévoir, en proportion du revenu net actuel, pour combler ce trou.» En clair: que faire pour bénéficier d’une retraite conforme à ses besoins?

Nouvelle réjouissante: la Suisse figure dans le haut du classement ainsi établi. Mais de justesse. Et sa situation se dégrade, puisqu’elle figurait encore en tête il y a quatre ans. Pour reprendre le cas «moyen» étudié: aujourd’hui, si elle n’a pas d’épargne privée ou de 3e pilier, Jane va devoir mettre de côté 14% de son salaire net pour financer son niveau de vie à la retraite. C’est faisable. En comparaison internationale, ce taux d’épargne requis est même plutôt faible grâce à l’AVS et à un 2e pilier assez généreux en Suisse.

Ces assurances obligatoires vont allouer à Jane un taux de remplacement d’environ 63% de son revenu final. Avec son espérance de vie et l’un des âges de retraite les plus bas d’Europe, Jane doit financer vingt-six ans de pension. Comme déjà indiqué, c’est gérable. Surtout si Jane souscrit à un 3e pilier qui n’a pas été pris en compte dans les calculs puisque c’est de la prévoyance privée. Mais il faut l’entreprendre à 50 ans au plus tard.

Reste que, en parallèle, la population suisse vieillit rapidement. En 1970, cinq actifs travaillaient pour payer la pension d’un retraité. Aujourd’hui, c’est à peine plus de trois pour un. Mais on prévoit qu’en 2050 il n’y aura plus que deux actifs pour un retraité… Les réformes mineures adoptées pour parer à cet effet ne constituent qu’un emplâtre financier provisoire de quelques années.

Pour l’AVS et la prévoyance, des éléments cruciaux, comme le relèvement à 65 ans de l’âge de la retraite des femmes et l’augmentation des incitations à travailler plus longtemps, sont en discussion au parlement. Au niveau du 2e pilier, la formule de financement doit être revue pour rendre le système plus durable.

On le voit: il y a quelques soucis autour des retraites. Ne vaudrait-il donc pas la peine de se pencher au plus tôt sur sa prévoyance personnelle? Investir une petite heure de conseil en la matière pourrait rendre bien plus sereines les 100 000 heures de sa retraite!