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L'invité finances

Quand la famille renforce le capital

Alors que les structures de capital à plusieurs classes d’actions se multiplient parmi les grandes entreprises cotées, le pouvoir des actionnaires de référence continue de peser sur la gouvernance et la stratégie. Nicolas Bürki analyse l’évolution de ces modèles en Suisse, en Europe et aux États-Unis, ainsi que le rôle croissant des familles fondatrices et des investisseurs activistes.

Nicolas Bürki, Senior Research & Product Manager, REYL Group.
Nicolas Bürki, Senior Research & Product Manager, REYL Group.DR

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L’actualité récente a remis en lumière les situations où un actionnaire familial ou de référence impacte la gouvernance et la stratégie d’une entreprise cotée. Il y a quelques années encore, le principe « une action, une voix » résonnait fortement dans les assemblées générales. Le monde anglo-saxon a embrassé les structures de capital à classes multiples, préservant le pouvoir d’une minorité en même temps que le secteur technologique croissait en importance. SpaceX, dernière occurrence du phénomène, dispose de trois classes d’actions (A, B, Preferred Stock) dont deux sont utilisées (B non cotée, portant dix droits de vote préférentiels dont l’élection de la direction, au lieu d’un), structure en faveur de l’actionnaire majoritaire et véritablement omnipotent, puisque Elon Musk est président, directeur général, directeur technique et détenteur de 54,5 % des votes.
Parmi les grandes capitalisations boursières américaines, l’on retrouve des structures comparables chez Alphabet-Google, Meta, Comcast, Palantir dans la technologie ; Berkshire Hathaway, Visa, Mastercard, BlackRock, Blackstone, KKR, Ares, Goldman Sachs, Charles Schwab dans la finance; Brown-Forman, Ford, Hershey, McCormick, Estée Lauder, Molson Coors, Nike, Ralph Lauren, Tyson Foods dans les produits de consommation courante; Accenture, UPS, Fox, News Corp, etc. Au sein de l’indice majeur S&P 500®, il y a 61 sociétés dont le capital comporte de multiples classes d’actions ou de droits de vote, c’est-à-dire 12 %.

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En Europe, les familles restent au cœur du pouvoir actionnarial

En Europe, ce sont plutôt les actionnaires familiaux qui ont attiré les feux de l’actualité, en particulier dans les secteurs en bas de cycle: luxe, alcool, automobile. Plus de 120 sociétés de l’indice majeur STOXX Europe 600® ont de multiples classes d’actions ou de droits de vote, soit 20 %. Cette proportion diminue quelque peu lorsque l’on descend dans les segments des moyennes et petites capitalisations, mais la structure reste très présente. La Suède, avec la Finlande et le Danemark, domine la liste en ayant implémenté il y a un siècle les structures d’actions de classes A et B souhaitées par les familles fondatrices (Wallenberg, Lundberg, Stenbeck, Douglas) et plus tard les fondations (Carlsberg, Coloplast, Lundbeck, Maersk, Novo Nordisk). L’Allemagne a choisi des actions préférentielles sans droit de vote au profit d’un dividende plus certain. La France a essaimé sa loi de 2014 attribuant des votes doubles aux actionnaires de long terme enregistrés sans avoir recours à une classe d’actions spécifique. L’Italie, la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas en ont implémenté des variantes. En 2026, la holding de la famille Arnault a franchi la barre de plus de 50% de détention du capital de LVMH et près de deux tiers des votes, parallèlement à son compétiteur Johann Rupert, qui détient 50% des votes de Richemont via les actions B non cotées. La famille Pinault s’est dessaisie de sa participation de 29% dans Puma pour se concentrer sur Kering. Les actionnaires familiaux des groupes Puig et Estée Lauder ainsi que de Pernod-Ricard et Brown-Forman (Jack Daniel’s®) ont exploré des fusions sans les conclure. Les familles Porsche-Piëch (Volkswagen et Porsche) se sont beaucoup exprimées concernant les restructurations pour sauvegarder la profitabilité de leur héritage.

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La Suisse conserve un paysage actionnarial très concentré

En Suisse, le paysage des sociétés avec des classes d’actions multiples est très stable. Roche a abandonné en 2026 son Genussschein en l’échangeant contre de plus répandus bons de participation sans droits de vote, économiquement équivalents. L’inventaire de sociétés à multiple classes d’actions ou un actionnaire de référence comprend donc principalement Richemont, Roche dans le SMI®; EMS, Lindt & Sprüngli, Schindler dans le SMIM®; puis une trentaine de sociétés de moyennes et petites capitalisations (Autoneum, Bobst, Bossard, Bystronic, Daetwyler, DKSH, Dottikon, Feintool, Forbo, Kudelski, Oerlikon, Sulzer, Sunrise, Swatch, Vaudoise Assurances, Vetropack, Ypsomed, Zehnder…). Le dernier grand épisode d’activisme de gouvernance, long de 2014 à 2020, concernait Sika et ses deux classes d’actions. Depuis, la fusion de Baloise et Helvetia s’est conclue fin 2025, avec un coup de pouce de l’activiste Cevian. Ensuite, il est fort probable que l’activiste américain Greenwood effectue une troisième tentative d’ouverture de la forteresse Swatch après deux essais en 2025 et 2026.«En Europe, ce sont plutôt les actionnaires familiaux qui ont attiré l’attention.»Nicolas Bürki Senior Research & Product Manager, REYL Group

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